Crépin 4

Bertrand et lui croassaient une grande partie de la journée, tapaient de toutes leurs forces sur des casseroles volées, mais très vite l’ennui s’immisça dans le moindre de leurs gestes. Ils avaient beau se savonner tous les matins avec des pierres de lave, rien n’y faisait. L’ennui comme son cousin le cambouis laissait des traces noires indélébiles sur la peau.
Alors un soir au clair de lune, Bertrand se confia, il avait encore un peu mal au bec, le clou de Joseph lui avait laissé une cicatrice douloureuse.

-« Moâ , disait le corboquet en roulant les R, je voudrais visiter d’autres terres habitées, faire du brôuit et que tout le monde m’entende, puis qui sait peut-être rencontrer une corboquette… »

Son regard se perdait alors dans le vague et il finissait par aller pêcher un souvenir joyeux pour se consoler.

Crépin éprouvait un sentiment identique. Il aurait bien voulu comme tout un chacun trouver sa chacune, aller lui décrocher des casseroles flamboyantes, des cuivres étincelants, des marmites clinquantes, des chaudrons résonants…

-«Bertrand tu as raison, il nous faut aller vôar du pays (il se mettait à parler comme lui), graine de tomate, pépin de raisin, ce n’est pas ici la vraie vie de pirate.

Les Gailurons et les Gailuronnes ont perdu le sens de l’humour, allons le chercher ailleurs ! »

Il sortit sa plus belle casserole et frappa le départ à l’aide d’une cuillère en étain.

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