Articles de barbaraburgos
Paréidolie
Une auréole est apparue
Au plafond de mon salon
Pourtant pas un ange déchu
Plutôt un aigle ou un faucon
Qui déploient leurs grandes ailes
En me guettant depuis ce ciel
Cette cloison horizontale
Censée me protéger du dehors
M'empêcher de voir les étoiles
Me mettre à l'abri des météores
Quand la toiture n'est plus étanche
Que les certitudes prennent l'eau
Il est temps de prendre sa revanche
Sur les caprices de la météo
De voir les ailes d'un ange
Dans une trace d'humidité
De ces tâches un peu étrange
En faire un test de personnalité
Purée !
Quand la brume matinale
Sur le jardin jette un voile
Difficile de distinguer
Le bon mot à employer
Dans cette purée de pois
Il est aisé de confondre
La grammaire et le graminé
Les synonymes du concombre
J'avance en tatonnant
Dans cette atmosphère opaque
A la recherche du signifiant
Parmi les légumes en vrac
Se goberger d'aubergines
J'en ai déjà fait des lignes
Sans toutefois perdre la tête
Trouver l'adjectif parfait
Rimant avec feuille de blette
Attribut ou épithète
Le chou est cuit
COD
Le chou est à la chèvre
COI
Ce que la bonne est au curé
Dieu saura me pardonner
C'est bien lui qui a grisé
De ces vapeurs matinales
Un ciel qui n'a rien demandé
Qui se réveille bancal
Dans une purée de pois
Aurait-il la gueule de bois ?
Sur les chemins de la philosophie
J'écoute Schopenhauer
En prenant l'air
Pas une mélodie
Je ferais mieux
D'écouter Malher
Une symphonie
Car pour Arthur
Seules les douleurs
Du monde durent
Schopenhauer
Etait-il punk
No Future
Avant l'heure
Eudémonologie
A bas les idéologies
Fausses rumeurs
Sur le bonheur
Juste une absence
De souffrance
C'est déjà ça
Etre ce que l'on est
Pas ce que l'on a
Le phénomène
Vient de l'intérieur
L'art d'être heureux
Selon Schopenhauer
Qui dit mieux ?
Je l'écoute en prenant l'air
Pas une mélodie
Ni du malheur
En symphonie
Se coucounejer
J'ai sommeil
A m'en décrocher les mandibules
A faire bayer les corneilles
A dégoûter les noctambules
Je rêve d'un bon lit douillet
Où je pourrais m'étirer
De tout mon long me lover
Au milieu des oreillers
Laisser mes paupières tomber
Sur une lumière tamisée
Mes muscles se délasser
En caressant le projet
De rêver jusqu'à demain
Dormir le sourire en coin
Quand dehors il fait très froid
Il n'est pas meilleur endroit
Que le creux du matelas
La chaleur d'un duvet d'oie
Et le moelleux d'un pyjama
A la une
Chacun sur son chemin
Chacun dans sa rengaine
Chacun un point de départ
Une lignée d'arrivée
Parfois une droite tracée
Ou une route sinueuse
Parfois un filet d'eau
Ou des cascades montagneuses
Parfois le sable du désert
Ou des plages de grains fins
Chacun mord la poussière
Chacun reste dans son coin
Chacun rêve à plus loin
Ou bien ne rêvent plus
Englués à leur sort
A trop d'espoirs déçus
Tous seuls face aux frontières
Aux barbelés tendus
Par les mains d'un autre être
Qui s'appelle humain
Et tandis que certains
Partent conquérir l'espace
D'autres se retrouvent à terre
Piétinés par la masse
Jusqu'à quand ce caillou
Pourra rester debout
A la une des journaux
Le retour des héros
Côtoie le quotidien
Des milliers de clandestins
Est-ce que depuis les astres
Le monde semble plus beau
Une meilleure place
Pour contempler le désastre ?
Depuis la nuit des temps
C'est la même rengaine
Du point A au point B
La route n'est pas la même
Pour certains un chemin
Couvert de barbelés
Pour d'autres un voie royale
Illuminée d'étoiles
Gros titres dans le journal
Ou bien entrefilet
Tout au bout du chemin
La même ligne d'arrivée
Procrastination
Tous les jours je procrastine
C'est la seule chose enfin
Que je ne remets pas à demain
Je le fais en temps en heure
Dès que le réveil a sonné
Quelques minutes de plus au lit
Dehors il fait encore trop nuit
Quand je pose un pied par terre
Je me dis que j'aurais mieux fait
D'élucider le mystère
De ce rêve inachevé
Ainsi toute la journée
Je repousse le moment
D'accomplir ce que je devrais
Croyez-moi c'est agaçant
La pile de papiers grandit
Dans l'eau les grenouilles coassent
La poussière s'alanguit
Moi je bulle sur la terrasse
J'écris de la poésie
Quand soudain je me décide
A me mettre à la tâche
J'aperçois une fleur splendide
A admirer sans relâche
Et voilà que le soir tombe
Déjà une journée passée
A présent il fait trop sombre
Pour commencer un chantier
Demain à n'en pas douter
Je vais encore procrastiner
Ce n'est pas toujours que je veux
Mais c'est ce que je fais le mieux
Ville
Tous ces humains aux fenêtres
Ceux dont on ne sait rien
Ceux qu'on rencontrera peut-être
Avec qui on fera un bout de chemin
Comment vivent-ils leur vie
Ces inconnus
Entraperçus
Depuis les rues
Par des passants
Qui se questionnent
Sur le sort des hommes
Dans la cité
Se lèvent-ils tous les matins
Avec l'envie de continuer
D'aller plus loin
Que leur balcon ou leur jardin
Préfèrent-ils vivre protégés
Dans leur quartier
Leur groupuscule
Ou veulent-ils ouvrir leur porte
Un pas vers l'autre
Sortir de la bulle
Tant d'inconnus
Qui se côtoient
Parfois se frôlent
Mais ne se parlent pas
Tant de solitude
Sous bien des toits
D'incertitudes
Qui ne se voient pas
Tous ces humains aux fenêtres
Une rencontre
Peut-être
Elle et lui
Le soleil luit
La lune aussi
Il luit
Elle luit
Et l'oiseau
Vole à tire-d'elle
De toutes ses ailes
Après minuit
Il se déplace
Dans la nuit
Vers une île
Où le soleil luit
Il cherche peut-être
A fuir sa vie
Son ciel
Où la lune
Elle
Est témoin
Des choses qui fuient
Et qui s'enfuient
A tire-d'aile
Sur un oiseau
De paradis
Qui lui n'est ni
Un coq en pâte
Au fait des choses
Si délicates
Ni un oiseau en fer
Au faîte d'un clocher
Une girouette
Très haut perchée
Le soleil luit
La lune elle
Finit sa nuit
Et va se coucher
De l'autre côté
De l'hémisphère
Direction indiquée
Par un oiseau en fer
Une île au paradis
Où le soleil hèle
Où la lune luit
Rendez-vous
Je ne sais pas dans quelle gare
Ni sur quel quai de métro
Dans quelle rue
Dans quel bistrot
Par quel hasard
Tu m'attendras
Quelque part
Je ne sais
Ni le jour
Ni l'heure
Ni la station de métro
Dans quel port
Dans quelle gare
Opérera le hasard
Par beau temps
Ou par brouillard
Tôt le matin
Tard le soir
Tu m'attendras
Quelque part
Je ne peux pas te dire où
Ni sur le quai de quelle gare
Aura lieu le rendez-vous
Tu m'attendras
Quelque part
Je viendrai de n'importe où
Nous monterons dans un train
Destination au hasard
Dans une gare
Ou plus loin
Tu m'attendras
Quelque part
Psittacisme
Un stock de paysages
Un stock de mots
Collage
Des feuilles scotchées aux arbres
Des oiseaux
Un toucan
En tous cas
Trouve son camp
Un ara
Sans arrêt
Vole bas
Un papagayo
Quelle pagaille
Dans les mots
Canopée
Tout en haut
Canapé
Bien au chaud
Les feuilles ne collent plus
A la cime des arbres
C'est l'hiver qui se prépare
Le désert des Tartares
Un chocolat un kouglof
Les aventures de Michel Strogoff
Tourbillons
De l'automne
Les mots tombent
Emmêlés
Sibérie
Sidérée
Les feuilles de papier
Tombent aussi
Il n'y a pas de perroquet
En Russie
Des cosaques
En casaque
Des paysages en stock
Des valises de mots
Et des trains en partance
Pour Vladivostok