Articles de barbaraburgos
Voilure
Chloé a orné son jardin de voiles colorés, qui vont et viennent au gré du Cers ou du Marin. Des voiles d'organdi pour faire joli, des voiles en tulle pour jouer à cache-cache avec les libellules, des voiles pour s'abriter de la fraîcheur des brumes, des voiles satinés contre les jours d'amertume, des voiles de soie, fragiles et délicates, des voiles au parfum de la pluie sur la terre, des voiles de coton pour flotter dans les airs
Totor endormi
L'estranbulle déambule toujours dans le vent chaud de l'automne naissant.Un automne printanier, dans la Chloeserie de Chloé.Totor Hugo, en exil, la salue bien bas avec un chapeau imaginaire, glanant quelques épis de blé pour son Booz endormi. Chloé, éberluée, assiste à la naissance de la poésie. Les papillons se sont posés pour admirer la magie opérer, l'estranbulle s'est immobilisée en plein air, même Baudelaire a arrêté de bêcher la terre, le couvercle est devenu moins lourd, l'espace d'un instant. Mais c'est tout petit l'espace d'un instant, alors le spleen a repris sa place à Paris, les papillons leur papillonnage, l'estranbulle sa place sur un nuage, Chloé est restée dans sa Chloeserie et Totor, tel Booz s'est endormi.
Coquecigrue
Une estranbulle, sans M avant le B, a déambulé dans la Chloeserie de Chloé, un enclos sans clôture, un hâvre de paix. Une sphère irisée, veloutée, virevoltant dans le vent léger. Elle a frôlé le pétale d'un coquelicot puis s'est posée sur le dos d'une aimable coccinelle, un coq fier comme un paon a entonné le chant de l'aurore, tirant le Comte de Lautréamont de son sommeil profond. Baudelaire bêchait la terre amère d'où écloraient les Fleurs du Mal, Chloé cultivait l'antidote en regardant l'estranbulle s'envoler en cet après-midi de fin d'été, elle ne comprenait pas pourquoi le coq avait claironné à cette heure là.
Bizarre
L'été s'étiole ou s'éternise. Les mots, sur les murs chauds cuisent comme des lézards. Les izards cabriolent à l'ombre des braconniers. Vous avez dit izard, izard, tiens comme c'est étrange.Par un curieux hasard, un blizzard venu du nord emporte les izards vers de verts alpages, et les voilà chamois, près d'une chapelle délabrée où vit en ermite un vieux chanoine, ancien chapelier. Il égrène son chapelet en machouillant des grains de blé. Les cloches teintées de rouille ont cessé de résonner. La brume tombe sur la vallée et le lézard avale une couleuvre, elle lui reste un peu en travers du gosier, mais les mots, sur les murs chauds en ont decidé ainsi.
L'été s'étiole ou s'éternise, les mots se carbonisent.
Doutes
Touches noires, écran blanc. Et si les mots ne revenaient pas, s'ils se mettaient en grève.
- Tu nous as abandonnés, laissés grelotter tout l'hiver, ignorés au printemps, assoiffés cet été, qu'espères-tu pour l'automne?
- Je ne sais pas moi, en automne on cueille des pommes, on fait des soupes de potiron, il y a même des citrouilles qui deviennent carosses, il y a les haricots qu'on écosse.
- Ce qui fait des haricots écossais, on sait, on sait, tu devrais vraiment te renouveler ou alors écrire en anglais, utilise Word, ça pourrait t'aider.
- Sympas les amis, les haricots c'était pas prémédité.
- Ca question méditation c'est sûr que c'est ni pré- ni post-, faudrait un peu plus te le creuser le potiron si tu veux des lecteurs par milliers.
- Je n'en demande pas tant et je crois que mon potiron sonne déjà creux, je crois que je ne pourrai pas faire mieux.
- Alors tant pis pour toi!
Jachère
Mon motager est resté en jachère durant de longs mois. Pourquoi? Parce que le temps nous emporte parfois, bourrasques de vent d'automne, même si l'été vit ses dernières heures. Parce que mon ordinateur a mouru, mon disque dur a fondu, les mots se sont dérobés sous les touches de mon nouveau clavier. Envolés, disparus, je ne les retrouvais plus. Un désert blanc, une traversée aride, pas la moindre petite lettre, pas de point, point de virgule, pas l'accent le plus ténu, même pas un circonflexe pour me protéger de cette sécheresse.
Pourtant les mots ne m'en veulent pas, ils acceptent de se laisser à nouveau cultiver, ils s'amusent d'être détournés, malmenés, les mots ne sont pas rancuniers, sauf ce dernier puisque telle est sa nature, s'il pouvait il ne le serait pas. Il serait plutôt coquelicot ou maître saucier dans un restaurant étoilé.Hé oui, tout dépend sous quelle étoile on naît.
Page d'écriture
Page d’écriture
Jacques Prévert est mort, c’est écrit dans toutes ses biographies. Jacques Prévert est mort alors que je pensais qu’il était encore en vie.
Né à Neuilly en 1900, il a donc 111 ans, enfin il aurait, puisqu’il est mort. Je n’en reviens pas encore.Pour me consoler, je me dis qu’il est au Paradis avec quelques autres Enfants maudits, même si je n’y crois pas plus que lui. Les portes de l’enfer étaient fermées ce jour là pour cause d’Inventaire.
Les Visiteurs du soir l’ont guidé, un long Cortège à travers Paris at night, le long du Quai des brumes, vers ce Quartier Libre qu’est l’éternité. C’était un peu comme En sortant de l’école, les enfants traînant les pieds dans les tas de Feuilles Mortes qui, si je me rappelle, se ramassent à la pelle. Ils fredonnaient la Chanson des escargots qui vont à l’enterrement de l’une d’entre elles, « du crêpe noir autour des cornes ».
Arrivé là-haut, Le contrôleur lui demande de réciter un Pater Noster :
- « Notre Père qui êtes aux cieux restez-y et nous nous resterons sur la terre qui est quelques fois si jolie ».
- Non, tout ça c’est fini, ce n’est plus vous qui faites La Pluie et le Beau Temps, mais vous verrez, vous vous habituerez, il y a beaucoup d’avantages. Plus besoin de mettre Les petits plats dans les grands, vous pourrez faire La Grasse matinée à votre guise, rattraper Le temps perdu, aller A la pêche à la baleine, relire les Ecritures Saintes ...
- Etrange d’Etre ange, dois-je faire mon Mea Culpa avant tout cela ?
- Pas de mea culpa, c’est la Belle Vie ici !
- Et Pour faire le portrait de d’un oiseau ?
- Allez donc à L’école des Beaux-Arts !
Et voilà justement Pablo qui passe par là :
- Une petite Promenade (de) Picasso ?
Ah, Les prodiges de la liberté !
Pendant ce temps, en bas, Le Désespoir est toujours assis sur un banc. Il attend.
Drôle de Drame.
Barbara
Saint Crépin c'est demain
Préparez vos casseroles et vos petites cuillères, demain c'est la Saint Crépin, pirate de rivière et roi des crétins. Si vous voulez, vous pouvez lui laisser un message, je transmettrai.
Bon, sinon , mon site n'a pas encore retrouvé sa mise en page initiale, je ne peux rien y faire, j'attends que les petits bonhommes qui travaillent là dedans finissent leur boulot et rentrent chez eux en sifflant une chanson de nain.
Le vent marin souffle une brume grise sur les feuilles jaunies
Pré-tendre
J'étais déjà pas douée en informatique, mais maintenant que tout a changé, je ne suis même plus motivée!
Je n'écris plus et l'automne est venu, inconcordance des temps, un automne qui ressemble au printemps
Cette machine ne m'obéit plus et mon imprimante déverse des tas de feuilles mortes que je ramasse à la pelle et je me rappelle, il pleuvait sans cesse ce jour là, un poète que je ne connaissais pas me croisa. Une mégalomanie de se prendre pour la muse d'un poète endormi ? Et la mer efface sur le sable les pas des amants désunis, Prévert fume sa clope au paradis, il ne craint plus les avertissements des marchands de tabac, Fumer tue, il est déjà mouru. Comment ça déjà mouru ? Pourtant je le vis aujourd'hui, est-il plus simple de voir au passé que de vivre au présent ? Je vis, je vis, un plat de lasagnes à la Bescherelle, un tour de vis, écroué à la prison de la santé. Les mots suivent leur logique. Je ne contrôle plus rien, dites moi si vous comprenez, ou pas, ce mois ci ou un autre, qu'importe.