Articles de barbaraburgos
Des pieds et des mains
Quand tu as lâché ma main
La tienne aussi a disparu
Je l'ai cherchée dans tous les coins
Je ne l'ai jamais revue
Alors j'ai fait les cent pas
Parfois j'ai tapé du pied
Je suis passée de bras en bras
Sans parvenir à retrouver
Ce petit morceau de toi
La suite de ton poignet
Son toucher si délicat
De nombreuses années après
Un beau jour j'ai mis le doigt
Sur un très obscur objet
Source de beaucoup d'émois
C'était ton membre amputé
Qui gisait là dans un coin
Il était bien embêté
D'avoir perdu son chemin
Terrassement
Une mésange à ma fenêtre
Des peut-être
Rouge-gorge sur la terrasse
Jour qui passe
Et des pies qui piaillent piaillent
Funérailles
De la souris égarée
Dans le pré
Sale temps pour les rongeurs
A toute heure
Quand ils veulent se réfugier
Sous l'évier
Ou grignoter ma cuisine
J'assassine
Sans sommation sans sursis
C'est la vie
Et puis c'est la mort aussi
C'est ainsi
Une mésange à ma fenêtre
Un rouge-gorge qui passe
Des pourquoi ou des peut-être
Des bientôt sur la terrasse
Brume matinale
Les arbres dans la brume
Se dissipent en fumée
Semblables à l'écume
D'une mer évaporée
L'aube dans le brouillard
Se distillent en gouttelettes
Le regard humidifié
Ne voit plus d'images nettes
S'il faut de la clarté
Pour voir le bout de la route
La bruine en suspension
Dissimule les doutes
Et les yeux embués
Sur la campagne liquide
Profite de l'air troublé
Pour se perdre dans le vide
Peur primale
Il faut un jour se résoudre
A affronter ses démons
Ces monstres aux dents longues
Qui dévorent sans scrupule
Les murs et les fondations
Les croyances ridicules
Et les frayeurs sans raison
Pourtant j'hésite à ouvrir
Cette porte sous l'évier
Me retrouver nez à nez
Avec l'animal rusé
Qui parvient à déjouer
Les stratégies pour l'éloigner
Et chaque fois qu'elle gigote
Cette bête maléfique
Moi aussitôt je sursaute
Invoque des pensées magiques
Je rêve qu'une baguette pointue
Pourrait une fois pour toute
Me débarrasser de l'intrus
Sans trop ébranler mes doutes
Mes vices et ma vertu
Je suis plutôt pacifiste
Mais ce monstre sous l'évier
Va finir par entamer
Ma vision idéaliste
Des résolutions de conflits
De l'obtention d'un sursis
Etant dotée de la parole
J'ai essayé le dialogue
Avec cette satanée bestiole
La preuve en est sur mon blog
Pour attester de ma bonne foi
J'ai affronté bien des fois
Des démons aux dents trop longues
Je les ai souvent occis
Pourtant aujourd'hui je fuis
Et même armée d'un balai
Je n'arrive pas à braver
L'hideux monstre sous l'évier
Il faut parfois se résoudre
A modifier sa tactique
Et à verser de la poudre
Parfumée à l'arsenic
Time is money ?
Les horloges digitaliques
N'égrènent plus leur tic-tac
Affichage automatique
Du temps et de son ressac
On passe sans sourciller
De l'heure d'été à son contraire
Nul besoin de retarder
Toutes les pendules au même horaire
Qui a eu cette idée folle
Un jour d'enfermer le temps
De le mettre en symbole
Inséré dans un cadran ?
Puis verrouillé aux poignets
Surtout ceux des plus puissants
Qui peuvent tout acheter
Passé avenir présent ?
A chaque sonnerie du réveil
Commence une nouvelle journée
Tout en sachant que la veille
Est bien morte et enterrée
Que l'alarme du lendemain
Restera hypothétique
Que l'horloge soit d'airain
Ou de cristaux numériques
Promenade dominicale
A l'heure où les biches vont boire
Juste à l'orée du soir
A l'heure où vont boire les biches
Ce genre de mots s'affichent
Juste à portée de regard
Je n'aime pourtant pas les rimes riches
Ni les rimes embrassées
Mais je ne peux pas m'empêcher
De faire terminer mes phrases
Par une sorte d'emphase
Je me promène dans les bois
Et tout aussitôt j'y vois
Les traces de cerfs aux abois
Même s'il n'y en n'a pas
Je ne sais pas me satisfaire
De la couleur de la terre
Ou des teintes automnales
Capturées dans ma focale
Il faut qu'il me vienne en tête
Une quantité de lettres
Que j'ordonne comme je peux
Ça sonne souvent un peu creux
A l'heure où vont boire les biches
Les arbres font la révérence
Sur le méridien de Greenwich
Ils en saluent l'élégance
L' Angleterre est pourtant loin
Et n'a aucune importance
Il vaut mieux suivre le chemin
Et marcher avec ses pieds
Plutôt que de croire en vain
Qu'on peut tout faire rimer
Le soleil dans ses reflets
Sur l'eau sauvage du lac
Le froissement des feuilles tombées
Et le bruit des branches qui craquent
Heure d'hiver
L'horloge reculera
Les jours raccourciront
Les nuits s'allongeront
Et tu t'allongeras
Tout à côté de moi
L'horloge a sonné
Dehors un vent glacial
Nos peaux horizontales
Et pour se réchauffer
Le souffle de nos baisers
L'horloge et son tic-tac
Craquement du feu de bois
Égarement des doigts
Et de nos mains délicates
Caresses sous la ouate
L'horloge avancera
Ce sera l'heure d'été
Une saison passée
Alors tu partiras
Et de toi et de moi
Sourire de nos émois
J'aime ou pas
J'aime le gris des matins calmes
J'aime le calme des jours de gris
J'aime le matin des ciels d'ennui
J'aime la nuit dans le vague de l'âme
Je hais le bruit de la tempête
Je hais les cris dans la défaite
Je hais les idées fixes en tête
Je hais les rimes toutes en -ette
J'aime les vers libres
J'aime les félibres
J'aime les romans au chocolat
J'aime les charlottes à l'eau de rose
J'aime les rimes
J'aime la prose
J'aime dire j'aime
Plus que je hais
J'aime le verbe être
Plus que le verbe j'ai
Jardin d'automne
Dans le jardin aux grenades
Réminiscences colorées
La colline de la Bade
Notre jeunesse écoulée
Chaque année milieu d'automne
Le vingt-huit du mois d'octobre
Nous pouvions alors mignonnes
Dans nos jolies petites robes
Cueillir les fruits de saison
Les marrons les azeroles
Fertile imagination
Pour endosser d'autres rôles
Sans penser à l'avenir
Dans nos projets enfantins
Nous apprêter à grandir
A la croisée des chemins
Une année à peaufiner
Un pique-nique idéal
Des menus cent fois rêvés
Écrits en lettres capitales
Maintenant que nous sommes grandes
Presque vieilles pour de vrai
Nous regardons nostalgiques
Cette balade gourmande
Ce repas tant espéré
Qui n'exista qu'idyllique
Dans notre monde provisoire
Il reste dans nos souvenirs
Le plus succulent banquet
Accroché à nos mémoires
Il nous fait encore sourire
Après toutes ces longues années
Petits moments d'innocence
Rattachés comme des fils blancs
Malgré les périodes d'errance
Les tourments adolescents
Maintenant que nous sommes grandes
Presque vieilles pour de vrai
Sur les anciennes plates-bandes
Je jette un œil nostalgique
Tendres heures mordorées
A l'horloge mécanique
Dans le jardin aux grenades
Réminiscences enchantées
La colline de la Bade
Notre jeunesse retrouvée
Eighteen's
Dix-huit ans
C'est un symbole
Un âge majoritaire
Où il faut trouver le rôle
A jouer sur cette terre
Mais ce n'est pas toujours drôle
De passer sans bouleversement
Dans cette grande farandole
Du biberon au volant
Dès la sortie de l'école
Choisir son mode de conduite
Définir vers lequel des pôles
Se dessinera la suite
Même à l'aide d'une boussole
Il s'avère souvent très dur
De traîner ses casseroles
Sur la route du futur
Une fois passée la vague
Des années d'adolescence
On se dit quelle bonne blague
Cette idée de l'existence
Mais plutôt qu'un long discours
Quelques messages d'espérance
Rien ne remplace le parcours
De ses propres expériences
Pour se retrouver un jour
A l'heure où se fâne l'âge
Où malgré tous les détours
Rien n'invite à rester sage
Dix-huit ans
C'est un symbole
Il en faut parfois du temps
Pour bien comprendre le rôle
A jouer sur cette terre
Dans cette grande farandole
Et en saisir le mystère !