Juillet 2011

Ponts et merveilles

Avant mon départ en vacances, Marie-Laurence venait de rencontrer un archiduc nommé, comme il se doit, François-Ferdinand, Feufeu pour les intimes. Il avait lui-même surnommé ML Emmy, ne supportant que l’idée de l’inédit.
Edgard, pendant ce temps, marchait à perdre la raison et la voûte plantaire, à travers un désert insituable. ML avait eu une vague nostalgie de ce premier amour, une pensée fugace, un oscillement (je le dis si je veux) entre fougue et tendresse. Franç-Feu était tout feu tout flamme. Il promit à Emmy ponts et merveilles, il prévoyait déjà un survol des aqueducs dans son hélicoptère avec chauffeur et calculait l’économie de parking ainsi réalisée. Emmy ne voulant pas contrarier l’archiduc, se tut et décida d’ignorer la logique défaillante de son soupirant. Forcément, il l’amena à Venise puisque qu’il n’y avait pas d’aqueduc, tout en se répandant dans un discours logorrhéique dont elle n’arrivait plus à distinguer le début de la fin.
Si j’avais choisi Edgard, se disait-elle, je serais en train de manger des coquillages sur le sable d’une plage abritée. Nous aurions parcouru ensemble ce long chemin vers la sagesse, planté nos bâtons dans la terre calcaire ou ramollie, laissé ces infimes traces de nos passages, ces effleurements qui finissent par former une vie.
Mais voilà il était trop tard. Il aurait fallu réfléchir avant d’agir, se regarder dans une glace (inévitable pour réfléchir) et décider de quel côté du miroir il convenait de traverser.

Diminutifs

Les voeux d’ML furent exaucés, elle rencontra un archiduc, mais point aux abords de l’aqueduc, l’aristocrate était pingre, et la simple idée de devoir s’acquitter d’un droit d’entrée de 15€ lui donnait de l’urticaire. Il s’appelait bien évidemment François-Ferdinand, ses amis, peu nombreux, le surnommaient Feufeu. Toujours une étincelle au fond des yeux, un sourire brûlant et un désir ardent sur son visage poupin. Son comportement fantasque avait fait fuir les plus téméraires en même temps qu’il attirait les jeunes filles en mal d’émotions romantiques. Tout était paradoxe chez Feufeu, la douceur de ses traits, la fougue de son caractère, la blondeur de ses cheveux, la noirceur de ses idées ou la noirceur de ses cheveux et la blondeur de ses idées, c’était selon son humeur et la teinture du jour.
Quoiqu’il en soit, il fut ébloui par la pâleur d’ML, lui proposa d’emblée le surnom d’Emmy, il aimait l’idée de l’inédit.
De Marie-Laurence à Emmy, que de chemin parcouru, que de détours sinueux, d’arabesques enjambées au-dessus de ponts antiques ou non, que de diminutifs extorqués, escroqués, abusifs, que de paysages dépeints à l’ombre des pins, que de couleurs feintes, d’illusions colorées. Elle se surprit enfin à songer à Edgard, le pauvre hère qui erre. Mais Franç-Ferdinand, l’archiduc ardent dessinait d’autres projets...

14/07

"Le jour du 14 Juillet faut-il rester dans son nid douillet », faut-il aller défiler au son de "la musique qui marche au pas », faut-il aller danser au bal des pompiers ?
Edgard a résolu la question, il marche sans interruption, il marche à en avoir la nausée, il marche à ne plus avoir de pieds. De toute façon , il se sent amputé, écartelé, tiraillé, condamné. Un calvaire sans croix, un calvaire calcaire. Il est perdu dans un désert, il ne sait même plus lequel. Il était bien arrivé jusqu’à une mer, mais il a continué, un pied derrière, un pied devant, il a franchi un océan. Le visage buriné, les lèvres desséchées, les yeux délavés, un pied derrière, un pied devant, il avance inexorablement. 

Dans une semaine très exactement, j’aurai 40 ans.

Question

Un orage, Edgard prend le large. Un orage orange, cela le dérange et le met en rage. Homard à la nage, léger court-bouillon, quelques coquillages sur les routes du pèlerinage. Emmelle en son for intérieur, pense haut et fort que cette histoire ne rime à rien, qu’elle repose sur un vide aussi vide que sa vie de peintre aquarelliste. Elle dessinerait un grand vide avec un point d’interrogation: pourquoi des mains sur un clavier ont-elles voulu me créer pour aligner de telles stupidités ? Pourquoi ? Et pourquoi faut-il payer 15€ pour se promener aux abords du Pont du Gard ? Est-ce pour cela qu’Edgar a fui le Pont du Gard ou est-ce le hasard ? 
ML se désole, elle voudrait ne pas avoir été créée, elle voudrait vivre sa vie tranquille, étaler des couleurs délavées sur du papier prévu à cet effet et se promener sans payer sur les rives de l’Aqueduc et peut-être qui sait, rencontrer un archiduc.

Mea culpa

Heureusement que Charlotte n’a pas Internet sur son lieu de vacances, sinon j’aurais eu droit à un zéro pointé pour les fautes d’orthographe du billet précédent. J’ai été horrifiée à la relecture, une énormité plus quelques autres fautes de frappe s’étaient invitées dans mon texte. Un effet de la chaleur sans doute, ramollissant mes cellules grises plus qu’à l’accoutumée.
Bon et alors à Avignon, y’avait quoi ? Y avait le pont, les fortifications, les fantômes des papes dans leur palais, la chaleur écrasante... et puis... et puis l’orage gronde au loin... je vais essayer de sauver ce qui reste de mon disque dur (enfin celui de mon ordinateur), que son état ne soit pas aggravé par un coup de foudre

Sur le pont d’Avignon

Malgré mon absence durant 3 jours, vous venez toujours faire un tour dans mon petit jardin, je suis très touchée. Continuez, même si je vous fais faux bond de temps en temps, mes mots aiment le monde, la compagnie, seuls, ils s’ennuient. Plus tard, je vous raconterai mon week-end à Avignon(car on dit bien à Avignon, en Avignon étant toléré mais incorrect, googlelisez si vous ne me croyez pas), cité des papes et du théâtre. Il s’agira de théâtre, la papauté ne me passionne pas. Mais là, ce que j’ai vu n’est pas encore parvenu au cortex enfin à la partie plus cortiquée de ma cervelle d’oiselle. Celle qui est sensée recevoir l’information, l’analyser, la restituer en toute objectivité. Je n’ai pas de diplôme en neurologie, c’est juste l’image que j’ai du truc mou et gélatineux qui me sert à penser. Sinon, je ressens, je ressens par tous les pores de ma peau, j’ouvre grand les yeux, libère le plus d’espace possible entre mes deux oreilles pour me laisser submerger, parfois me perdre dans ce monde illusoire ou trop réel ?

Seconde minute

Les minutes nutent et le temps tend à diminuer considérablement.
Ma mémé dit que 40 ans c’est le plus bel âge de la vie. Elle a 92 ans, j’aurais donc tendance à la croire. Bon ceci dit, les jours n’étant pas à rallonge, le billet de ce soir : ultra court car les minutes nutent et le temps tend tant et si bien qu'il n'est plus l'heure. Et que se passe-t-il après la première seconde ? Et pourquoi le S se prononce G?

Sauterelles

Il pourrait aussi conjuguer le verbe choir, échoir, échouer. Faire demi-tour, renoncer à ses ambitions. Ses ambitions d’homme debout, ses ambitions qui dansent autour de sa tête, indomptables papillons aux ailes grises. Il pourrait, il pourrait mais il avance.
Et son bâton de pèlerin s’enfonce sur le chemin, et ses semelles de corde s’effilochent sur le chemin, et sa gourde de cuir se vide sur le chemin, et son vertmuda reverdit sur le chemin, tout son être ne fait plus qu’un avec ce chemin. Il en est le début, il en sera la fin. Un souffle, ou plutôt un déplacement d’air le surprend dans ses pensées. Il voit apparaître un nuage mobile, une nuée de sauterelles en mouvement. Il les imagine sans vie, deviennent-elles morterelles ? Et les mouches se font-elles digérer par les vers ? Des questions tout aussi essentielles qu’indiscutables. Les sauterelles non inertes envisagent de faire ripaille de cet humain claudicant (rien n’indiquait pourtant qu’il claudiquait), mais s’éloignent en bondissant à la vue des papillons gris de l’ambition. Ils sont leurs ennemis jurés.

Possibilité

Edgard marche sur un sentier de garrigue torride, cheveux au vent inexistant. Un bâton de pèlerin à la main, des sandales en corde aux pieds, une gourde en peau de chèvre au bras, un vertmuda aux jambes. Les cailloux malmènent ses semelles, fossiles séculaires, fragments de roches calcaires, aridité, rudesse de la terre. Ses yeux plissent sous le soleil, sa peau ruisselle, ses gestes se font de plus en plus lents. La tentation de l’abandon est grande. Il pourrait s’abriter à l’ombre d’un chêne liège, attendre le retour de la fraîcheur, laisser l’image d’Emmelle déambuler devant ses yeux. Il pourrait. Il pourrait aussi faire front, éprouver son vaillant courage, avancer en homme libre, pressentir les embruns de l’océan caresser son visage, fouler de ses pieds nus le sable inespéré, cueillir les fruits dans leur mer d’origine, ouvrir la coquille sacrée, déguster sa chair ferme et moelleuse, son corail velouté. Il pourrait.

Zoé et les zoizeaux

Les zoizeaux zozos font du zèle à coup de marteau, jouent du djembé sur les chêneaux, gazouillent à tire d’ailes, zozotant dans le vent une nouvelle chanson. Zoé, énervée par ce réveil, promet des représailles imminentes. La chouette hulotte chez Mr Hulot, le hibou bout chez Mme Dugenou. Curieux verbe que bouillir, j’ai dû vérifier certaines terminaisons, le bout de « il bout » me semblait bizarre. Et là je suis tombée sur le verbe racabouillir, qui est apparemment un synonyme du précédent. Je racabous, tu racabous, il racabout, nous racabouillons de légumes, lui-même synonyme de racacuire. Zoé racacuisait une ratatouille puis caracolait en cabriolet sur la Promenade des Anglais. Les zoizeaux zozos la saluaient du haut des palmiers-horodattiers, une fois fini le temps prépayé, coup de fusil. Du plomb dans l’aile des zoizeaux zozos sans cervelle.
Zoé pourra dormir cette nuit.

Manchedi

Ce dimanche penche inexorablement vers un lundi, déjà la fin d’après-midi. La courbe de fréquentation de ma blogosphère explose, sauf le dimanche. J’en conclus que je dois ennuyer tout le monde avec mes lamentations dominicales. Donc à partir d’aujourd’hui, je traiterai le dimanche comme un jour ordinaire, le rebaptisant dès à présent manchedi, pour ne pas faire de différences avec ses congénères.

Quel beau manchedi que nous offrit ce mois de juillet naissant. Nous pûmes goûter aux charmes chaleureux de rayons isothermes d’un soleil radieux, en même temps un petit vent nous insufflait l’air nécessaire pour ne pas succomber au ravage de la canicule. Un tintement de glaçons nous rappelait la fraîcheur éphémère d’une eau limpide et pure.
C’était plutôt un manchedi prometteur, mais en fin d’après-midi le ciel se chargea de lourds nuages gris. Alors, quand je vous le dis que ce jour là n’est pas fiable, croyez-moi !

Ragon's et Din's

Très intriguée par cette histoire de Ragons Din’s, je laissai tomber Emmelle au pied de son aimé et décidai d’en apprendre davantage sur ce club de barkers. Armée de jumelles, je m’approchai doucement. L’écrureuil m’épiait du haut d’un cognassier. Le spectacle valait le détour. Les Ragons Din’s s’étaient procurés, je me demande comment, des lunettes noires à leur taille, des blousons noirs en simili cuir, et s'étaient coiffés de bandanas ou de bonnets.

-Tu te demandes comment ils ont eu tout ça ! Murmura Mr Panache

- J’avoue que je suis curieuse de le savoir.

-La déchetterie ! Tu n’imagines pas ce que les gens peuvent jeter. Ils ont trouvé un stock tout neuf de grosses peluches à moto, de là leur est venue l’idée de l’adapter à leur lieu de vie. Les peluches, à leur taille, se laissèrent dévêtir sans problème, plutôt soulagées de ne plus avoir à porter cet accoutrement et ravies d’être sorties de la poubelle. Le reste ne fut plus q’une question d’organisation. Ils commencèrent par faire le ménage dans le ruisseau. Les rats furent priés de passer une visite médicale, les porteurs de maladie furent mis en quarantaine. Ils demandèrent à la famille Corvidez de prendre en charge un service propre de pompes funèbres, la famille Reptilius devaient gérer la surpopulation mulotine (Mr et Mme Mulot, très amoureux, faisaient à eux seuls grimper de façon inquiétante le taux de natalité), les Batracciani s’occuperaient des insectes nuisibles (ex les moustigres ). L’organisation semblait des plus idéales et des plus opérationnelles, sauf qu’évidemment, il se crée toujours des jalousies au sein d’un groupe. Quelques Ragondins dissidents décidèrent de monter un autre club et de tirer profit de tous les services rendus. Parce qu’au départ, le Din’s était un club à but non lucratif, ils acceptaient quelques cadeaux, mais ne se laissaient pas acheter.
Le 2e groupe se baptisa les Ragon’s attribuant au 1er la deuxième partie du nom, donc les Din’s. Depuis c’est la guerre, et les familles Corvidez et Reptilius, (perso, je les ai jamais trouvés bien nets) jouent tantôt le jeu de l’un ou de l’autre club, selon leurs propres intérêts.

-Ouah ! Si j’avais su qu’il se passait tout ça dans mon jardin ! J’en reviens pas ! Et vous, la famille Panache dans tout ça.

- Nous, on fournit des munitions au Din’s, noisettes, fruits, cailloux, frondes en bois de noisetier, en échange ils nous protègent des pies et des corneilles affamées. Les Corvidez honnêtes ne doivent éliminer que les corps sans vie.

-Mais comment ils font pour vous protéger si une pie vous attaque en haut d’un arbre ?

-Ils se sont assurés les services du Seigneur Héron, le marquis du Peuplier, de son nid hyper-haut perché, il surveille ce petit monde et intervient à la moindre anicroche. Et crois-moi, les autres ne font pas les fiers.

- Et Crépin qu’est-ce qu’il devient, vous le voyez parfois ?

- Si tu te souviens bien, Crépin est tout droit issu de ton imagination, c’est à toi de nous donner des nouvelles !

-Je vois qe mon petit écrureuil n'est pas sans cervelle!

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