Juillet 2013

Questionnement

Parfois mes billets ont des points, parfois ils n'en ont pas. Ne me demandez pas pourquoi ou posez-moi la question.Mais est-ce bien utile de toutes façons?
Rien n'est plus absurde qu'une vie de fourmi, Sisyphes éternelles, fréquemment bombardées d'insecticide.Faut-il, comme Sisyphe, les imaginer heureuses? N'ayant pas un cerveau proportionnel à la complexité de la question, je doute qu'elles se la posent.
Quant à moi, l'ayant à peine plus développé, je m'abstiendrai d'une éventuelle réponse.J'aurais aimé savoir philosopher, mais que voulez-vous, à chacun son rocher, son accomplissement voué à un échec sans fin, chacun sa croix, lourde des cris de Jésus, chacun sa foi dit le canard à sa cane et cancane en ricanant, elle le gave tellement, il a hâte d'en finir, elle est la prochaine sur la liste. Il n'ira pas à ses funérailles, il a déjà tout prévu, la camarde ne surprendra pas le canard. Avec quelques camarades, ils s'envoleront à l'aube à la recherche d'un lac perdu, en mangeant des madeleines.

Médusée

Quand les gorgones sortent de leur tanière, fermez les  yeux, sans valeur ni principe, elles font succomber leurs proies d'un regard pétrifiant
Quand les gorgones agitent leur crinière, courez vite, leurs cheveux reptiliens ne font qu'une bouchée des pauvres humains
Quand les gorgones de déchaînent, libérez vous de toutes vos chaînes, elles pilleront vos biens les plus précieux, et c'est ainsi, écrit dans l'histoire vraie de la mythologie

Matinale pensée

La poésie, l'art brut, street art, danse, expression, émotions, créations, du dedans vers le dehors, exorciser le sort, dire, bouger, sentir le corps vibrer, l'esprit s'enflammer. Faire et se défaire des carapaces, casser la glace et les miroirs, se regarder face à face, jeter des tubes de peinture sur une toile, du néant tirer l'unique expression de soi, sans filtre, sans limite. Du rien donner un sens, des douleurs extraire l'essence, se nourrir du vide pour trouver la plénitude.
Un mot, un geste, une trace de peinture, derniers remparts avant l'abandon, dernières murailles avant la rupture entre soi et le monde, dernières suppositions entre l'être et ses questions.

"La vraie création ne prend pas souci d'être ou de ne pas être de l'art." Jean Dubuffet

Drame

Je voulais faire un billet sur le train-train quotidien, mais ce n'eût pas été de bon goût aujourd'hui, vu qu'un train a déraillé faisant des morts et des bléssés, des qui partaient et ne sont jamais arrivés.
Le TGV est-il plus assassin que le train-train quotidien? C'est un drame, une atrocité, images chocs, tôles écrasées.
Personne ne prévoit la fin, chacun sait cependant qu'elle sera certaine, annoncée ou subite, douloureuse ou anesthésiée. Et tant qui meurent seuls, abandonnés comme des chiens.Pas de gros titres pour la misère invisible, ceux  qui meurent de l'intérieur, rongés par les tumeurs, voilà un mot qui ne trompe pas sur son issue. Tu meurs, dehors, dedans, dans ton lit, dans un train, dans la rue, étendu sur des coussins, une hache ou un stylo à la main. Mais nul ne sait quand, aujourd'hui ou demain?

Tut tut

Deux cons klaxonnent, le premier n'avance pas, tut tut, fait le deuxième, tut tut répond le premier, tu le vois bien que je peux pas avancer. Tut tut tut redit le deuxième, tut tut tut tut, fait le premier, traduction, tu le vois pas Ducon que je peux pas passer. Tuuuuuuutttttttttttttttt, le deuxième s'excite sur son klaxon, ça lui fait passer le temps, lui prouve qu'il a raison, que s'il était en premier, lui il serait passé.
Le premier descend, excédé, il est en retard, son chat est mort, sa maison a brûlé, il est en retard sur son passé. Le deuxième était d'humeur plutôt gaie, un rendez-vous, une soirée, une jolie fille, voiture décapotée, bronzage u.v, gourmette au poignet.Il ne craint rien ni personne et il va lui rentrer dedans à ce nase à la voiture pourrie. Il pourrait contourner les plots, se faufiler entre les deux poteaux, prendre de l'élan et franchir cette tranchée, quel empoté.
Pendant qu'il réfléchissait à ces éventualités, l'autre s'est approché sans un bruit, sans un mot il lui a fait manger son klaxon, par la bouche, le nez et le front.Du sang sur le volant, le tuuuttt ne s'est plus arrêté.
Le feu est passé au vert, le premier est parti sans se retourner.

Soldes

C'est encore les soldes m'avertit une publicité aussi stupide qu'encombrante. Alors une question s'est imposée à moi, dois-je suivre la mouvance et mettre mes mots au rabais. Moins 30% sur les mots laids, les soldes c'est toujours des trucs moches et pas très seyants mais sous prétexte d'affaires en or, on dépense notre argent. L'or étant plus cher que l'argent, c'est toujours le dindon, qui, quoi qu'il arrive se retrouve plumé, ou le pigeon, ça dépend s'il est farci ou non.
Le premier que je solderais c'est justement solde, moins 70% d'emblée pour solde de tout compte.
Le deuxième, espoir, qui je le rappelle n'est pas un verbe du 3ème groupe, mais un nom tout ce qu'il y a de plus commun, pas vraiment sincère, de faux espoirs, des espoirs déçus, trahis, perdus. La faux appelle la faucheuse, métaphorique ou mécanique. Le blé, la blondeur ou la vénalité.Moins 80% sur les souvenirs qui ne viennent jamais sous formes de pièces ou de billets. Il est rare de les payer cash, ils reviennent à crédit, réclamant intérêt, usufruit. Tiens celui je l'offre pour tout achat supérieur à deux mots, j'aime pas.
Celui sur lequel je ne ferai aucun réduction c'est le mot sommeil, qui m'emporte déjà

Variation sur Chloé

Du chiendent s'implantait dans les synapses de Chloé, les crocs bien acérés, si bien que les connexions ne s'établissaient plus entre ses différents neurones, chacun choisissant à sa guise de profiter de ce repos imprévu ou de n'en faire qu'à sa tête. L'un pensait blanc, meringue, dragées, un autre voyait rouge, sang, coquelicot, peinture, tableau, tel autre n'était plus que noirceur, nuit sans étoile, jour sans soleil, yeux clos, néant. Aucun ne pouvait communiquer entre eux, le chiendent se répandait et l'espoir diminuait.
Ce n'était ni mieux ni pire que le nénuphar et les doublezons tout aussi inutiles. L'issue devait cependant en être la même.
Les murs rétréciraient et Colin n'aurait plus que ses yeux pour pleurer ou pour en faire ce qu'il voudrait puisque lui malgré tout serait vivant.

Variation sur l'Etranger

Parce qu'un jour il n'y aura plus rien que vent et poussière, six pieds sous terre, à l'abri pour rimer
Parce que quand le jour d'avant ressemble au jour d'après et qu'il est pire encore
Parce que Meursault n'a pas pleuré maman
Parce que le soleil était d'acier et la lame brûlante
Parce qu'il était aussi absurde d'être là qu'ailleurs
Parce que si j'avais le prix Nobel de littérature je n'irai pas à Stockholm
Au moins une certitude évidente, la seule, à part bien sûr celle d'une fin inéluctable
Délectable, détectable, décelable
Meursault a-t-il haï son bourreau?

Couvercle

Le couvercle sur la marmite en cuivre clapote, l'eau bout.Un fait sans importance, elle finit par s'échapper, s'évaporer, se transformer de son état initial en un néant de fumée.Puis plus rien, des goutelettes invisibles. La marmite continue à chauffer, le couvercle ne bouge plus, la chaleur devient intenable. Et la marmite commence à se calciner, du noir, de la fumée.Elle commence à dégouliner son cuivre, ce n'est plus qu'une flaque couleur rouille. Quand l'eau bouille, il faut se dépêcher avant que la marmite ne finisse en bouillie.Et quand le café a bouillu, il est foutu.

Baudelaire a fait meilleur usage du couvercle, mais si je m'appelais Charles ça se saurait

Cliché

La chaleur écrase parce qu'on ne l'attendait plus. Le printemps gris et pluvieux fit le bonheur des marchands de parapluie, comme si les marchands de parapluie existaient encore. Il se vend à peu près n'importe quoi, n'importe où. Même la météo vend du soleil par anticipation, pour faire sortir les touristes de leur léthargie grisailleuse (je sais que Robert ne m'en tient pas rigueur). Et les voilà tous donc sur la route des vacances, voitures gavées jusqu'à la gueule, Mémé sur le coffre de toit parce qu'elle ne rentrait pas ailleurs, puis de toute façon, avec ce qu'elle s'enfile comme cachetons, verra pas la différence. C'est parti pour 800 km de bouchon, de plus dégourdis que les autres pour les contourner, 800km que les mêmes refont chaque année, en se jurant que la prochaine fois on ne les y reprendra plus, puis que quand même ça vaut le coup, coup de soleil se risquera au passage Francky, le coude sur la portière, oui parce que la clim dans les embouteillages ça fait trop consommer. Mémé somnole, elle a des trous d'aération et un ventilateur portable.
- " Non Kévin, on n'est pas encore arrivé, reste plus que 750 km et vive la liberté, compte les moutons
-Y'en a pas
-Compte les voitures dans les bouchons alors
-Puis moi j'ai pipi
-Oh non Loana, j'avais dit pipi avant de partir, puis on peut pas s'arrêter là, pense à autre chose
-A quoi?
-Je sais pas moi, aux poissons qui nagent dans la mer, au sable chaud et collant
-Maintenant j'ai caca
-Non mais c'est pas possible ces gosses, on bosse 11 mois dans l'année pour leur payer le mobil-home prestige au camping de Pas-Là-Vias La Flotte et peuvent même pas se retenir de pisser pendant 4h.
L'année prochaine c'est colo pour tout le monde, Mémé comprise, et moi je resterai peinard devant le tour de France à mater ces drogués qui gagnent en un mois ce que je gagnerai jamais dans toute ma vie.

Pont de pierre

Nougaro sur les bords de la Garonne sifflote un air un peu parti, un peu naze, sorti d'une boîte de jazz, le blanc qui chante Toulouse, le noir qui chante I was born to loose. Les mots des autres, quand les siens ne suffisent plus, quand la ville rose s'enflamme sous les rayons d'un été tardif.
Quand la Garonne ronronne sous le pont de Pierre, un Rigal pour les sens à fleur de peau, pour les initiés seulement. Les néophytes emprunteront le Pont Neuf comme il se doit, pour se rendre rue du Pont Vieux, déguster un plateau de sushis coréens. Chacun regagnera ensuite son train, son avion, son vélo, son auto, pour un ailleurs incertain.
Des liens tissés comme des toiles d'araignée, balayés par un coup de balai. Des rencontres, des hasards, de l'art. Dernière barrière contre la folie, étincelle de vie. Les corps s'entortillent, s'émotionnent, se contorsionnent. De l'autre côté du décor, les peaux frissonnent, les yeux s'embuent, le coeur s'accélère, les lèvres dessinent un sourire muet et béat.
 

Dépôt légal Janvier 2011-Tous droits réservés- 

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