L'asticot

Bien que revenue, je continue ma flânerie parisienne...
...en haut de la rue Blanche , traversez le Boulevard de Clichy et remontez la rue Lepic jusqu'à trouver sur votre droite la rue de l'Armée d'Orient. Rien à y faire en temps normal mais en ce moment et pour quelques semaines encore vous pourrez y voir jouer Clémence Massart et faire la connaissance de l'Asticot de Shakespeare, himself, celui là même qui anéantit le dramaturge en 1616. Entrez dans ce petit théâtre Galabru, prenez place dans un fauteuil rouge, écoutez les murmures de la salle..." il parait que c'est tordant"... "c'est Caubère qui a fait la mise en scène, j'espère quand même que ça ne durera pas 3h"... "quoi! 3 heures?"  "oui oui les spectacles de Caubère c'est 3 heures"," non mais Marcelle l'a vu et ça lui a plu et tu connais Marcelle".
Heu, non, moi je ne connais pas Marcelle, et je n'ai pas spécialement envie de la connaître, puis Caubère peut jouer tout le temps qu'il veut, j'en redemanderai encore. Mais cela fait aussi partie du théâtre, le spectacle commence dès qu'on prend place, spectacle de la comédie humaine, sans texte ni mise en scène, parfois drôle ou complice, parfois égoïste et pathétique, parfois affligeant et triste. 
Il y a ceux qui guettent la meilleure place, se répandent sur tous les sièges, imposent leur présence, et en veulent pour leur argent, surtout quand ils ne paient pas leurs billets.Il y a ceux qui se font tout petits, qui prient pour que les lumières s'éteignent vite dans la salle et que les projecteurs s'allument sur scène pour voir rayonner l'artiste.
Et justement la voilà l'artiste, elle arrive ou plutôt il arrive l'Asticot, avec un A majuscule, comme dans Artsticot, car c'est du grand Art cet asticot là, un A comme dans "Ah vous allez voir ce que vous allez voir", un A comme Allez-y vite, A voir et à revoir, Applaudissements, mais ça c'est à la fin et n'en déplaise à Marcelle nous n'en sommes qu'au début.
L'Asticot se tortille et se vrille au son de son accordéon, donne le ton, on parlera de la M...t, de la mo.., de la .or., vous savez ce mot qu'on n'aime pas prononcer, ce sujet tabou, morbide, se mot qui rampe et s'entortille, ver de terre ou asticot. Le décor est planté, l'Asticot parle anglais et nous promet de ne pas mourir et pourir pour rien, lui, il en fera son festin. Nous voilà donc rassurés, même mon voisin d'à côté, il avait peur de ne pas rigoler. L'asticot pense dans sa barbe "rigole, rigolez, tant que vous pouvez, tant que ce rictus peut se dessiner sur vos visages, quand je serai passé par là vous ne ricanerez pas", mais il n'en dit rien car Hamlet arrive déjà sur scène. Les fantômes se succèdent, Giono, Baudelaire, Jankélévitch, et sous la baguette magique de l'artiste, prennent vie en évoquant son contraire. L'accordéon fredonne, la trompette claironne et la mort ose enfin dire son nom. Elle n'est plus ni terrifiante, ni taboue, peut-être est-elle le bout d'une vie, peut-être pas la fin.
Peut-être qu'un ver de terre qui avait recyclé Molière a rencontré cet asticot Shakespearien, et qu'ils ont continué à extrapoler sur la tragi-comédie de l'aventure humaine...
En tout cas Clémence ne nous aura pas laissé sur notre faim. Mon voisin de fauteuil remercie Marcelle pour ses conseils avisés, non la pièce n'a pas duré 3 heures, juste la moitié et on n'a pas vu le temps passer.
Et moi je me sens prête à dévorer la vie, croquer dans les fruits rouges et juteux des étals de la rue Lepic, traverser le Boulevard de Clichy, redescendre la rue Blanche, retrouver un Paris grouillant de fureur et de bruit.

Pour de plus amples renseignements sur le spectacle, c'est par ici:

  www.clemencemassart.fr

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