La chaise

Une chaise bancale dans la baie de Cancale, il lui manque un barreau, perdu à Saint-Malo. Seule au milieu de l'eau, elle se sent inutile, aimerait bien qu'un marin la prenne dans sa flotille. Peut-être qu'un matelot me transformera en radeau se disait-elle, ainsi je pourrais découvrir du pays, naviguer sur les flots.Quand je pense que je suis restée immobile dix ans à cette terrasse de bistrot. Et deux demis, une menthe à l'eau, puis trois cafés, dix diabolos, quinze Ricard, douze Pernod, quelques verres d'eau, ce n'est pas marrant tous les jours de supporter le poids des gens. Le pire ce ne sont pas les gros, ce sont les maigres aux os saillants, ils n'arrêtent pas de gigoter comme si une aiguille les piquait. Les gros, eux, restent tranquilles, ils se calent et ne bougent plus de peur de basculer. Quand je suis devenue bancale, après avoir déménagé, ni une ni deux, ils m'ont jetée. Ils ont fait semblant de m'oublier, et hop, la marée m'a emportée. Je me suis coincée le pied dans une bouée, pas moyen de m'en dépêtrer.
Aujourd'hui, je suis toujours là, les vagues me caressent, me consolent et me bercent, mais j'attends mon marin. Il aura de grandes mains tannées, il me saisira d'un doigt, me fera tournoyer puis il m'emmènera au loin. A Gibraltar, à Zanzibar? Quand il aura trouvé sa destination, il s'assiéra et tous deux nous regarderons l'horizon. Puis nous repartirons visiter des capitales, les gens se retourneront, ce ne serait pas une histoire banale que de voir un marin voyager avec une chaise bancale.
( c'est plus joli qu'un écureuil qui se fait bouffer par une pie) 

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