Articles de barbaraburgos
Anamnèse
Je me confonds dilemme et indemne dans le positionnement du M et du N, lequel en prend deux , lequel ne prend qu'un M suivi d'un N. J'ignore par ailleurs la pronominalité et la transitivité, me perds parfois en translation dans les lignes du dictionnaire. Faut-il alors se taire ou se terrer , jouer de son altérité ?
Un dilemme avec deux M, un thème à aborder avec son alter ego ? Un drôle deux mots, que Robert définit (accord sylleptique) outre "un autre moi" par "bras droit". Je suis très satisafaite du mien, je n'en veux pas un autre. Mon moi est parfois défaillant mais depuis le temps que nous nous fréquentons, j'ai appris à faire avec ce qu'il était et sans ce qu'il n'est pas. A l'automne de nos vies, nos histoires sont-elles condamnées à l'oubli, à l'amnésie ?
Il n'est pas toujours facile de sortir indemne d'une relation à deux, pourtant qu'y a-t-il de plus savoureux que la caresse d'un regard amoureux ? Il y aurait bien ce verre de vin mais quel intérêt s'il ne trinque pas avec le tien.
Mon billet va sentir le réchauffé, le M et le N j'en ai déjà parlé et minuit a sonné alors que je m'étais mollement laissée aller dans les bras de Morphée, une somnolence entre deux insomnies. J'en suis ressortie indemne, et là pas de dilemme, je vais me coucher !
Gaubergine
Se goberger signifie-t-il se gaver d'aubergines sur canapé ? Une gabegie d'aubergines ? Mais ce n'est pas la saison. Il faut se contenter de carotter quelques carottes sur le marché. Les temps sont durs pour les rêveurs et la période tellement propice à l'absurdité, pourquoi ne pas se goberger d'aubergines, au lieu de poireauter bettement* en espérant des jours meilleurs. Au risque de faire chou blanc en racontant des salades, je préfère me fendre la poire avec des significations illusoires. Même si ce que j'écris compte pour des prunes, mon coeur d'artichaut ne se lasse pas de s'émouvoir d'un bon mot. Un soupçon de piment pour relever le plat, lui donner du relief, oublier ses griefs et dans une rime entrevoir une madeleine. Un cratère de purée garni d'un jus léger, dix centimètres de dénivelé. Je voudrais bien emprunter l'autre courbe du temps et revenir dans ce jardin d'antan, un espace protégé où j'étais traitée aux petits oignons, un cocon, quand j'étais haute comme trois pommes. Puis j'ai poussé comme un champignon, suis devenue asperge avant de finir princesse avec un petit pois sous son matelas. Maintenant que les carottes sont cuites, je me retrouve courgette dans une tambouille de mots, une ratatouille lexicale. Je suis mi-figue, mi-raisin, je peine à différencier le bien du mal. Ce que je sais c'est qu'à minuit, Cendrillon ne se transforme pas en potiron, son carrosse si, j'ai découvert le pot aux roses récemment.
Avant de manger les pissenlits par les racines, je veux croquer les pommes à pleines dents sans y tomber dedans.
Et tant que mon pois chiche s'agitera frénétiquement dans son bocal, je me gobergerai d'aubergines, écrirai des lignes bancales et détournerai les mots en attendant la fin des haricots
Mauvais oeil
Ne croire en rien, c'est déjà croire en quelque chose. Croire que rien n'est déterminé, que tout est à inventer.
Un chat noir passe sous une échelle, une salière renversée sur un pain retourné, une table de treize convives face à un miroir brisé. Laissez-moi toucher du bois pour me protéger de tous ces sortilèges.
Pourquoi une entité supérieure s'intéresserait à nos pauvres carcasses de mammifères ? Pourquoi un sombre félin et quelques grains de sel feraient notre malheur alors qu'un trèfle à quatre feuilles ou un fer à cheval nous redonneraient chance et félicité?
Et si tout était écrit où seraient consignées nos destinées ? Dans un netflix universel, une plateforme de séries VOD en illimité.
Les dieux sont devenus addict aux écrans, ils s'adonnent au binge-watching sans complexe, négligeant même les saints textes. Leur dernière folie, une super production originale, la propagation d'un virus international. Ils s'en donnent à coeur joie, se tapent sur les cuisses en contemplant le zbeul qu'ils ont créé.
Quant à moi, à force de blasphémer, je finirai sur le bûcher, à me consumer comme un bâton d'encens. Telle est sûrement ma destinée
No comment
Je ne parlerai pas de l'homme à tête de chou, non je n'en parlerai pas du tout. Je préfère laisser reposer sa mémoire et l'aube de mes vingt ans dans leur espace-temps.
Je cherchais cependant un idée pour mon billet quotidien , quand sur mon trajet un panneau lumineux m'indiqua le saint du jour : Charles le Bon. En voilà un sujet !
Le soleil brillait au zénith, j'écoutais de Prévert sa chanson et je pensais à ce pauvre garçon prénommé Charles le Bon.
Était-il un célèbre aquoiboniste, un black tromboniste dans une cave germanopratine, un accordeur d'accordéon ?
Il portait au cœur le poinçon d'un bonheur qui défonce à cent à l'heure, une fuite en avant, tant pis pour les aiguilleurs et les états proches du coma, de l'Ohio ou d'ailleurs.
Hé oui Charles le Bon, c'est con ces conséquences, ces petits papiers forcés de brûler pour réchauffer les soirs d'errance. Déshérence des amours, des feintes, quand une dépression s'annonce au-dessus du jardin, la nostalgie te revient comme un boomerang et tes larmes n'y pourront rien changer. De variations en aéroplanes, tu contemples ces zéros pointés vers l'infini, ces petits riens mis bout à bout , ces bad news from the stars en recrachant des volutes de cigare, que l'on prend que l'on jette comme la mer rejette, tu le sais Charles le Bon, les goémons.
Perdue dans mes pensées, je m'interrogeais sur la destinée de ce bon Charles. Je l'imaginais beau vu de l'extérieur, un petit pull marine dessus, un chic type en dessous. Mais je cherchais en vain la porte exacte, le mot exit pour me sortir de ce cloaque, cette gadoue de mots que je ne comprenais plus du tout. Je m'étais égarée en chemin et me réveillai finalement sur canapé, Babe alone at home en somme, je ne reconnaissais plus rien ni personne. Mieux valait en rire de peur d'être obligée d'en pleurer.
Et bien évidemment j'allais signer ce billet initials BB
Enfant de coeur
Il faisait bleu un peu plus loin aujourd'hui
Ici vent marin en furie
Il faisait pluie sûrement ailleurs
Regard humide dans le rétroviseur
Il faisait triste au milieu du jardin
Lourds silences enfantins
Il faisait brume sur le rivage
Les yeux par delà les nuages
Il faisait vide dans ta vie
Giron incertain, faim inassouvie
Il faisait seul pour l'aiguillage
Une traversée et ses naufrages
Il faisait foudre vers le large
Dissonance d'accords, décalage
Il faisait éclair et rage
Des ailes pour tout bagage
Il faisait ciel un peu plus loin
Un souffle de vent marin
Il faisait espoir aujourd'hui
Apaisement des chairs meurtries
Il ferait bleu demain
Au-delà des silences du jardin
Il ferait bleu enfin
Une main puis deux mains
Trois quatorze
Quoi de neuf dans ce huis-clos à deux ?
Rien qui ne casse trois pattes à un canard
Ce sont des gens modérés, jamais un mot de trop
Ils tournent sept fois leur langue dans leur bouche avant de parler
Ignorent les sept péchés capitaux
Peut-être ont-ils fait les quatre cents coups dans leurs jeunes années
Mais il ne reste rien de leur folie
Comptables moroses dans un bureau
Des semaines de trente-cinq heures
En guise d'espoir une grille de loto
Mêmes numéros jamais vainqueurs
Leur histoire n'est pas un conte des mille et une nuits
Pourtant ils restent unis comme les cinq doigts de la main
Et le resteront jusqu'à la fin
Avant de s'allonger six pieds sous terre
Dans le même carré au cimetière
Temps pis ?
J'aime la lumière d'hier
Regarder en arrière, fière
Le chemin parcouru ne le sera plus
J'aime les embruns d'aujourd'hui
Les souvenirs se volatilisent
Poussière des vagues qui se brisent
J'aime la couleur de la nuit
L'heure où les chats deviennent gris
Quand les mots vagabonds poétisent
J'aime la saveur de plus loin
La conjugaison aléatoire du futur
Espoir devient un verbe malgré les écorchures
Acouphènes polysémiques
Un bourdon bourdonne dans le jardin
Mais non ce n'est pas un bourdon , c'est la tondeuse du voisin, zinzin
Le Z c'était avant hier, pourtant voisin zinzin, je suis d'accord
Un bourdon bourdonne au loin
Mais non c'est la cloche qui sonne en mémoire des morts
Le M et N c'était hier pourtant elle résonne encore
Un bourdon bourdonne sur le chemin
Mais non c'est le bâton des pèlerins drelin drelin
Le D ce n'est pas fait pourtant c'est une idée
Un bourdon bourdonne dans les allées
Mais non c'est l'accord continu, un ison pas aigu
Le O magistral d'un orgue dans une cathédrale pourtant banale
Un bourdon bourdonne sans concession
Mais non c'est une faute de frappe, une erreur d'impression
Les lettres et les mots omis, pourtant ils étaient écrits
Un bourdon bourdonne dans la maison
Mais non c'est la mélancolie d'une chanson monotone
Le C du cafard à la tombée du soir, pourtant il ne fait pas nuit
Ce que l'on sème
Une erreur sur le clavier, haine devient son contraire. Il est courant de penser que les deux sentiments sont liés, que le premier ne peut apparaître qu'à la disparition du second. Je ne t'aime plus, je te hais ou tu ne m'aimes plus, je te hais.
Je hais le céleri pourtant je ne l'ai jamais aimé.
On peut haïr quelqu'un ou quelque chose, autrui ou soi-même puisque le verbe se construit aussi à la forme pronominale, idem pour aimer. Pourquoi n'y a-t-il pas de nuance entre "j'aime le chocolat" et "je t'aime toi". Le plaisir, l'intensité, la durée ne sont pas comparables, le palpitant ne bat à la même intensité. Un carré de chocolat qui fond dans la bouche est un plaisir éphémère et égoïste. T'aimer toi s'inscrit dans un espace-temps, une longue dégustation à partager. Ce qui donne à l'amour tout son piquant, toute sa saveur c'est justement le partage. Si le sentiment est unilatéral, il devient torture ou peut rendre zozo. Avant d'aimer l'autre ou de s'aimer les uns les autres, il est indispensable d'utiliser le verbe pronominal.
S'aimer soi-même, essaimer des petits cailloux sur les routes sinueuses des rencontres amoureuses, pour pouvoir se retrouver quand la touche M est remplacée par N sur le clavier.
Moi non plus je t'haime.
Zoom zozo
Un zèbre zélé zozotait sur les rives du Zambèze. Il hésitait entre plusieurs mots en -ze pour exprimer ses zémotions.
Zigzaguant à travers les joncs, il aperçoit des zippopotames qui zoukent au son d'un bouzouki.
Un doux alizé s'étire dans l'azur du soir. Un soleil zinzolin s'écrase à l'horizon. Dans ces zones zarides, à la tombée de la nuit, les zanimaux zinzibulent, gazouillent des notes de jazz. Un joyeux bazar dans la savane, loin des zizanies zhumaines.
Ces zigotos à deux pattes qui détruisent leur écosystème avec des zobjectifs de plus en plus zobtus. Faire voler les zavions toujours plus haut au-dessus de la couche d'ozone, en zyeutant sur les zautres planètes pour en trouver une d'occazion en cas d'anéantissement. Quand l'homme sera transformé en zombie, que restera-t-il de sa folie ? Plus de mosaïque de pays, du Mozambique à la Tanzanie, une morne plaine sans zespoir, sans zillusion.
Ce jour là, peut-être demain, j'irai vivre en Zambie parce que c'est plein de zambiens