Avril 2011

Méditerranée

Encore un samedi sans Chloé, un jour de plus sans billet.
J'étais allée voir du côté de la mer si le soleil brillait. Une envie soudaine d'air iodé, de sensation de sable fin sous le pieds, une illusion de liberté. J'ai vu deux goélands s'envoler, deux voiliers naviguer, deux crabes craboter, l'eau qui allait et venait, le soleil qui hâlait nos peaux blafardes de l'hiver. J'ai senti le sel sur mes lèvres, le vent frais sur mon visage et je rêvais de l'océan parce qu'on n'est jamais content de ce qu'on a. La Méditerranée à deux pas, ça ne suffit pas.
Méditations horizontales allongée sur le sable de Méditerranée, axe vertical d'un soleil dilué, un poème surrané avec des rimes en é, les mouettes dans le ciel toutes ailes déployées, guettent sans avoir l'air les restes d'un noyé.
J'aurais pu croiser Edith, mais je ne l'ai pas fait, peut-être qu'elle m'évitait ou savait-elle que je méditais. Edith travaille dans l'édition, mais elle travaille surtout à l'intuition. Si Edith médite à m'éditer là c'est sûr je l'invite au bord de la Méditerranée.
Puis je suis repartie pour la Suède aider le commissaire Wallander dans son enquête, je n'ai pas croisé Eléonore, la Suède c'est pourtant au nord. J'ai cru entrevoir une pointe de jalousie dans la voix de Chloé lorsqu'elle m'a annoncée son absence. Eléonore n'a pas l'air de lui plaire, Edith elle ne sait même pas qu'en penser. Quant à Marie-Laurence et Edgard, je me demande si je ne vais pas mettre Wallander sur le coup, ils ont disparu sans explication, aucune motivation, aucun indice sur leur destination. Si vous les apercevez, faites moi signe, vous savez où me trouver.

Eléonore

Eléonore dort, elle adore les aurores, état second entre la nuit et le jour. Eléonore, encore?  Eléonore, une beauté maure ou une étoile du pôle nord.
Le clavier ne m'obéit plus, il insère des lettres incongrues au milieu des mots inscrits. Serait-ce une mutinerie? C'est pire, une conspiration, le message d'attaque imminente réapparait.
Mais à qui peut-on vraiment se fier?
Eléonore , dors, attends en rêvant ce doux moment de l'aurore, reviens encore, d'un pays maure ou du pôle nord, moi pendant ce temps je vais voir ce que je peux faire pour mon micro-processor!

Schizophrénie

Eléonore, au nord, honore un dieu païen.
Cela ne veut rien dire, mais alors rien.
C'est la seule chose qui m'est venue à l'esprit, pourquoi, je ne sais pas.
Qu'est-ce que cette histoire de dieu païen?
Un dieu qui ne croirait pas en lui, puisqu'il ne croirait en rien. Mais vous qui êtes vous? Je commence à écrire sur mon ordinateur, j'exploite, comme je peux, les esquisses d'idée et chaque fois vous revenez. Je ne vous vois pas, je ne vous entends pas, je ne lis que vos mots informatisés.
Je ne suis qu'une autre part de vous-même.
Donc nous nous connaissons, nous pourrions nous tutoyer
Je n'y vois pas d'inconvénient.
Et vous logez, pardon, tu loges dans mon cerveau.
Oui, tout là haut, bien au chaud. Parfois y'a du remue-méninge! Ca fait des étincelles tous ces neurones en connexion, ce n'est finalement qu'une production électrique. A d'autres moments, c'est le calme plat, en fait c'est rarement équilibré, soit pas de réflexion du tout, soit un flux continu de questions, de pensées superflues, de tohu-bohu. On s'habitue, mais il ne faut pas demander un effort dans la durée ou une analyse trop poussée, là, désolé de te le dire mais tu ne tiens plus la route. Continue donc à écrire tes billevesées et à t'amuser.
Oui, je sais tout ça, l'effort, l'analyse, la continuité. Ce qui me paralyse souvent c'est le doute. Je doute comme autant de gouttes de pluie dans un ciel anglais.
Tu as conscience que parfois ce que tu écris ne veut rien dire.
Oui, tout à fait, mais pour moi cela a un sens. Là par exemple, doute sonne dans ma tête avec goutte, je les relie dans un ciel anglais, mais bien sûr il ne faut pas mal l'interpréter, j'aime les ciels anglais.
Moi aussi j'aime bien, pourtant ils n'ont pas bonne réputation. Et Eléonore alors, elle vit sous un ciel anglais?
Je n'ai pas encore décidé.
Que sont devenus Edgard et Marie-Laurence ?
Ils se sont égarés, j'ai douté, ils se sont évaporés, comme des gouttes de vapeur d'eau.
Cela pourrait faire un beau tableau.
Je n'ai pas de pinceau, j'ai un bout de pain sceau, une branche de pin seau et un lapin sot.
Heureusement que je suis là pour arrêter les dégâts et stopper le débat. Le mieux c'est d'arrêter là.
Tu crois?

Insecticide

Je n'aime pas les bourdons noirs qui bourdonnent dans le ciel d'Avril. Bien sûr c'est un signe du printemps, mais je n'aime pas. Je n'aime pas leurs buzz buzz entêtant, je n'aime pas qu'ils s'invitent chez moi, et fassent des bruits d'hélicoptères en temps de guerre, je n'aime pas qu'ils envahissent mon espace vital. Je n'aime pas ça. A quoi ça sert un bourdon noir? A vous fiche le cafard!
Et toutes ces guêpes qui s'immiscent dans les interstices, on ne les voit pas venir, si l'on n'y prend garde, elles diffusent leur venin sournoisement. Je n'aime pas les guêpes non plus.
Les mouches m'insupportent, tourner en rond de la sorte, bzzi bzzi bzzi, quel intérêt à faire ceci.
Pourquoi les insectes ne restent pas chez eux? Pourquoi viennent-ils envahir nos maisons? Je crois que je pose là une vraie question.
Les abeilles ne me dérangent pas, elles butinent dans leur coin, je leur laisse leur butin.

Liens

Les liens. Attaches. Attachés. Liens invisibles. Chaînes des prisonniers. Fil d'Ariane, pour se répérer, ne pas se perdre dans le dédale.
Les liens, servitude ou liberté. Les miens, les tiens, chacun les siens. Ces riens qui nous unissent, nous désunissent, nous font chanter à l'unisson.
Créer du lien, attacher les atomes crochus, les promener en laisse. Marionnettes, pantins, qui tire les ficelles?
Difficultés de la vie en société, douleurs de la solitude.
Les liens tissent et métissent une géante toile d'araignée. Piège ou chemin pour s'évader ?
Les mots: liens matérialisés mais pas toujours explicites, lire entre les lignes, cliquer, allez donc voir les liens dans la rubrique éponyme, il y a des artistes à découvrir, pas nombreux mais de qualité.
Et l'art ne serait-il pas le lien entre nous-même et le divin?

http://www.artquid.com/artist/50329/jean-marc-garima.html

Un jour par semaine

Après un samedi sans Chloé, un dimanche venté. Aucune relation de cause à effet. Aucune signification. Les mots font ce que les pensées ont défait, ce qui fait que Chloé est une fée. Ce qui est fait n'est plus à faire. Affaires de coeur, valet de pique, homme d'affaire, serviteur. Un plateau, deux verres, un guéridon de bistrot. Deux hommes trinquent, deux hommes pleurent, plutôt rare de voir deux hommes pleurer à la terrasse d'un café. Pourquoi pleurent-ils? Parce qu'aujourd'hui c'est dimanche, ils pleurent les heures perdues, les minutes dégoulinantes des montres Dalisques(je dis Dalisque parce que ça me plait, si ça ne lui plait pas il peut venir me chatouiller les doigts de pieds, ça ne me dérangera pas). A-t-il peint ses montres molles le dimanche? Le gustaban a ti los domingos? (j'ai pas de correcteur espagnol sur ce traitement de texte donc pas d'accent ni de point d'interrogation à l'envers). 
Pas moyen de me défaire de cette lourdeur particulière de ce jour. Je suis pourtant plongée dans un bouquin passionnant, je viens juste de le poser pour jeter ces quelques lignes et je n'attends que de le reprendre, mais c'est quand même dimanche. Il en sera de même dans une semaine.

Train-train

Aujourd'hui , c'était le jour de Chloé, mais elle n'est pas venue. Chloé est éprise de liberté, un seul jour ne saurait l'emprisonner. Je la laisse gambader. Elle reviendra quand elle voudra, ou elle ne reviendra pas.

Le quotidien. Son pain. Son train-train, contraire du TGV. Prendre le TGV tous les jours doit lasser.
Le quotidien a un côté douillet, mais aussi un côté oxygène saturé. Renouveler l'air du quotidien en prenant le TGV pour aller plus vite que son train-train, se griser de vitesse, découvrir de nouveaux chemins, rencontrer. Rencontrer l'autre, l'inconnu, s'exposer, recevoir, échanger. Les idées circulent, les fils se tissent, tissu social, patchwork, passionnant, les histoires s'entremêlent, le temps d'une poignée de main, d'un repas, d'un regard, d'une discussion, un partage.
A partir de ce moment là, l'autre ne sera plus inconnu. Il tiendra entre ses doigts un bout du tissu. On le reconnaîtra, on se sentira partie prenante de ce monde, un fil aussi nécessaire qu'un autre dans la trame du tissu.
Tissu est un mot qui laisse libre court à mes pensées décousues. Je pense aussitôt à tiramisu et j'imagine une étoffe couleur café crème. Une étoffe sucrée saupoudrée de cacao. Un bout de tissu à déguster. Oui je sais ma gourmandise me perdra, et les mots se révolteront. Un jour ils en auront assez d'être détournés, ils me tourneront le dos, alors j'irai manger un tournedos, ils disserteront dans mon dos pendant que je desserterai une tarte aux fruits de saison. Bien sûr je n'y irai avec le dos de la cuillère mais je nierai toutes responsabilités dans la signification de ce billet.
J'ai faim ! Et après dodo.

Bug

Mon ordi bugue, il m'annonce une attaque virale imminente, peut-être va-t-il anéantir mon blog, il n'en restera plus rien, plus un mot, plus une virgule, juste un point, final. Parfois je soupçonne mon propre disque dur personnel de disjoncter aussi, on pourrait le mettre sur le compte d'un virus hivernal, mais nous voilà maintenant au printemps. Je m'aperçois que ma logique n'est pas à l'endroit.
Et oui je veux continuer même si cette page contient des risques pour ma sécurité! Il m'énerve à la fin de me poser la question toutes les 30 secondes. Ecrire comporte des risques, taper sur un clavier comporte des risques, comme marcher dans la rue, respirer, chanter, aimer, manger, fumer, boire, désirer, espérer, vouloir, avoir, être, enfin tous les verbes de tous les groupes comportent des risques, plus des noms propres ou communs, poison, venin, vipère, sucre, cigarette, un Robert tout entier de risques potentiels. J'ai encore une fois perdu le fil de mes pensées, je suis fillogique, je ne suis que le fil de mes idées (du verbe suivre), me perds en chemin mais trouve d'autres issues, sentiers obliques, détours ironiques, pentes douces ou abruptes. J'arrive toujours à destination, en déroulant le fil , on ne se perd point.

Adam et Eve

Un dimanche après un samedi d'absence, les billets perdus, comme le temps, pourront-ils être rattrapés? Ou sont-ils perdus à jamais, envolés, feuilles d'éphémérides arrachées, le temps éparpillé. Le temps et sa relativité.Les minutes savoureuses, celles lourdes comme du plomb, celles légères comme de la plume, chaud duvet dans un grand lit en bois. Odeur du parquet ciré, de la buée sur les vitres, dehors il fait si froid. En bas, dans une casserole en cuivre, une grand-mère aux joues roses fait chauffer un chocolat au lait pur cacao, pas de l'instantané au micro-onde, un vrai chocolat qui épaissit dans la casserole. Des tartines d'un grand pain beurré et de la confiture maison, cuite au chaudron. Une grande pendule dans le salon, et l'heure sonne, retour des minutes de plomb. Ce n'était qu'une hypothèse, un souvenir inventé à l'évocation du mot duvet, plus léger que le mot plomb, qui lui ne m'inspire qu'une pâte grise au goût électrique à la surface d'une dent cariée, rien de très poétique.
Alors s'envoler sur une plume de duvet ou s'y lover...rêver... Eve rêve for ever, Eve erre aux pays des rêveurs, for rêver faut partir ailleurs, errer dans des paradis égarés, regarder les minutes s'égréner et revenir chargées de plomb, truc infame sur la dent. Quel rêve pour l'Adam, si Eve erre for ever aux pays des rêveurs ? Dans son verre à dent, Eve a déposé son dentier, elle ne pourra jamais croquer dans la pomme, dans son verre Adam boit du petit lait, une recette pur cacao, et s'en va ailleurs parce q'une Eve édentée ne le fait pas rêver.
Et maintenant comment il fait le Bon Dieu pour peupler la terre ?

Fêlure

- Je suis un génie!
- Au moins vous ne souffrez pas de modestie.
- Non, de ce côté là ça va, la modestie ne m'étouffe pas.
- Et les chevilles, pas trop gonflées ?
- Pas du tout, je suis aussi légère qu'une libellule.
- Les libellules n'ont pas de pieds.
- Pourtant elles peuvent quand même aller danser.
- Nous nous éloignons du propos initial.
- Qui était ?
- Votre géniale particularité. Et sur quels critères votre jugement est-il basé ?
- Sur le simple fait que je suis une fée.
- De mieux en mieux, vous une fée ? Alors moi je suis Harry Potter.
- Non, pas possible !
- Bien sûr que non pas possible, en plus il n'a jamais existé.
- Harry Potter ? Mais si il existe, je l'ai rencontré ! Il attendait le bus à Picadilly Circus.
- Puis il vous a invité à boire une potion magique à Soho.
- Non pas si haut et c'était une menthe à l'eau. 
- Vous allez me dire qu'il est ensuite reparti à Poudlard, parce qu'il en avait marre des moldus.
- Non, non, il aime bien les gens de la rue, il défile dans les Carnaval en distribuant sa potion magique dans des timbales.
- Je crois que vous êtes complètement fée, mais vraiment fêlée.
- Vous croyez !

Dépôt légal Janvier 2011-Tous droits réservés- 

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