Septembre 2011

Quatre saisons

L’automne nous étonne par sa chaleur sirupeuse. Le soleil se répand comme du miel, englue les velléités dans ce qu’elles sont. L’herbe se met à jaunir, les oiseaux ne veulent plus partir, le ruisseau s’ennuie tout seul dans son lit, plus une goutte d’eau pour lui tenir compagnie. Le bleu se languit du gris, le vent en panne d’inspiration a cessé de s’agiter, un décor d’été figé, une impression de stagnation.L’hiver pourtant, arrivera bien vite, il remplacera les couleurs éclatantes par son inévitable dégradé de gris, le vent se lèvera sur la plaine gelée, les nuages éplorés se coucheront dans les lits des cours d’eau esseulés.
Et là, je rêverai de soleil sirupeux, de ciel bleu, je guetterai le retour des oiseaux migrateurs, les bourgeons des lilas en me disant que de bla-bla inutile à parler de météo, le temps qui passe est un sujet plus subtil pour jouer avec les mots.

Que j'écrivisse

Un dimanche qui fait la planche, une nage sur le dos
Une écrevisse en bateau et c’est là que le bât blesse
Curieuse association d’idées, étrange disposition des mots
Que ferait un crustacé sur une barque de pêche ?
L’écrevisse est-elle un crustacé ?
Elle pourrait y être si elle avait été pêchée
Si elle même avait péché et qu’elle soit punie
Par un dieu impie qui ne croit pas en lui
Il suit une thérapie comportementale
Pour retrouver l’estime de soi
Un traitement expérimental
Consistant à un retour à l’état original
Il doit mettre son nez dans le ruisseau
Parce que c’est la faute à Rousseau
Puis retomber par terre
A cause de Voltaire
Il a des doutes mais s’exécute
Jusqu’au jour où l’écrevisse lui pince le bout du nez
Et c’est un raz de marée
Dieu ose enfin s’affirmer
Et l’écrevisse à la nage nage sur le dos
En ce dimanche qui fait la planche et surfe sur les mots

Orangerie

Service Or...., bonjour, tapez 1 puis étoile puis 12 et dièse, bémol puis clé de Sol, j’ai pas ça sur mon clavier, et ben clé de Fa enfin peu importe du moment que vous mettez la main au porte-monnaie.

Après 5mn d’attente et de pianotage intempestif sur mon clavier de téléphone:

-Bonjour, Elodie Duschmoll à votre écoute, que puis-je pour vous ?

-Ma fille voit les minutes de son forfait bloqué fondre comment neige au soleil, alors qu’elle a normalement un crédit de SMS illimité de 16 h à 20 h.

- C’est normal, Madame, vous n’avez pas envoyé la justification prouvant qu’elle n’a pas 18 ans.

- J’ai fourni une photocopie de sa carte d’identité lors de la souscription du contrat.

-Oui mais chaque année il faut fournir ce justificatif

-Mais vous avez bien la photocopie ?

-Oui nous l’avons

-Vous voyez donc qu’elle n’a pas 18 ans

- Oui mais c’est comme ça, il faut fournir ce justificatif

-Sa date de naissance n’a pas changé depuis l’année dernière

-Je sais bien, mais c’est comme ça

-Donc je vous renvoie une photocopie de sa carte d’identité que vous avez déjà

-C’est à peu près ça

-Et comme voulez vous que j’enseigne ensuite la logique à mes enfants ?

-Vous avez raison, je vous comprends, mais c’est la procédure

-Tiens à propos, vous savez combien coûte un appareil d’orthodontie ?

-Aucune idée, c’est un peu hors sujet

-Au point où on en est. J’ai l’impression d’être une oie en train de me faire plumer et je rêve de valises pleines de billets...

-Et moi savez vous combien je suis payée à écouter toute la journée des gens pleurer sur leur forfait ?

-Très peu, j’imagine, tout juste le quart d’un appareil dentaire peut-être, mais vous devez avoir les communications gratuites, je suppose

-Pas du tout, d’ailleurs pour tout vous dire, j’ai mon abonnement chez un concurrent

- Ah bon, et c’est mieux ?

-C’est pas pire

Bip bip bip, votre temps de communication imparti est écoulé, merci de bien vouloir nous rappeler, vous pouvez nous contacter toute la journée de préférence le matin entre 6 h 50 et 6 h 59 ou le soir de 23h23 à 23h26.

Mieux vaut aller faire un tour au musée de l'Orangerie, dans le jardin des Tuileries, je suis pas tout près mais j'ai une affiche affichée qui parle "d'immersion poétique", alors oui, immergeons nous dans la poésie pour oublier les petites tracasseries!

Just another brick in the wall

Le long du mur, j’ai oublié le chat qui se promenait par une nuit étoilé. Toujours le même, épris de liberté. Un chat bobo, nouvelle race après les aristos. Il roule à vélo, ne mange que du bio, économise l’eau, utilise un sac à dos, ne regarde pas de série en vidéo, n’écoute pas de musique électro, boit du lait de sojo, se soigne à l’homéo, se chauffe avec des copeaux, recycle les mulots, marche sur des murs blanchis à la chaux et quand il fait trop chaud pas de ventilo. Parfois, dans ses rêves apparaissent des hamburgers géants de chez M...o, mais il ne l’avoue pas, il a raison car c’est pas bon !
Et le mur reste là, coi, sous les pas du chat. On veut toujours attribuer des oreilles aux murs, alors qu’ils aimeraient tout simplement parler, converser avec ceux qui passent le long, dessus, qui creusent dessous, qui font des trous.Et voilou.

Mur mur

Courir, le long du mur. Grimper comme du lierre vert. S’incruster dans la pierre. Prendre racine le long du mur. Ecouter les murmures de la pierre. Cueillir des fruits mûrs sur la branche au-dessus du mur. Sauter. Se retrouver de l’autre côté. Au pied du mur, adossé. S’asseoir, se reposer. A l’ombre de la branche, lézarder. Une ronce pleine de mûres serpente sur le mur, plus loin un rosier. Des épines sur le mur, des pans lissés. Un paon de mur fait la roue en braillant. Se réveiller, repartir en courant le long du mur, le sauter ?

Une terrasse rouge

Des dessins à la craie sur une terrasse rouge ensoleillée
Des dessins d’enfants sous les regards bienveillants
Le temps descend le chemin cimenté en pente douce
La vieille dame avance lentement
Au bout de l’allée, des sourires d’enfants
Une tendre clarté
Elle vit depuis de longues années
Ils ne connaissent que quelques printemps
Les liens se tissent
Mains potelées et mains ridées
Des souvenirs pour seul avenir
Elle sait que son bonheur est antérieur
Un avenir où tout est à écrire
Ils ignorent encore la fugacité de la craie
Alors un jour, peut-être, beaucoup plus tard
Ils descendront une allée en pente douce
Lentement
Ils avanceront vers une terrasse ensoleillée
Ornée de dessins d’enfants
Et ils se souviendront du sourire de cette vieille dame
Ils l’appelaient Mémé
Ils se souviendront de son visage illuminé
Par les rayons d’un soleil jaune
Un soleil jaune dessiné à la craie
Sur une terrasse rouge ensoleillée

Passage clouté

Aujourd’hui j’ai fait du bricolage, non par loisir mais par nécessité. Il me fallait des vis à bois, et me voilà partie dans mon fourbi pour dénicher la quincaillerie. Il s’agissait bien de dénicher puisque une meute de chiens se mit à hurler dans ma tête et Mr Devos en personne commença à me parler à l’oreille. La vis à bois aboie le soir au fond des bois ? Couchez! dis-je en moi-même à ces mots-chiens de passage, laissez moi finir mon bricolage. Oui couche nous sur ton clavier, nous te laisserons ensuite bricoler et des chiens qui laissent, ce n’est pas une vaine promesse!De toute façon, je n’ai pas trouvé les vis à bois et je ne comprends rien au mode d’emploi.
Jésus sur la croix avait-il un cruciforme ? Bon je sais, je vais parfois un peu trop loin, j’arrête, je ne voudrais pas enfoncer le clou.

Suite et fin?

Edgard est tombé d’une falaise, a-t-il trébuché, s’est-il volontairement laissé attirer par le vide ? Pas de lettre d’adieu, pas de SMS de bye-bye see u later. Il s’est simplement esclaffé sur un rocher comme une figue bien mûre sous le figuier. Ses défis furent vains, ses détours inutiles.
Un témoin pense à accident mais la victime n’a pas crié. Il semblait résolu à la fatalité.
Au même moment Marie-Laurence se pique le doigt avec une aiguille rouillée, en croquant dans une pomme rouge contaminée. Elle devait assister à un bal masqué et hésitait entre Blanche-Neige et la Belle au Bois Dormant.Feu-Feu serait, quant à lui, déguisé en Prince Extravagant.
ML ne fut jamais au courant de la mort de son ancien amant. Elle pensait quelquefois à lui avec nostalgie dans son château coloré, sa prison dorée.
Edgard ne fut pas identifié, il n’avait sur lui aucun papier, personne ne le connaissait et nul n’avait signalé sa disparition. Une vie pour rien, un passage insignifiant.
ML dansait à son bal masqué, ses chaussures la faisaient souffrir, elle avait opté pour une panoplie de la BBD, mais se sentait comme la Petite Sirène. Elle eut une envie subite d’océan, le Prince Extravagant l’entraîna à ce moment là dans une valse fougueuse. Elle tournoya tant qu’elle en oublia sa lubie et se résigna à vivre cette vie. Son Prince exaucerait ses souhaits mais aurait-elle beaucoup d’enfants ? Ou peut-être le contraire.

Nuit blanche

Un regard noir dans la nuit, une nuit blanche, une rue de Paris
L’homme avance, un costume gris, un chapeau du dimanche
Des chaussures vernies
Un autre homme le suit, prudemment, un réverbère
Eclaire faiblement le trottoir
Il tourne, première à gauche, disparaît sous un porche
Une cour pavée de pierres carrées
Le suiveur, distrait, loupe le coche
Continue la poursuite de l’inconnu de la rue
Il vient d’oublier la raison de cette filature
Se cache pourtant au bruit d’une voiture
Une voiture noire, une nuit blanche
Sous le porche l’homme murmure
Une litanie, une prière du dimanche
Puis s’appuie sur le mur
A-t-il échappé à un imminent danger ?
Il monte un escalier
Ses chaussures vernies font craquer
L’escalier en bois ciré
En haut il espère trouver un refuge
Pour la nuit, pour cette nuit blanche
Qui avance inexorablement vers un petit matin noir
Il ferme les yeux
Une porte s’ouvre, une lueur d’espoir ?

Vers moulus

L’olivier, ce matin, m’a susurrée quelques mots à l’oreille. De son vert argenté, il m’inspira deux trois vers exaltés. Je ne les ai pas notés, ils se sont envolés, emportés par un courant d’air frais. Un oiseau à tire-d’aile a essayé de les rattraper, mais il n’y est pas arrivé. Le mot à tire-larigot est alors venu se poser sur une feuille accueillante de l’olivier. Un petit rigolo ce tire-larigot, d’où vient-il ? Sort-il d’un marigot ? Est-il titi parigot ? Parle-t-il argot ? Chose étrange, il était tout seul, un unique tire-larigot, il avait pris le large, faisait des rêves minimalistes, quelques souhaits notés sur une petite liste. L’oiseau lui proposa un vol à tire-d’aile, il accepta. Et les voilà tous partis, l’oiseau, mon mot et mes vers oubliés inspirés par l’olivier.

Le règne de l'araignée

Les araignées de la fin de l’été sont rentrées chez moi, elles n’étaient pourtant pas invitées. Elles ont niché aux quatre coins de mon plancher, tissant de fines toiles de leurs doigts invisibles. Armée d’un balai, je suis allée les déloger, mais elle avait déjà élu un représentant pour défendre leur droit au logement.
Si vous venez me rendre visite, sachez donc que j’héberge gratuitement un troupeau d’araignée de la fin de l’été. Qui sait ce qu’il adviendra lorsque l’automne arrivera.

Tutti frutti

Charlotte est allée cueillir des mûres mûres puis du raisin zin, des figues vertes, des poires noires, de la réglisse lisse et des noix dans leur coquille d’escargot. Ah non ! Chacun chez soi, une coque de noix flotte sur un océan grand, une bogue s’échoue sur un blog un peu fou. Ca ne veut rien dire du tout et Charlotte déteste les escargots. Elle n’aime pas non plus l’utilisation de son prénom dans mon jardon (j’aime bien quand ça rime).
Roman a horreur des fruits, il fuit, il pédale sur son vélo, il aimerait bien avoir un pédalo, faire des ronds dans l’eau, chewinguer du Malabar dans une mare aux canards. Une grosse bulle montgolfière l’emporte fier dans les airs. Une grenade explose en mille graines translucides, une pluie grenadine illumine le ciel. Roman se pose et goûte le fruit rose. C’est meilleur que le Malabar, et les canards palabrent dans la mare en père peinard. Il se fait tard.

Au détail

Le détail. Une pêche achetée à l’unité, un pamplemousse, une page de livre, une rime, un fragment de joue empourpré, une peinture écaillée, une micro-fissure sur le mur, une perle sur un collier, de la poussière blanche dans l’air chaud, une pointe de Tabasco dans le plat du dimanche. La finesse d’un poignet, un geste délicat de la main, pas un adieu, un au revoir discret, incertain. Un mot sucré au milieu d’un phrase d’ennui, un petit gâteau offert aux amis, une brunoise de fruits, un gnocchi, une goutte de café dans l’eau, une goutte d’eau dans le vase, un pétale rose d’un bouquet de quarantaine, une année diluée dans l’éternité. Un caillou sur le chemin, une miette dans le pétrin, un petit pois sous le matelas, une princesse aux abois. Un talon aiguille dans une meule de foin, une larme de fille et des traces de rimmel.
Un détail de la chapelle Sixtine, une pêche des sept pêchers capitaux, un tressautement du coeur, une vue de l’esprit, un pamplemousse grillé, une page de livre détachée, une rime essentielle, la pommette écaillée s’enflamme de mille reflets, un rayon épicé du soleil du Dimanche. A sunny day.
Allez savoir pourquoi.

Pour ou contre

Marie-Laurence n’a pas bougé pendant ce mois d’août. Elle s’est laissée porter d’aqueduc en aqueduc par son archiduc, pesant le pour et le contre, dans cette balance imprécise du sentiment amoureux. Elle pensait à Edgard en regardant les étoiles filer, elle pensait à François-Ferdinand en regardant les avions se poser. Elle ne peignait plus, dormait très peu, se nourrissait de baies sauvages et refusait les cadeaux encombrants de Feu-Feu. Un jour ce fut un lama pure laine, le lendemain un matelas Mérinos, une autre fois un épais pull en cachemire, incongru pour la saison. Elle fut débarrassée de tout ce fourbi par une horde de mites affamées, lui rappela qu’elle ne s’appelait pas Hélène et qu’elle était allergique à cette matière. Il lui offrit alors un ver à soie en guise d’animal de compagnie, puis un ver luisant pour l’éclairer la nuit. Elle reçut aussi un champ de maïs, un château en Bavière, une mer d’huile et une autoroute désaffectée. Un soir, il arriva avec un jeu des sept familles, il fallut y jouer toute la nuit, un mortel ennui.

Edgard, de son côté, s’était finalement posé côté ouest de son long périple, et savourait la joie simple de se sentir vivant. Son coeur battait à un rythme régulier, plus de soubresaut, de tachycardie ou d’arrêt cardiaque à la seule évocation de sa mie lointaine. Il buvait du jus d’ananas sur la plage de Malibu, imaginant un futur voyage vers le Canada, pour aller voir des caribous. Le soleil californien avait fait blondir ses cheveux raides, et l’eau salée apaisé ses plantes de pied.

Dépôt légal Janvier 2011-Tous droits réservés- 

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