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Articles de barbaraburgos

Dans 2020

Est-ce ainsi....

Par Le 17/11/2020

Le silence lance, l'instrument ment et les canards s'ébrouent dans la mare. Heureux hasard que canard rime avec mare. Il ne rime pourtant pas avec sucre ou couac, encore moins avec bivouac, surtout en ces temps de liberté barbelée où sortir au-delà du périmètre autorisé sans être attesté est passible d'une contravention même pour les impassibles, les habitants des impasses paisibles.Et même armé de son laisser-passer, il n'est pas sûr de pouvoir rêvasser en paix sur les chemins de campagne, un chien et son maître mal dressé, un deux roues motorisé. Le silence se remplit de fureur et de bruit, le ciel se fait menaçant et les mots tôt ou tard rouleront vers leur destinée, comme des soleils révolus...parce que je marchais sur la route d'Aragon...

(le confinement ne me réussit pas plus que les documentaires animaliers)

Dans 2020

L'oeil du tigre

Par Le 16/11/2020

Un tigre du Bengale avance à pas de loup guettant sa proie d'un oeil de lynx, une antilope nilgaut. La nigaude ne se méfie pas de ce prédateur, rusé comme un renard, malin comme un singe. Sa vision monochrome ne lui permet pas de détecter sa fourrure fauve à travers la végétation dense. Elle gambade, insouciante, crédule comme une oie blanche. Evidemment elle ne s'est pas encore faite dévorer, et ne pourra pas la fois prochaine se fier à son expérience puisqu'elle sera digérée. Un oiseau de mauvais augure traîne dans un ciel sans nuage, il plane sournoisement en quête d'une carcasse à picorer. Le félin ne compte cependant pas en laisser une miette, il a aussi en plus de son pas, une faim de loup, bien que le dernier boeuf ingéré lui soit resté sur la langue. Sa tigresse, jalouse comme il se doit, lui a fait jurer de ne rien révéler de leur nouvelle résolution.
Pendant ce temps, la nilgaute baye aux corneilles, se prélasse dans un rayon de soleil, joue dans les herbes folles. La vie lui semble simple et légère, elle n'est en proie à aucune inquiètude. Elle croise une grenouille coassante, qui bien entendu veut se faire aussi grosse que le bovidé sur la langue du tigre. Il est donc là, avec ses pas et sa faim de loup quand ses promesses lui reviennent en mémoire...devenir végétarien, pour un félin, quelle hérésie. Heureusement, un troupeau de steacks de tofu à poils ras passa par là, il n' y eût aucun survivant.
Le tigre tint ses engagements, l'oiseau de mauvais augure piaillant au complot s'en alla prêcher ses malédictions dans une autre contrée, et la gazelle nigault continua à n'être en proie qu'à la douceur de vivre.

(Ca ne me vaut rien de regarder des documentaires animaliers)

Dans 2020

Odeur de sainteté

Par Le 15/11/2020

L'inconscient est surprenant, certes ce n'est pas la révélation du jour, mais le mien vient de m'étonner fortement. J'avais tendance à le snober un peu, lui attribuant une mauvaise foi Jean-Sol Partrienne, mais là je dois rendre à Sigmund ce qui lui appartient.

Pour Jean-Sol l'individu ne trouvera pas la résolution de ses angoisses dans le passé mais dans son avenir. C'est son projet qui redonnera sens à sa vie, quand Sigmund va remuer le liquide amniotique pour en retirer la substantifique moelle à prix d'or.

Moi: bon mais Jean-Sol qu'en est-il des rêves, des lapsus, des actes manqués ? Ah tu ne réponds pas! Tu fais le mort, tu me ghostes ?

Sigmund: tu vois bien qu'il n'est pas capable de te répondre, il n'a pas d'explication.

Moi: il a peut-être un problème de réseau.

Sigmund: si tu veux j'ai le 06 de Lacan.

Jean-Sol : je refuse d'être mêlé à ce charabia populiste, je sors.

Moi: (je savais qu'il était susceptible), Jean-Sol n'oublie pas ton attestation!

Sigmund : bon maintenant qu'on est tranquille tu peux me parler de ton inconscient mon enfant

Moi: hé bien mon père...heu non je suis pas au confessionnal et je ne veux pas non plus le numéro d'Oedipe. Ça m'en donne des mots de tête toute cette histoire.

Je vais aller me coucher et rêver que mon jardin foisonne de fleurs en odeur de sainteté

Dans 2020

Bouquet de fleurs

Par Le 14/11/2020

Je reviens parfois désherber quelques soucis dans ce jardin à l'abandon, je retrouve mes mots et m'émeus moi-même, sans faire l'autruche. Oui vous savez ou tu sais lecteur si tu permets le "tu"que je ne me laisse jamais aller à la facilité. Je suis d'une rigueur et d'une subtilité absolues! Jamais je ne procrastine, je mène à bien tous mes projets en temps et en heure, utilisant toujours le mot juste, la ponctuation adéquate, le verbe haut, la formule choisie. Si bien que quand je me relis, je m'épate. Et toi lecteur à l'esprit si vif, tu devines illico mon menu du soir. N'est-ce-pas un peu trop lourd pour un dîner? Non, je les prépare en soupe puisqu'il s'agit évidemment d'un alphabet. Je me nourris de lettres et ne boit que du T. Lors de mes balades, grapille D B parce que telle LN, je les M...Je ne vais pas pousser l'autosatisfaction jusqu'à me citer, certain y verrait un ego surdimensionné, ceux qui me connaissent bien savent que C le K, mais je le gère tellement bien qu'on n'y voit que du F

...et dans l'herbe tendre du jardin
Loin des sourires railleurs
A l'abri du vent marin
Tout doucement , je m'envoie des fleurs !

Oui finalement je m'autocite et me félicite!

Dans 2020

Atelier d'écriture confiné

Par Le 03/05/2020

Nuages de mots atelier ecriture

 

Atelier d'écriture en visioconférence d'après une photo de Karine Lhémn en exposition virtuelle aux muséee des Essarts à Bram  http://www.satellite.essars.fr
. Je n'ai pas la photo, il s'agit d'une variation sur la naissance de Vénus de Boticelli. La photo est un tryptique représentant une jeune femme nue ou drapée sur une plage.

La consigne était que chaque participant choisisse 3 mots puis s'inspire de tous les mots récoltés pour écrire son propre texte en vers ou en prose
 

Vénus beauté

 

Sur les rivages de la mer Égée
Vision de la beauté
Enchantement

Le bruit du vent
Multiples nuances de bleu

Je ferme les yeux

Sur les rivages de la mer Égée
Inspiration dans l'air iodé
Une femme nue

Offerte aux alizées
Une inconnue
Drapée de volupté

Sur les rivages de la mer Égée
Apparition sur les galets
D'un fantôme une illusion ?

Un goût amer du passé
Lutte acharnée contre les démons

Je regarde l'horizon

Dans les embruns de la mer Égée
Je plonge dans l'eau salée
Et j'avance sans pudeur

Une trêve dans la douleur
Vivre ses rêves sans censure

Puisque vraiment rien ne dure

 

 

 

 

Dans 2020

Atelier écriture 2

Par Le 29/04/2020

Cite lune

Choisir une image d'un paysage, décrire ce que l'on voit de la fenêtre de l'endoit où l'on se trouve. Ecrire ensuite le texte en éludant une voyelle au choix (lipogramme)

 

 

Mon cher Viktor,

 

Je vous écris du milieu de la nuit, depuis cette chambre austère où j'ai malencontreusement échoué, dans une ville étrangère aux allures médiévales.

Tout avait pourtant bien commencé. Les tableaux étaient parvenus à destination sans encombre, les formulaires dûment estampillés par les sbires de l'Autorité, l'organisation pour une fois était parfaite, jusqu'à...

Oh Viktor, ce que je vois depuis la fenêtre de mon taudis me saisis d'une vive émotion. Le ciel vient de se dévoiler et laisse apparaître un disque lumineux aux dimensions irréelles. Je suis aimantée par tant de splendeur. Comme je voudrais partager cet instant avec vous, vous que je n'ai fait qu'effleurer et qui pourtant emplissait chacune de mes pensées.

Viktor, cet énorme ballon dans le ciel déchiré de nuages noirs semble vouloir éclairer notre ignorance et nos graves manquements à l'égard de la planète dont nous sommes locataires. Le spectacle est saisissant. Les vieilles pierres, imposantes, intactes depuis des millénaires apportent une solennité, une puissance surnaturelle à l'ensemble du tableau. Les flèches des toits d'ardoise semblent transpercer les nuages.Je tremble de tant de grâce. Je voudrais sortir, respirer l'air autrefois si pur, courir sur ce chemin pavé, courir pour rattraper le temps, courir à en perdre mon souffle et enfin vous apercevoir dans la lumière de cet étrange phénomène.

Je ne sais quel sera notre avenir, si seulement nous en aurons un mais je veux espérer qu'il soit avec vous et qu'il nous soit donné d'avoir chaque jour une aussi belle représentation de la beauté.

Viktor, une révolution se prépare, j'ai peur, je suis seule et vous êtes si loin. L'Autorité m'a confisqué mon phonephoto, je ne peux ni vous contacter ni figer cette vision. On me prendrait pour une folle si j'en parlais à quiconque, vous seul pourriez me croire.

Je vais tenter de contourner le système et d'envoyer cette missive par les canaux secrets. Venez me chercher, vous êtes mon seul espoir.

 

Svetlana

 

 

Lipogramme en I

 

Mon cher Vyctor,

 

Je m'épanche auprès de vous du plus profond des ténèbres, une chambre austère, malencontreux refuge dans un bourg aux allures moyenâgeuses.

Tout fut excellent dès le départ: tableaux parvenus à bon port sans encombre, accords frappés du sceau de la Royauté, plan exécuté sans lacune, jusqu'à...

Vyctor, je regarde par la fenêtre de ma mansarde et le spectacle me tourmente fortement. Dans la voûte céleste se découpe un énorme cercle jaune surnaturel. Ah, vous espérer à mes côtés et partager ce moment avec vous, vous dans la souvenance d'un effleurement, dans mes pensées à chaque seconde.

Vyctor, cet énorme ballon au centre d'une sombre atmosphère semble nous montrer nos graves manquements, nos erreurs à l'égard de la planète dont nous sommes les hôtes pour un temps donné. Le spectacle est fabuleux. Les murs ancestraux, solennels apportent une force au tableau, comme une vue de l'au-delà. Les flèches des tours semblent transpercer les nuages. Je tremble de tant de grâce. Je veux m'élancer sur les pavés, gonfler mes poumons d'oxygène naguère d'une pureté absolue, avancer à toute allure pour rattraper le temps, perdre mon souffle et vous penser présent, là debout dans la clarté de cet étrange phénomène.

Quel sera notre futur, en aurons-nous un ? Je veux l’espérer avec vous pour contempler une telle beauté chaque jour.

Vyctor, un bouleversement se prépare, la peur me submerge, votre absence est lourde à porter.

La Royauté m'a volé mon phonephoto, je ne peux vous contacter ou garder une preuve de ce panorama. Pourvu qu'on ne me prenne pas pour une folle, vous vous serez persuadé du fondement de mes propos, n'est-ce-pas ?

Je tente de contourner le système et d'envoyer cette lettre par les canaux secrets.

Venez me chercher, vous êtes ma seule espérance.

 

Svetlana

 

 

 

 

 

Dans 2020

Atelier écriture 3

Par Le 29/04/2020

Consigne de l'atelier d'écriture: décrivez le vol d'une oeuvre d'art que vous aimeriez avoir chez vous

 

 

-Marcel, ça y est tu peux sortir, ils sont tous partis. Y'a plus que nous maintenant, nous et eux, là quelques mètres au-dessus. Tu te rends comptes Marcel: on y est, on est là où je rêvais d'être depuis toutes ces années. Je t'ai déjà raconté ma première rencontre avec eux?

-Oui un demi-million de fois au moins. T'étais avec ta marraine, une femme douce et généreuse autant que ta mère était avare et revêche...

-Oui c'est ça Marcel, si tu l'avais connu, quand elle me donnait la main j'avais l'impression de caresser un nuage

-Bon Georges je sais que tu es un poète mais tu crois pas qu'on a du pain sur la planche

-Si bien sûr, on y va, tiens attrape les piolets, les cordes et le laser, t'as bien repéré tous les points d'ancrage

-Ouais c'est nickel j'ai mis mes lunettes infrarouge, c'est parti mon kiki, je t'ouvre la voie 

-Si Mamita me voyait, je crois qu'elle serait fière de moi, son rêve le plus secret aurait été de vivre au milieu d'eux. Tu sais qu'elle venait tous les dimanches leur rendre visite, ils étaient sa vie, sa famille, ses amis. Ils la consolait de la médiocrité et de la laideur de son existence

-On a une œuvre de 200 mètres carré à faire s'évaporer dans la nature et Monsieur cause philosophie, tiens je te lance la corde, double nœud et fais rouler Simone, ascension jusqu'au 7ème ciel. Mouvements légers, précis, pas de gestes brusques, tu deviens un félin prêt à bondir sur sa proie, prestance et célérité !

-T'en connais des mots mon Marcello.Mais t'inquiète pas ça fait 7826 jours que je m'entraîne, je peux refaire ce parcours les yeux fermés dans le noir absolu

-Allez plus que 2 mètres.Waouh ! Waouh ! Non mais tu vois ça mon Marcel

-Hé y serait aveugle si y voyait pas !

-Presque je remettrais en question la non existence de Dieu

-Et y recommence à philosopher, tiens prends plutôt le découpeur laser, il vaudrait mieux ne pas traîner ici trop longtemps

-Tu as raison. Je sens que la main de Mamita me guide et veille sur moi, je ne tremble même pas. Oh regarde ces couleurs et ces formes informes. Par ici les petits, je vais pouvoir passer le restant de mes jours à plonger mon regard dans vos reflets sombres et envoûtants

-Georges, fais gaffe t'as failli décrocher, bon sang concentre toi, j'ai pas envie de retourner au trou moi

-Moi non plus mais ton plan est tellement parfait, t'es un génie mon Marcel

-Bon maintenant, je déclenche l'alarme incendie, tu as 6 minutes pour te changer, rouler les toiles dans les tuyaux et cacher tout le matériel.

 

Une du Parisien mercredi 1er Avril, cambriolage spectaculaire au musée de l'Orangerie, un gang de malfaiteurs s'est emparé de la pièce maîtresse de la collection , Les Nymphéas de Monet, chef d'œuvre de l'impressionnisme d'une valeur inestimable aux dimensions extraordinaires. Selon la police, seul le crime organisé peut être à l'origine d' un cambriolage d'une telle envergure.

 

Un peu plus loin en banlieue :

-Je suis heureux Marcel

-Moi aussi Georges, le petit Picasso que j'ai pris au passage va m'assurer une retraite confortable

 

 

 

 

 

 

Dans 2020

Atelier d'écriture

Par Le 24/03/2020

J'ai participé à un atelier d'écriture en ligne, voilà les consignes et le résultat :


Je vous propose un logorallye
✍️Ce petit jeu consiste à écrire en introduisant dans le texte les mots d'une liste établie.
Je vous invite donc à écrire un texte qui commencera par la phrase suivante :
«Ils avaient annoncé des orages pour la fin de la journée, mais le ciel restait bleu et le vent était tombé»
et se terminera pas la phrase suivante :
«Il avait un air de bout du monde cet homme-là».
Entre les deux, vous devrez donc introduire à votre texte les 10 mots suivants dans l’ordre que vous voudrez (et merci pour vos suggestions!) :
Coquelicot / Prévision / Poisson rouge / Meurtrier / Éplucher / Big Bang / Missive / Sabre-laser / Métissé / Rafistoler
Les noms et adjectifs peuvent être mis au féminin ou au pluriel selon ce qui vous arrange, et les verbes pourront être conjugués.
 

Ils avaient annoncé des orages pour la fin de la journée, mais le ciel restait bleu et le vent était tombé. Cependant l'air devenait lourd et l'ambiance pesante. Marianne flânait dans le jardin, elle errait entre les doutes et la certitude que sa journée à l'image de sa vie serait un gâchis. Elle ne faisait et ne ressentait rien à moitié. Si elle s'ennuyait une heure, son existence entière était vouée à l'échec. Et puis c'était dimanche, elle détestait les dimanches. Tous sans exception. Même si elle avait passé un bon moment, l'évocation de ce jour finissait par anéantir son plaisir.

Un poisson rouge tournoyait dans la mare. « C'est tout moi ça » pensa-t-elle, «  je tourne en rond, je tourne en rond et je ne fais jamais rien de bon. Quel est le but ? Pourquoi le Big Bang, pourquoi ce coquelicot est-il rouge ? Il aurait pu être bleu ou vert. Non, dans coquelicot on devine le rouge. « Bien sûr parce qu'on est conditionné » sa petite voix lui parlait souvent, elle peinait à la faire taire. « Je maintiens que le mot coquelicot implique une notion de rouge,la structure du mot, sa musicalité, le rouge précède le coquelicot comme l'existence précède l'essence» Bon là elle n'était plus très sûre. Elle aimait élaborer des théories oiseuses sur tout et son contraire, construire des phrases alambiquées dont elle oubliait la signification. Elle sourit. Une bonne dose d'autodérision lui évitait finalement de sombrer dans le désespoir «  il faut imaginer Sisyphe heureux, on ne peut qu'imaginer un coquelicot rouge, CQFD. »

« Mais tu ne démontres rien du tout, tu débloques complètement ma pauvre fille »

« Chut ! » elle fit taire sa petite voix et continua sa déambulation. Elle salua son voisin qui s'entraînait intensivement pour le championnat du monde de sabre-laser, une nouvelle discipline, un sport métissé entre escrime et arts martiaux. Il lui répondit d'un hochement de tête. Elle eût envie d'entamer une conversation, un sentiment de solitude aigu s'abattit sur elle.

« Depuis combien de temps je n'ai pas parlé à un autre humain ? » Pour une fois sa petite voix se fit discrète. Elle s'arrêta sous le pin parasol et s'assit sur le vieux banc en bois rafistolé. Elle y avait oublié le journal de la veille. Elle le déplia machinalement. Elle se rappela sa grand-mère qui épluchait la rubrique nécrologique tous les matins. L'été avait été meurtrier et la liste était encore longue aujourd'hui. Dans une missive adressée à ses administrés,le chef du canton incitait à la prudence.

« Ce journal m'ennuie et me déprime, même les prévisions météo sont fausses, je vais résilier mon abonnement ». Elle observa son voisin attentivement. Il fendait l'air avec agilité dans sa panoplie de samouraï futuriste. Il était de taille moyenne,1m 72 environ, cheveux noirs et raides, yeux bridés, il avait réussi à fuir son pays avant la date fatidique. Il avait un air de bout du monde cet homme-là.

Dans 2018

Du coq à l'âne

Par Le 19/03/2020

Parfois quand les heures s'enlisent du côté des zones de congélation éternelle, que les aiguilles dégoulinent d'une sirupeuse lassitude, je me surprends à relire les mots semés au fil des ans. Traces d'un passage dans cet intervalle espace-temps. Depuis la nuit des temps les hommes laissent des traces de leur passage.
Ces mots ensemencés sont restés stériles, ils n'ont pas poussé, ne se sont pas surpassés, n'ont produit aucun fruit, aucune fleur. Au mieux ils m'ont permis de continuer à dérouler les feuilles du calendrier, éphéméride absurde pour aller d'un point A à un point B. Se lever le matin, se coucher le soir, un lieu commun, entre espoir, errance, désespérance.
On ne sème plus de mots. On ne s'aime plus. Un silence de tombeau dans les coeurs solitaires, le vide jusqu'au plus profond des os. Regard creux sur le monde qui bouge. Les mots ne coulent plus de source, elle est tarie, trahie. Qui a inventé les mots? Un sourcier sorcier ?
Association d'idées, un lac, une montagne en d'autres temps. Le passé est mort, enterré, une stèle pour devoir de mémoire mais les fleurs ne poussent plus au jardin du souvenir. Ils avaient entre 17 et 30 ans, l'épitaphe est violent "sauvagemment assassinés par les boches". Cela n'a rien à voir avec mon propos initial, juste une hyperconnexion de mes cellules gliales (dont j'ai appris récemment que l'on sous-estimait leur rôle ). Mais d'où vient l'expression passer du coq à l'âne?

Dans 2020

Les illusions perdues

Par Le 17/03/2020

Je viens d'avoir une fausse joie, j'ai vu clignoter la rubrique messagerie de mon site depuis longtemps désertés (mon site et sa messagerie). Je me suis dit qu'un autre humain avait lu mes écrits, s'y était suffisamment attardé pour éprouver l'envie de laisser un commentaire, d'émettre un avis, de m'envoyer un petit mot doux. Point du tout. C'était un message par robot généré !!! Bouh, je fus triste tout d'un coup. Moi qui pensais pouvoir communiquer avec toi lecteur mon semblable, mon frère, qu'elle ne fut pas ma déception!Pas le moindre petit mot à se mettre sous la dent. Alors ceux des autres (de mots) quand il fait sommeil dans les chaumières et que demain il faut se lever tôt malgré le confinement pour aller au boulot. A très bientôt

Charles BAUDELAIRE 1821 - 1867        Au lecteur

La sottise, l'erreur, le péché, la lésine,
Occupent nos esprits et travaillent nos corps,
Et nous alimentons nos aimables remords,
Comme les mendiants nourrissent leur vermine.

Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches ;
Nous nous faisons payer grassement nos aveux,
Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux,
Croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches.

Sur l'oreiller du mal c'est Satan Trismégiste
Qui berce longuement notre esprit enchanté,
Et le riche métal de notre volonté
Est tout vaporisé par ce savant chimiste.

C'est le Diable qui tient les fils qui nous remuent !
Aux objets répugnants nous trouvons des appas ;
Chaque jour vers l'Enfer nous descendons d'un pas,
Sans horreur, à travers des ténèbres qui puent.

Ainsi qu'un débauché pauvre qui baise et mange
Le sein martyrisé d'une antique catin,
Nous volons au passage un plaisir clandestin
Que nous pressons bien fort comme une vieille orange.

Serré, fourmillant, comme un million d'helminthes,
Dans nos cerveaux ribote un peuple de Démons,
Et, quand nous respirons,
la Mort dans nos poumons

Descend, fleuve invisible, avec de sourdes plaintes.
Si le viol, le poison, le poignard, l'incendie,
N'ont pas encor brodé de leurs plaisants dessins
Le canevas banal de nos piteux destins,

C'est que notre âme, hélas ! n'est pas assez hardie.
Mais parmi les chacals, les panthères, les lices,
Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents,
Les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants,

Dans la ménagerie infâme de nos vices,
Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde !
Quoiqu'il ne pousse ni grands gestes ni grands cris,
Il ferait volontiers de la terre un débris
Et dans un bâillement avalerait le monde ;

C'est l'Ennui ! - l'oeil chargé d'un pleur involontaire,
Il rêve d'échafauds en fumant son houka.
Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat, -
Hypocrite lecteur, - mon semblable, - mon frère !

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