Articles de barbaraburgos
Le pot aux roses
J'ai découvert le poteau rose
Alors que je m’apprêtais à disserter en prose
Écrire pour une fois de sérieuses choses
Je voulais prendre une photographie
D'un bouquet de fleurs fanées
Dans son vase ébréché
Là m'est apparue la supercherie
Les secrets bien gardés
Révélés par la nuit
Et Ronsard et Sully
N'y pourront rien changer
Jeunes filles, à peine éclos
Vos pétales faneront
Même s'il est des mots nouveaux
Pour dire l'obsolescence
Ne croyez pas que vos pinceaux
Cacheront vos impudences
Ne laissez pas les fissures
Toucher au cœur le point de rupture
Souriez sur la photo
Un jour envoyées au poteau
Fut-il bleu fut-il rose
Il ne sera plus temps pour la prose
Ou pour la poésie d'antan
Il n'est pas de plus sérieuse chose
Que la fugacité de l'instant
Ce rêve...
Le thème de ce printemps des poètes est le désir. https://www.printempsdespoetes.com/Edition-2021
En philosophie, une attente ou un manque ? L'essence de l'action ? Et qui dit essence dit moteur, et si moteur, action, silence ça tourne !
Justement, cette nuit, j'ai fait un rêve saturnien. Est-il inconscient cet inconscient de réveiller le désir quand le corps s'endort ? Je m'éveillai brûlante de questions. Un plan séquence sans conséquence, si ce n'est le regret de ne pas avoir eu de remords
-Ah ben là t'y vas fort
-Elle t'a dit pas de rime
-Et voilà qu'ils s'y mettent à deux maintenant, non mais vous n'avez pas pris vos pilules ( c'est ma schizophrénie qui parle)
-Pas encore
-Il serait peut-être temps, la céphalée me guette
-Et alors, le désir ?
-Il serait un printemps, si je veux rester poète. Non pas un manque, une attente plutôt mais pas une attente dans la douleur, une attente douce, indolente. Le désir peut-il suffire à se combler lui-même?
-Par définition, non. Il serait alors un penchant, une inclination, une vague aspiration
-Pourtant Robert cite tous ces termes comme des synonymes
-Tout dépend du sens, philosophique ou courant. Et comme je le veux poétique, je continuerai avec les saisons
-Et donc ?
- Le printemps, désir naissant, léger, bulle de savon, tiens, un sujet pour Chloé
L'été, forcément désir brûlant, des flammes par rayons, des orages, paroxysmes des sensations
L'automne, désir plus sage au coin du feu, pourtant couleurs flamboyantes des feuilles dans la tourmente
L'hiver, les arbres sont à nu, le désir n'est cependant pas mort, il serpente comme une eau sous-jacente, avant de rejaillir troublant aux premiers jours du printemps
-Pas mal, mais faudrait se méfier de ne pas prendre ses désirs pour des réalités
-Ça manque un peu de référence, non ?
-Que voulez-vous je m'appelle pas Platon
Arrière-goût
Le temps passe sous les ponts et va se jeter dans l'amer, cet arrière-goût des pensées d'hier
Un aphorisme sans autre ambition que de placer un bon mot et m'auto-féliciter de la trouvaille(mon ego est tellement surdimensionné qu'il ne rentrera bientôt plus entre parenthèses).
Parfois (pas souvent) je ne pense absolument pas ce que j'écris puis je préfère les avant aux arrière-goûts. Ces petits picotements, ce pressentiment des papilles à la perspective de découvrir une nouvelle saveur, de vivre un grand événement. Ceci dit j'aime l'idée du temps qui coule sous les ponts, je l'ai eue en passant sur un pont écroulé.
-Non, ça c'est pas possible, si le pont s'est écroulé, on ne peut pas y passer dessus
-Pardonnez-moi, pour moi c'est un pont écroulé. Les gens des ponts et chaussées l'ont remplacé par un pont provisoire qui dure
-On se vouvoie maintenant ?
-Pourquoi, on devrait se tutoyer ?
- Je crois qu'on peut depuis le temps qu'on se connaît
-Ah c'est ma schizophrénie qui revient. Désolée je ne t'avais pas reconnue et ne me ressors pas que je suis toute excusée que tout le monde peut se tromper, ça tu me l'as déjà fait
- Oui d'accord, passons. Mais que vas-tu faire de ton idée sous les ponts ? Pas grand-chose je suppose, comme d'habitude
-Tu pourrais quand même noter le progrès, j'essaie d'écrire en prose
-C'est pas flagrant mais j'ose penser que tu vas y arriver
-Ce fut comme une déflagration, puis un torrent de boue
-Plus de deux ans après, il serait temps, tu ne me l'avais jamais raconté. Malgré tout tu es restée debout
-Oui mais il a fallu que je m'allonge sur le divan
-Le divan de Lacan pardi. Et tu n'as pas trop perdu ton temps ?
-Un peu mais je l'ai retrouvé, il passe et repasse sous les ponts
-Donc tu n'es pas froissée
-On dirait moi, tu es de moins en moins dissociée
-Je ne te le fais pas dire
Trois fois rien
Sur une ligne allant du rien au tout, vers son milieu, il y aurait des petits bouts de rien du tout. Petits bouts de vie, de chemin partagé, petits plaisirs futiles, aussi légers qu'un reflet dans une tasse de thé, une bulle de savon de Chloé, un regard, un effleurement, un désir naissant.
Le juste milieu peut sembler ennuyeux. "Je ne m'attendais pas à ce que ce soit comme ça la vie, qu'est-ce qu'on s'ennuie !" me dit une voix amie récemment.
Qu'espérais-tu ma douce Emma ? Des roses sans épine offertes chaque jour, des sensations sublimes , du soleil en rafale, que quotidiennement le cœur s'emballe ?
Ne pas se contenter du train-train, préférer le TGV. Et s'il faut renoncer au tout, choisir le rien pour ne pas vivre à moitié. La tiédeur exaspère. Un thé tiède , l'allitération est laide et la dégustation peu concluante. Brûlant ou glacé, il serait plus excitant, ferait battre le palpitant.
Mais une chaleur excessive brûle les papilles, ôtant ainsi toute possibilité de goûter à d'autres saveurs. Le trop emprisonne, rend servile et le trop peu tend vers le néant.
Pourquoi ne pas alors explorer ce juste milieu sans pour autant s'accommoder d'une langueur tiédasse.
Coudre bout à bout tous les petits bouts, un patchwork d'événements insignifiants, une mosaïque d'instants.
Contempler d'un sommet cette œuvre d'art unique, d'une unique vie parmi des milliards.
Du rien au tout, des montagnes de l'Oural aux mornes plaines, ce sont finalement tous ces petits bouts qui feront battre le palpitant puisque de toute façon nous ne naviguons, marchons, courons ou volons que d'un néant à l'autre et nous sommes de nos vies le seul apôtre (cette dernière partie ne signifie rien mais j'ai un TOC, je ne peux m'empêcher de rimer et les parenthèses me manquaient, d'une pierre deux coups et des mots pour ne rien dire du tout) (quand le langage ne veut rien dire du tout, il a une fonction phatique, uniquement utilisé pour établir une communication, mais ce sera un autre billet sinon ce sera trop long)
Potiche !
J'ai revu l'écureuil
L'écureuil dans son pin
Aux heures du petit matin
La pie guettait l'oeil en coin
Le chat sournois se lèchait les babines
Cours petit écureuil
Va cueillir quelques pignes
Puis reviens à l'abri
Du chat et de la pie
Goûte aux pignons
Avec passion
Délecte-toi de ce doux printemps
Mais méfie-toi des prédateurs
Aux dents longues
Tu n'es pas né dans un jardin d'Eden
Tu es né dans la jongle
Méfie-toi de leurs regards enjôleurs
Ils ne songent qu'à t'arracher le coeur
Prends soin de toi
Sinon personne ne le fera
Je veux continuer à te voir gambader
Je veux admirer ton panache
Observer ton cache-cache
Et faire des rimes riches
Je ne suis pourtant pas une potiche !
La complainte de Carrie Adam
Un jour la petite souris m'a dit
Brosse toi bien les dents
Tu n'auras pas de carie
Quand tes premières quenottes
Attraperont la tremblote
Je viendrai au milieu de la nuit
Déposer une pièce et peut-être un secret
Dans le creux de ton oreiller
Aujourd'hui j'affiche un beau sourire
Oubliées les risettes de bébé
Les moqueries des cours de récré
Les dents d'acier à l'âge ingrat
Les mercredis chez le dentiste
Pas de chance pas sur la bonne liste
Puis en soignant ses racines attendre avec sagesse
Des défenses incisives pour panser ses faiblesses
La petite souris se rappelle parfois à mon souvenir
Ne mange pas trop de sucrerie
Mais croque la vie à pleines dents
Il ne dure pas si longtemps
Ce joli sourire sur les lèvres
Pense à faire fructifier les pièces sur sous l'oreiller
Un jour tu seras vieille édentée
Avec tes économies tu pourras t'offrir un beau dentier !
Point virgule
J'ai décidé à l'unanimité avec mes mois, sans trop d'émoi de ne plus mettre de point final à mes billets. Pourquoi ? Pourquoi pas ? Une fantaisie symbolique. La plupart du temps, ils ne sont pas finis, ils pourraient être un commencement, s'inscrire dans un continuum ad libitum. Le point final est radical, l'idée initiale parfois radicule bien que souvent ridicule. Pourtant des points il en faut ! Oui mais point trop.
Quand l'idée a germé, pourquoi ne pas la laisser s'épanouir, grandir, lui offrir la possibilité d'atteindre des sommets ? Mettre un point d'orgue, arriver au paroxysme de sa pensée.
Rien ne dure, tout recommence. Du mythe de l'éternel retour à celui de Sisyphe, apparaît l'absurdité de la condition humaine. Ainsi demain, j'écrirai un autre billet, aussi insignifiant que les précédents. Je l'écrirai quand même pour inventer un sens, encore un mot aux multiples définitions, de la signification à la direction. Un axe pour trouver une vaine explication à la marche du monde. Pourquoi tout plutôt que rien ? Pourquoi un point ou point ? Pourquoi une propension agaçante à la rime dans ma prose ? Par quelle opération le phénix renaît-il de ses cendres. Bois lourd, cendre légère (non je ne suis pas devenue sage chaman indien). Le feu ne renaît pas forcément au matin.
Heureusement, Dieu gît dans les détails
Joyeuse Anne e.versaire
Il est arrivé ce jour qu'on n'aurait su imaginer dans notre folle jeunesse, cette dizaine censée annoncer un tournant. Mais tu habites à la bonne adresse, une longue avenue, la vue est dégagée et le ciel est clément.
De ces années adolescentes, nous avons su en apaiser les tourments. Il est quand même des avantages à devenir grand !
Apprécier la lumière de l'instant, la senteur du "Blue moon" parce que c'est rafraîchissant, savoir que "provisoirement ça veut dire pas tout le temps", mais que d'autres choses durent longtemps, que Chloé ne rime pas avec nénuphar, qu'il est toujours un phare éclairé au milieu des nuits les plus noires, que "tomorrow is another day", que malgré les tempêtes et les ciels enflammés Tara résistera et que Scarlett O'Hara...
Le nombre peut résonner comme une grosse caisse, un roulement de tambour, il sonne lourd dans l'inconscient collectif. Pourtant ce n'est pas un récif où le bateau pourrait s'échouer, c'est au contraire la promesse d'une suite de voyage sans ambages.
Les printemps passés, les écueils des saisons antérieures n'auront pu effacer ton sourire enchanteur, ton humeur badine, ton regard pétillant et malicieux sur le monde et les gens.
Continue à nager, petit poisson dans les eaux sereines des courants qui te sont chers, de l'Aude à la Seine, des cascades enjouées aux rivières souterraines, des rivages océaniques aux côtes méditerranéennes. Et pour t'évader, tu vas parfois promener tes pensées sur les rivages de la mer de la Tranquillité, je le sais je t'y ai croisée...
Les cinquante balais ne te serviront qu'à déblayer ces quelques feuilles mortes qui s'immiscent subrepticement sous les portes, et les éventuelles traces sur ton joli minois dans le miroir ne seront qu'illusoires, "l'essentiel est invisible pour les yeux..." et nous c'est sûr nous ne serons jamais vieux ! (ni mâles non plus mais fallait que ça rime un peu!)
Pour célébrer cette sortie de quarantaine (illusoire elle aussi à cause d'un virus, un minus surexcité), un petit billet comme un poème... rêve, vis, aime...
A très vite, je te rejoins bientôt , je suis déjà sur l'embarcadère, en route pour cette autre moitié séculaire !
A vol d'oiseau
C'était plutôt clair pour une couleur sombre, une sorte de halo dans la pénombre ?
Mais alors que je m'apprêtais à divaguer sur les nuances de l'ombre, je tombai (sans déplorer la moindre plaie) sur un mot guilleret, inconnu à mon vocabulaire: guillemot, sans guillemet vous vous en doutez. Nom vernaculaire, me renseigna Robert, oiseau palmipède voisin du pingouin.
C'est bien, il n'est pas tout seul, s'il a faim, il peut aller crier "j'ai faim" chez le pingouin son voisin, porte de gauche sur son palier. Là arrivent les guillemets à point nommé. Le pingouin est un fin gourmet prêt à pallier par de succulents mets l'appétit de son voisin.
Ils vont ensuite danser tout l'été la polka du côté de l'Alaska.
Ne me départant pas cependant de ma première idée, j'étudiai plus en détail la couleur de ses plumes, et j'appris que son dos et ses ailes étaient d'un brun foncé, donc un noir clair. Je savais bien que je trouverais un point commun entre les deux histoires. Toujours en quête d'un savoir universel (non je n'ai pas peur des mots), je découvris que Maupassant, Guy de son prénom, avait écrit une nouvelle intitulée "La roche aux guillemots". Pourquoi donc n'ai-je pas connu plus tôt ce nom d'oiseau ? (J'en ai pourtant rencontrés de toutes sortes).
Et de me plonger dans la Vie tourmentée de ce pauvre Maupassant. L'avais-je su, l'avais-je oublié ? C'était le pote à Flaubert. Il ne se remit jamais de sa mort et écrivit, deux points, ouvrez les guillemets : "Je sens en ce moment d'une façon aiguë l'inutilité de vivre, la stérilité de tout effort, la hideuse monotonie des évènements et des choses et cet isolement moral dans lequel nous vivons tous, mais dont je souffrais moins quand je pouvais causer avec lui."
C'est noir sans aucun espoir de clarté, point d'oxymoron dans l'énoncé, juste matière à se faire du mouron. N'étant pas aujourd'hui d'une joyeuse humeur morbide, je laisserai reposer en paix ces braves Guy et Gustave, et irai plutôt faire une balade avec une tendre amie, puisque désormais Emma Bovarit.
Chloé anaphore
Que devient Chloé* en ces temps pseudo confinés ? Je l'ai un peu perdue de vue ces dernières années. Parvient-elle à garder sa légèreté dans cette liberté barbelée ? Comment s'arrange-t-elle d'un quotidien restreint ?
Chloé tous les jours
Malgré les années
Vit un grand amour
Réel ou rêvé
Sur sa balançoire
Ecrit des histoires
Pour le raconter
Chloé pétale de rose
En poésie en prose
Chloé perle de rosée
Aux premières clartés
Se gorge de l'instant
Edulcore son ignorance
Et chante dans le vent
Un soupçon d'insouciance
Chloé frivole
Revient dans la danse
Une époque folle
Le monde a changé
Il s'est barbelé
Drôles d'incidences
Chloé en silence
Contourne les barrières
S'envole dans les airs
Un oiseau sans cage
Chloé n'est pas sage
* Chloé antérieure dans la rubrique Chloeserie