Alphonse

Alphonse a fait deux grands voyages dans sa vie.Le premier, contraint et forcé à l'époque où les loups avaient envahi Paris, destination Cherbourg. Il y pleuvait des bombes.
Cherbourg c'était l'épopée racontée à tous les repas de famille. Elle faisait sourire les plus jeunes, frisonner les anciens. Son frère Joseph l'avait accompagné dans cet abominable voyage. Il en sont revenus, à pied, traversant une France dévastée. Retour à la Pomme, dans le giron familial, où il aura travaillé laborieusement toute sa vie.
Une vie qui a repris ses droits après la guerre. Jeanine a fait son entrée dans cette famille de ritals au grand cœur. Des gens de peu, des braves gens pourrait-on dire, si ce n'était presque devenu une insulte. Une famille unie, soudée face à l'adversité. Des valeurs d'un autre temps où justement les gens savaient la valeur des choses. Travailler jusqu'à en avoir le dos cassé, la peau tannée, les mains caleuses. Il savait que tous les soirs il retrouverait un foyer chaleureux. Celui de Sylvia, la mamma, qui malgré le peu de moyen a toujours veillé à ce que ses enfants ne manquent de rien. Des vêtements propres, une assiette remplie et la joie d'être ensemble.
Jeanine a pris le relais. Solange puis David ont illuminé sa vie. Une vie rythmée par les saisons et le travail de la vigne. La chasse, les champignons, le jardin, les parties de cartes avec les amis et toujours les retrouvailles en famille autour d'une table en fête ou des omelettes à la Font de l'Orme.
Depuis Cherbourg, Alphonse n'était pas reparti. Dans les années 80 eut lieu le deuxième voyage: retour aux sources dans le village natal, Fossalta di Piave, avec toute la smala, cela va de soi.Convoi exceptionnel de Villegailhenc aux portes de Venise.
Ils avaient quitté l'Italie dans les années 30 pensant trouver la terre promise, mais ailleurs n'est pas mieux qu'ici. Ils ont su s'adapter, courbant le dos souvent, sans jamais renoncer. Leur union faisait leur force.
La vie a fait ce qu'elle avait à faire et à défaire.
Paul et Constance auront été ses derniers rayons de soleil. Les enfants, vous avez la chance d'avoir connu cet arrière grand-père courageux, cet homme aux valeurs simples et sincères, gardez les précieusement en héritage, les plus grandes richesses ne se transmettent pas chez le notaire. Vous avez connu l'homme qui est allé à Cherbourg.
Aujourd'hui, il part pour un plus long voyage, nous t'accompagnons Alphonse, tu n'es pas seul et les autres t'attendent là-haut, Sylvia, Angel et Nora. Je suis sûre que Joseph et Marcel ont déjà repéré une volée de perdreaux. Dis à Joseph qu'ici, malgré les tempêtes son figuier a tenu le coup. Vous avez su vous enraciner dans cette terre adoptive, pars en paix, nous prenons le relais.

 

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