Articles de barbaraburgos
Quartier libre
Aller faire un tour dans le coin pour ne pas tourner en rond. Il est cependant possible de tourner en rond dans un coin alors qu'on ne peut trouver aucun coin dans un rond. Ainsi les poissons rouges ne se cognent jamais le petit orteil à l'angle des pieds de la table du salon. C'est aussi parce qu'ils écoutent bien leur maman poisson (qui est bien gentille) et mettent toujours leurs chaussons.
Je tourne en rond dans les coins hypothétiques de mon aquarium
Des réminiscences du carré de l'hypoténuse m'amusent
Mon hypothalamus m'envoient des signaux de détresse
Et j'acquiesce
On ne peut pas sans cesse détourner les mots, qui par ailleurs ne sont pas le pluriel de mal, et les faire tourner en rond dans un bocal
"Ah bon excusez-moi je croyais qu'on pouvait
a dit le commandant
Vous êtes tout excusé tout le monde peut se tromper
a dit l'oiseau"
Pardon à Prévert pour cet emprunt inopportun, c'est mon hypophyse qui fait des bêtises
Le Quartier libre original c'est celui-là
J'ai mis mon képi dans la cage
et je suis sorti avec l'oiseau sur la tête
Alors
on ne salue plus
a demandé le commandant
Non
on ne salue plus
a répondu l'oiseau
Ah bon
excusez moi je croyais qu'on saluait
a dit le commandant
Vous êtes tout excusé tout le monde peut se tromper
a dit l'oiseau.
La nostalgie camarade !
Il est des musiques "madeleine" qui font ressurgir les souvenirs de moments précis. Tel accord, voilà que se plante un décor oublié, telle mélodie et apparaissent des visages amis,
Mais à quoi sert la nostalgie ? Ce qui a été vécu ne le sera plus.
Et que deviennent les souvenirs dans la mémoire de ceux qui les ont partagés avec nous ? Toutes ces personnes croisées, avec qui on a fait un bout de chemin, puis perdues de vue à un carrefour. Ces noms rayés dans les répertoires, envolés pour Tahiti ou vivant tout près d'ici. Des amis le temps d'une chanson, puis le disque continue sa gravitation.
Une tendre pensée pour tous ces bons moments passés, fous rires mémorables qui résonnent toujours plus de vingt ans après.
"Que sont mes amis devenus ?"
Je les évoque souvent, pensent-ils à moi de temps en temps ?
Cardiopathie
Entendu ce matin au marché; "il est mort jeune, il avait des problèmes de coeur".
Pauvre homme! Pas de nom, pas d'âge, seulement cette information, "des problèmes de coeur".
Est-il mort d'un amour déçu, d'une peine dont il n'aurait pas eu le dessus ?
Une thrombose des sentiments, mort de trop d'indifférence, une vie en déshérence?
Un accident vasculaire, nécrose coronarienne, un manque cruel d'oxygène.
Un trouble du rythme quand les coeurs ne battent plus à l'unisson, hypertension.
Angine de poitrine quand le coeur se serre d'avoir trop souffert.
Si au moins il s'était épris d'une infirmière peut-être aurait-elle pu le sauver.
Mieux vaut s'assurer que l'autre ait son brevet de premiers secours avant de succomber à l'amour !
Un point c'est tout !
Ponctualité et ponctuation trouvent leurs racines dans le latin "punctuare": marquer avec des points. Information essentielle pour un jour de janvier.
Le Petit Poucet ponctue son chemin de cailloux blancs, l'amoureux ponctue le temps pour être à l'heure au rendez-vous. Entre les deux propositions, une virgule. Cela aurait pu être un point, même si les phrases n'en ont pas de commun (de point).
Pour aller d'un point à un autre, deux pieds ou un engin motorisé suffisent.
Les points de suspension invitent au voyage, laisse libre cours à l'imagination...
(Et toujours les parenthèses pour dire que j'aurais pu en faire une thèse mais certains points étant plus éloignés que d'autres, il faut savoir poser ses valises avant que l'heure au clocher ne devienne imprécise et ponctuer son récit par un point sur le i)
A demain si ça te dit...
Telle est la question
Plus essentielle que la question de l'être et du néant, celle de « combien de pain pour le fromage et combien de fromage pour le pain? »
Quand arrêter cet engrenage qui pousse le gourmand (ou la gourmande) à reprendre un morceau de pain pour finir son fromage et un morceau de fromage pour finir son pain ? Si on rajoute l'inconnue du verre de vin, l'équation devient insoluble, une quadrature du cercle...vicieux.
Finir son morceau de fromage sans pain ou son pain sans fromage ? Quel dommage ! A quel moment renoncer à cet exquis mariage ?
La fin de la bouteille pourrait être un indice, mais pourquoi ne pas savourer les dernières gouttes du breuvage avec un carré de chocolat à 90%, un délice !
Je me pose vraiment des questions existentielles. Et comme l'existence précède l'essence, demain j'irai faire le plein et repartirai sur les chemins...
Parenthèse enchantée
Ces mots mis entre crochets, comme un hiatus, une digression non essentielle (les mots aussi ont des modes et défilent sur les podiums de la collection automne- hiver 2021) . Et pourtant, que de parenthèses enchantées, que de moments qualififiés de "sans importance" s'incrivent en majuscules, sans point ni virgule. Une respiration dans la phrase, un soupir sur la partition, un souffle d'air frais dans la monotonie des jours.
Un carré de chocolat noir, un morceau de gingembre confit et déjà presque minuit. Plus que quelques minutes pour son billet quotidien quand dans cet instant suspendu j'aurais pu croire au divin. Alors la suite demain...
Impressionnisme
Une casserole qui mijote
Un feu crépitant
Un peu souffle de l'océan
Pourtant malgré l'inspiration de cet air nouveau dans mes poumons, pas d'inspiration dans mes doigts ce soir pour retranscrire ces impressions.
Ou trop enivrée d'atmosphère iodée, de liquide bordelais dans des verres à pied.
C'est une idée de vouloir écrire un billet quotidien, si c'est pour parler de rien, ce n'est pas bien malin.
Parler de rien c'est déjà parler de quelque chose, mais là je sens que l'autre va se remettre à dialoguer et je n'ai pas du tout envie de l'entendre. Je vais tendrement me laisser glisser dans les bras de Morphée, grisée par la brise marine et la bouteille divine !
Land(es)' Art
Aller d'un point à un autre. Rouler vers la lumière. Un ciel clair et dégagé. Une sensation de liberté.
Changement de décor, de lit, pas de corps, la métempsychose attendra.
Un coucher de soleil en filigrane dans les pins. Sérénité.
Avenue du Petit Parc ou Jardin des Tuileries, la même impression de fugacité éternelle ou d'éternité fugace.
-Là tu as conscience que personne ne comprend rien à ce que tu écris
-a-t-on besoin de tout comprendre ?
-un minimum quand même
-moi je me comprends en tout cas
-et moi, qui ne suis qu'une autre partie de toi, je ne saisis pas forcément les nuances
-ah, c'est pas simple la vie à deux ! Tu te rappelles tous ces instants ? La couleur du thé au gingembre, la caresse du soleil, les airs d'accordéon. Ces petites choses anodines et la plénitude de l'instant. L'ici et maintenant même si c'est demain et ailleurs.
-oui, oui, je vois vaguement
-tiens en parlant de vague, marchons vers l'océan !
A la source
J'écris souvent à partir d'un mot, d'une phrase lus ou entendus au détour d'une conversation, d'une émission radio, ou à partir d'une émotion, d'une sensation, d'une impression. (la différence entre ces termes pourra faire l'objet d'un autre billet)
Le mot Cythère m'évoque une cithare et c'est parti pour un voyage sur la mer (cf billets précédents).
Aller prendre l'air, forcément Baudelaire.
C'est parfois fatigant mais c'est souvent troublant de relier les mots avec son inconscient.
Et les rêves dérivent, les actes manqués s'esquivent, une erreur de clavier, un message effacé, jamais envoyé ou pas au bon destinataire, la communication et ses mystères.
"Mets à chauffer, j'arrive" peut prêter à confusion selon à qui c'est adressé, à l'employé des pompes funèbres ou à la maîtresse de maison. Tous les deux allumeront la flamme, la finalité sera en revanche très différente. Quoique. Tout ça peut finir en pot au feu, avec ou sans tiret, mais là il faut avoir l'humour noir et l'esprit mal tourné.
-Et tout ça pourquoi ?
-pour expliquer d'où viennent les idées...
-quelqu'un te l'a demandé ?
-non, j'ai juste parfois besoin de m'expliquer les choses à moi-même
-si tu t'expliques c'est forcément à toi-même
-oui je sais, j'ai fait exprès pour te faire parler
- tu sais que tu te parles à toi-même ?
- je sais
- et tout va bien ?
- ça va merci, ça pourrait aller mieux si un virus à picots ne nous obligeait pas à rentrer si tôt
- ça pourrait aller pire
- oui mais mon grand optimisme et ma foi en l'humanité me poussent à envisager le mieux
- là je ne te reconnais plus
-moi non plus !
J'ai fini par me faire taire moi-même parce que je ne m'entendais plus.
Chut
Le bruit du silence
Assourdissant
Lourdes heures immobiles
Les absents
L'écho du silence
Effrayant
Longues aiguilles d'éternité
Le passé
Le murmure du silence
Apaisant
Le temps s'étire
L'avenir
Le silence du silence
Enivrant
Les minutes savourées
Le présent