Août 2013

Noeuronoïdal

Le solénoïde a la particularité d'avoir un tréma sur le i, et naquit d'une rencontre improbable entre un soleil noir et un astéroïde. Après s'être percutés à plusieurs reprises par hasard, ils décidèrent de s'unir et de créer un exemplaire unique, témoin de leur amour. Les progrès en physique furent spectaculaire, mais l'obsolescence programmée dans ce domaine, eût raison de leur création. Il devint alors solonoïde et erre depuis de galaxie en galaxie, trimbalant son tréma comme une lourde croix. Parfois il s'installe quelques temps sur une planète de son choix et cultive des champs magnétiques, histoire de produire assez d'aimants pour maintenir la Terre dans son axe originel. Adam et Eve n'y sont pour rien, pourquoi le seraient-ils d'ailleurs, eux, ont pris une machine à remonter le temps et ont décidé de faire du cidre dans leur jardin d'Eden, ainsi Eve ne croqua jamais dans la pomme, et on n'en serait pas où on en est. La concordance des temps est de ce fait alléatoire, et Jésus aurait pu continuer à pêcher sur les bords du Nil, ou du Nihil, fleuve du non être et douter jusqu'à la fin de ses jours de son existence. Et tant pis pour les jours fériés et les belles cathédrales.

Camuserie

Pourquoi faut-il imaginer Sisyphe heureux? J'attends toutes vos réponses, vos réactions, vos explications, je viens de faire une Chute, mes neurones sont en contradiction. Peut-être un des signes annonciateurs de la Peste cérébrale. Je ne serai pas le Premier Homme à me sentir Etranger, pas non plus le premier à me révolter, mais ce soir je ne comprends plus rien à l'absurde.
Pardon Albert, si tu me permets cette familiarité, et si tu pouvais de cet absurde au-delà me répondre, éclairer mes cellules grises en décomposition, je t'en serais reconnaissante au-delà de l'absurde.

Silence

Un silence blanc, pur, intérieur, assourdissant et indispensable. Le dehors est une jungle remplie de prédateurs, pour ne pas être la proie, rester en soi. Dernier refuge, dernière bulle, celle de Chloé, Chloé bulle ou nénuphar, elles finissent par se confondre, bien que le créateur de la seconde n'ait rien à voir avec le piètre auteur de la première.
Parce qu'un jour, il faut bien se taire. Un cimetière de mots morts, restés sans suite. Où vont donc ces mots restés sans suite, ces bouts de phrases commencées puis restées en suspension, ces premières pages d'histoires inachevées ? Tous les non-dits, exilés sur l'île de l'oubli ?
Les mots finissent tôt ou tard par être vides de sens, sauf ceux des grands génies de la littérature, ceux des écrivailleurs du dimanche périront d'eux-mêmes de leur signification obsolète, réduits en cendres comme les restes d'une cigarette, des mogots écrasés dans le grand cendrier de l'absurde.

Hommage

La plupart d'entre nous passe dans la vie sans faire de bruit, sans se plaindre d'un sort souvent malheureux, douloureux. Que reste-t-il de ce passage, parfois des enfants, des photos, des images.
Aujourd'hui un hommage à une grande âme, que celui qui est sensé exister là-haut n'aura pas épargné.

Elle aurait bien aimé les fleurs, mais n'aurait sûrement pas voulu tous ces pleurs, pourtant inévitables. Parce qu'elle ne voulait jamais déranger personne.
Parce qu'on ne dit pas assez à ceux qui nous entourent, l'importance qu'ils ont à nos yeux, qu'on les ait côtoyé toute une vie, ou à quelques moments précis.
Je ne la connaissais finalement que très peu, mais nous prenions plaisir à nous retrouver le samedi après-midi, chez Tata, ma grand-mère. Je ne l'ai jamais entendu se plaindre, elle avait toujours le sourire et un mot attentionné pour chacun. Mes enfants me demandaient toujours «elle sera là Monique ? », comme un repère, l'assurance de passer un bon moment en sa compagnie.
Nous partagions un morceau de gâteau, une tasse de thé, on parlait de la pluie, du beau temps, jamais du mal du voisin.
On percevait parfois une solitude pesante, aussitôt effacée d'un revers de la main, parce qu'il fallait bien poursuivre son chemin. Ce sentier des contrebandiers à travers les Pyrénées, qu'avaient emprunté ses parents, en espérant trouver richesse et liberté. Mais rien n'était jamais acquis d'avance, elle le savait et l'expérience le lui a bien rappelé.
J'ai été heureuse de l'inviter chez moi, avec ma grand-mère, pour leur montrer les travaux réalisés dans la maison. Elle avait apporté un paquet de madeleines, parce qu'elle savait que les enfants les aimaient. La madeleine est la symbolique du souvenir d'enfance chez Proust, elle restera pour nous désormais ce souvenir d'elle et la reconnaissance dans ses yeux de cette invitation.
De son enfance, elle évoquait souvent le premier vélo que lui avait offert son parrain (mon grand-père), et combien elle en était fière. Je l'imagine maintenant roulant sans souci sur les chemins de la liberté, et si je suis sûre d'une chose aujourd'hui, malgré mes doutes et mes croyances, c'est que pour elle, il existe un paradis, qu'elle y aura une place de choix, y que los abuelos seguro la cuidaran mucho .

                                                                                        

Onirique apparition

Les évidences, les questions, mornes ignorances, les échos sourds, longue distance. Un vieux sage boudhiste, japonais, dans un tableau à l'encre de Chine, écrivit un haïku dans sa langue natale, que bien sûr, je ne compris jamais. Quelle signification donner à ce bout de papier, y avait-il une explication sur mon passé, mon présent, mon avenir. J'ai gardé ces lettres dessinées avec application, sans chercher à y trouver une réponse. Des signes indéfinissables, que je relisais dans un jardin japonais, sur un pont en bambous. Un cygne noir allait et venait sur cette mare artificielle. Un oiseau exotique, par erreur sans doute dans ce décor , attendait les vents propices pour repartir vers de lointaines contrées.
Dans cette flaque factice, le vieux sage m'est apparu, une boussole à la main, pas un mot, pas un geste, juste l'objet déposé à mes pieds. Retrouver ou perdre le nord, partir à l'ouest ou suivre le chemin de l'orient. Je ne le saurai jamais, l'oiseau exotique s'est emparé de l'objet, s'en est certainement servi pour revenir d'où il venait. J'en suis heureuse pour lui.
Le black swan a continué ses aller retours, puis d'un rocher a déboulé un vautour, d'un pré, une vache à lait. Et des entrailles de la terre, une éruption volcanique a recouvert de lave ce décor incertain. Tout est resté figé, je n'ai pas eu de réponse à la question posée.

Dépôt légal Janvier 2011-Tous droits réservés- 

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