Articles de barbaraburgos
Billet d'avion
Le téléphone en mode avion
Je m'apprête à décoller
Pour de lointaines destinations
J'ai relevé le dossier
Serré d'un cran ma ceinture
Suivi toutes les instructions
Parée pour le décollage
Je voulais être bien sûre
De recevoir un message
Un code de confirmation
Mais l'écran était muet
Et mes pieds restaient cloués
Passeport à jour
Du monde je comptais faire le tour
Pourtant pas la moindre réaction
De mon téléphone en mode avion
Publicité mensongère
Je me demande à quoi sert
D'imprimer un billet quotidien
Pour circuler dans son train-train
J'espère m'élever plus haut
Flotter au-dessus du lot
(Ce n'est pas une antonomase, mais deux majuscules changent la phrase !)
Le téléphone en mode avion
Je pensais voir du pays
A bord d'une compagnie
En appuyant sur un bouton
Mais en manque de kérosène
J'écris toujours la même rengaine
En jouant avec les mots
Comme je dois me lever tôt
Je vais mettre en mode avion
Mon téléphone et mes questions
Puis en mode allongée
Je voyagerai
Point de vue
Des escargots dans l'herbe tendre
Un écureuil de branche en branche
Une grenouille dans l'oeil du héron
Ainsi va la vie quand ça tourne rond
Des escargots en cassolette
Un écureuil face à la pie
Une grenouille dans le bec de l'échassier
Ainsi va la vie quand on est affamé
Des escargots en crêpe noir
Un écureuil sur la bruyère
Une grenouille dans la fontaine
Ainsi va la vie quand on fait de la poésie
Ainsi va la vie
Grand animal ou petite bestiole
Avec le temps l'herbe s'étiole
Avec le temps le verbe pâlit
Ainsi va la vie
Quand certains soirs pour un billet
Il n'y a plus d'encre dans l'encrier
Qu'il faut rentrer comme Cendrillon
A l'heure dite à la maison
Et qu'à force de se creuser la citrouille
Les crapauds deviennent grenouilles
L'écureuil se fait picorer par un corvidé
Les escargots craquent sous le pied
Le héron repu rentre dans son nid
Ainsi va la vie ainsi va la vie
A la dérobée
Je m'enrobe d'une robe
Qui se dérobe
Sans opprobre
Sous tes doigts
Je me dévoile
Sous le voile
Langoureux
De ta voix
Je me défais
De mes effets
Effeuillage
Des secrets
Puis délassée
De mes lacets
Elan de grâce
Tu m'enlaces !
Transat
Sur un siège transatlantique
Une chaise dépliée
Je m'allonge sans délai
Dans un état extatique
Je traverse déboussolée
Une dépression atmosphérique
Deux cyclones d'affilé
J'imagine l'Amérique
A l'horizon se profiler
Si mes rêves sont exotiques
Le temps lui est menaçant
Il avance plus qu'il ne recule
Et déclenche des ouragans
En faisant bien le calcul
Il m'en reste moins que plus
C'est pourquoi dorénavant
Comblée en décubitus
Je profite de l'instant
Installée sur mon transat
Un verre de vin à la main
Je me délecte avec hâte
Sans penser aux lendemains
Car il advient que tout craque
Dans les salons de jardin
Le bois ou le muscle cardiaque
Périront un jour certain
Lapalissade
Je pâlis à chaque réveil
Tu pallies le peu de sommeil
De ma nuit sur le palier
Pas alliés dans l'escalier
Tu palliais mes idéaux
Je pâlis sur la photo
Sur le discret lit de paille
S'effacent les termes du bail
Tu pâlis sous le froid soleil
Je palliais monts et merveilles
Maintenant sur le paillasson
Nos pas liés font abstention
Je pallie cette chute de haut
Tu pâlis devant tous ces mots
Nous piaillons dans les aigus
Fous à lier on s'entretue !
Jardin'hier
Il me vint des questions existentielles en faisant du jardinage ou plutôt du nettoyage de jardin durant ce week-end pentecostal (je laisserai cette fois-ci Jésus et son esprit sain aller dans la paix du seigneur, je crois que je l'ai mis en colère récemment, pour se venger, il m'a envoyé un message via son agent fiscal, pas un rigolo le gars (impossible de négocier avec lui une petite prime pour ma garde robe d'été), depuis je fais mon mea culpa. Puis dans le doute je préfère lui faire croire que je crois en lui sur sa croix et je le prie de prier pour moi pauvre pêcheuse)
Donc mes points d'interrogation:
1 - est-ce que, si on ne la coupe pas, l'herbe peut monter jusqu'au ciel ?
2 - est-ce que l'escargot rebondit sur une surface molle ?
3 - faut-il s'appeler Sisyphe pour être heureux de recommencer une tâche aussitôt terminée ?
A la question 1, je réponds je ne sais pas mais je dirai que c'est bien parti
A la 2, je réponds non, au vu de toutes les coquilles gluantes qui jonchent les parterres fleuris
A la 3 je dis oui, j'ai donc changé de prénom pour trois jours et j'ai enfin compris le concept
Vivement le week-end prochain et promis j'irai à la messe dimanche matin
Héron héron petit patapon
Monsieur le Héron aux yeux ronds a pris un nid en banlieue, à vol d'oiseau c'est beaucoup plus rapide qu'en métro. Du haut de son grand peuplier il regarde la rivière asséchée. Un modeste trou d'eau lui offre un maigre petit-déjeuner. Crapauds et grenouilles ont dû migrer, un passeur malhonnête aura-t-il pu les conduire en un lieu sécurisé ?
Monsieur Héron est solitaire. Madame Héronne l'a quitté par un matin d'été, elle a suivi une grue cendrée sur un coup de tête.
Ils avaient un beau nid en bord de fleuve, de petits hérons charmants, du poisson à profusion, un ciel tranquille, des nuits étoilées et la perspective d'une nouvelle couvée. Puis ce matin d'été.
Monsieur Héron ne supportait plus de rentrer dans son foyer vide, le poisson le dégoutait, il errait sans fin dans les airs, se laissant porter par les vents.
Alors ce nid de banlieue, parce qu'il faut bien se poser quelque part quand les ailes deviennent lourdes.
Ce matin, il a faim, mais rien à becqueter dans le coin, sa piaule est remplie de coton de peuplier, il n'a pas envie de faire le ménage. Soudain, il rêve de grand large. Il profite d'un courant propice et se jette à ailes perdues dans le souffle du cers. Sans but précis, il se dit qu'il est temps pour lui de voir du pays.
Il fait le tour du monde d'ouest en est, du sud au nord. Ses yeux ronds de héron s'émerveillent de toutes les beautés de la terre. Mais un jour convoqué par son notaire, il est contraint de rentrer. Son peuplier est menacé d'élagage. Il ne se bat pas, il le regarde tomber, il n'a plus aucun regret.
Il revient à chaque printemps faire le tour du propriétaire pour se rappeler qu'au fond, qu'on soit homme, crapaud, héron, on ne sera que locataire d'un petit lopin de terre.
J'aime bien le retrouver tous les ans au mois de mai. Ensemble on philosophe, il me parle de ses voyages, je lui déclame quelques strophes. Tout ça finit en barbecue de grenouilles potelées, on rigole, on boit des coups, on regarde la Lune briller. Un soir avec trois verres de trop dans le bec, allongé sur le gazon, il me raconte ce qu'il vit comme un échec depuis qu'il est oisillon, il a honte de son prénom, il s'appelle Jean-Raymond
Terre à terre
Au ras des pâquerettes
Sur un lit de rosée
Je me suis allongée
A l'échelle de l'univers
Particule de poussière
Pour le peuple herbacé
Un importun Gulliver
Des rayons ultra-chics
Sur ma peau reflétaient
Les teintes prismatiques
D'un arc-en-ciel défait
Mes pensées en goguette
Sous ce ciel immature
Voulaient compter fleurettes
Du tapis de verdure
Une coccinelle tranquille
Sur mon bras se posa
Elle ignorait les fils
Qu'une araignée tissa
Avant de prendre racine
Au sommet de mon crâne
Imprudente arachnide
De mon plafond émane
Tellement de paradoxes
Impossible de s'implanter
Sans un câble en inox
Muni de dents d'acier
Au ras des pâquerettes
Je contemple les bébêtes
Du haut de la canopée divine
Sommes-nous donc ces fourmis
Ces corpuscules infimes
Agglutinées en colonie
Insignifiants sisyphes
Accrochés au rocher
Sans textes explicatifs
Pour apprendre à exister
Des pâquerettes aux pissenlits
Toujours très près du sol
Se déroulent nos vies
Faut-il pour qu'on s'envole
Un peu de poésie ?
Embruns
Le blues de l'océan
Une sorte de vague à l'âme
Ondulations des lames
Sous les rafales du vent
L'amer coule dans les larmes
Quand les flots bleus se brisent
Dans un triste vacarme
Que le soleil méprise
Le spleen océanique
Une sorte de cafard
Contraire de pacifique
A l'heure des marées noires
Profondeurs abyssales
Quand le ressac attise
Le superlatif du mal
Chaos sur la banquise
Dépression maritime
Une sorte de tempête
Dans les remous intimes
De la vie du poète
Regards vers le rivage
Quand le gouffre s'éternise
Les espoirs sur la plage
Sous le sable s'enlisent
Contre toute attente
Le verbe attendre
A une pièce pour lui tout seul
Une salle vide d'espoirs déçus
Un vestibule rempli de doutes ?
Une antichambre de la douleur ?
Les heures stagnent
Un oeil se coince
Dans la fissure
D'un plafond triste
Un autre regarde
Par la fenêtre
Va-t-il pleuvoir
Va-t-il faire beau
Il faut être patient
En salle d'attente
Rage de dents
Douleurs au ventre
Peine de coeur
Faire allégeance
A la trotteuse
Pour espérer
Attendre moins
Que son voisin
Celui qui a fumé
Trois barreaux de chaise
S'est arraché les cheveux
A démonté la pendule
Creusé une dizaine tranchées
A force de faire les cent pas
Il n'aura pas su dompter son temps
La mort lui a murmuré à l'oreille
Rendez-vous
Rendez-vous en salle d'attente
Il n'a pas entendu la suite
Trop impatient de nature
Elle voulait simplement l'avertir
Que la vie entière
Est cette pièce parfois pleine
Parfois vide
Dont il faut savoir apprivoiser
Les heures
En attendant que son tour arrive
Et contre toute attente
Le poème n'est pas en vers
C'est la fantaisie du jour
Ceux qu'on prend avec humour
Alors que les minutes s'égrènent
Avant d'attendre sur la piste
Avant d'écrire un billet doux
Il faut pour un rendez-vous
Prendre son mal en patience
Et planifier sa visite
Chez le médecin ou le dentiste
Sans être idéaliste
Profiter de ce temps assis
Pour lire de la poésie !