Mai 2011

Le tamanoir

J'ai renvoyé Crépin à sa Crépinerie, mais très bientôt, c'est promis, il reviendra dans de nouvelles aventures.
Aujourd'hui, changement de registre avec un poème sur Clara, parce que même si elles ne sont plus là, certaines personnes restent présentes dans nos existences. Il n'est pas question de sortir les violons, ainsi va la vie, un jour ici, un autre jour ailleurs, nous ne sommes que des fourmis fourmillant dans un grande fourmillière. Minuscules grains de riz à Canton comme à Paris. Mais dans cette brève parenthèse, se tissent des liens entre fourmis et de ces liens noués entre eux se dessinent des lignes de vie. Les petits bouts de madeleine ou de biscuit à la cuiller se cachent au fond de ces noeuds bien faits et consolident les endroits où la ficelle s'effiloche.
Les biscuits à la cuiller de Clara, la tarte aux pommes d'Hélène, la madeleine de Marcel...petits moments privilégiés, lueurs d'espoir que n'aura pas le tamanoir !

Je pense tout d'un coup, et je me désole de ne pas y avoir pensé plus tôt, que les biscuits à la cuiller sont forcément les biscuits préférés de Crépin, sinon je crois qu'il est végétarien, il est copain avec les lapins de son jardin, la simple idée de les manger lui donne des boutons sur le nez. Quand à Joseph, le chasseur le plus rusé du village, il ne chasse que les vaches enragées et les sangliers de mauvais poil.

Tamanoir me fait penser au poème de Desnos appris à la lointaine époque des biscuits à la cuiller, merci Internet de rafraîchir si vite la mémoire!

               Le tamanoir

Avez-vous vu le tamanoir ?
Ciel bleu, ciel gris, ciel blanc, ciel noir,
Avez-vous vu le tamanoir ?
Oeil bleu, oeil gris, oeil blanc, oeil noir,
Avez-vous vu le tamanoir ?
Vin bleu, vin gris, vin blanc, vin noir,
Je n'ai pas vu le tamanoir !
Il est rentré dans son manoir
Et puis avec son éteignoir
Il a coiffé tous les bougeoirs :
Il fait tout noir.
Robert Desnos, Chantefable et chantefleurs, éd. Gründ

En rang donné

Une balade dominicale dans une forêt domaniale, une randonnée familiale avec un repas frugal, quel régal !
Un sentier parsemé de mots, de couleurs et de pensées, de cailloux du Petit Poucet, des mots pour ne pas se perdre, des mots pour se retrouver, des mots pour se souvenir et des mots pour oublier.
Un chemin mi-ombre mi-soleil pour découvrir sans encombre les mots et merveilles de Joseph Delteil.
Une route, sans aucun doute, pour promeneurs solidaires de textes en prose ou en vers, pour rêveurs shootés aux lignes d’héroïne de roman, pour les épris de fantaisie, les amoureux de poésie.

Une balade dominicale du côté de Villar-en-Val...mais on peut aussi faire le Lundi ce sentier en poésie, ou le Mardi d’un mois de Mai, profitez c’est le dernier, un Mercredi si cela vous plait, prenez donc votre ticket, un gros chien noir et sympa à l’entrée se fera une joie de vous accompagner, le Jeudi si je veux aussi, le Vendredi est plus sauvage, le Samedi, ça vous dit ? Mais comme dirait Mémé il faut pas se bourrer de chentier.

Cucurbitassez

J'écrivis quelques jours auparavant un innocent billet sur le panier du jardinier, et voilà que maintenant on apprend que ce tout aussi innocent panier peut tuer. Il cache en son sein un concombre assassin, c'est à ne plus savoir à quel saint se vouer pour manger.
Cinq fruits et légumes par jour + 3 produits laitiers+ 1,5l d'eau +30 mn d'exercice physique+ 10 g de beurre au-delà ça bouche les arteures (oui, c'est quand elles sont pleines de beurre)+des céréales complètes+ du pain béni + des cuisses de grenouilles du bénitier+la pièce du boucher+ de la cervelle de veau en gelée+ un pied de nez de porc au Grand-Marnier+ la citrouille de Cendrillon en potage+ des écrevisses à la nage+ des tournedos crawlés+ des frites bien trempées+des saucisses épicées+ du fromage pané+ de l'air conditionné,  bon ça suffit on vous ferez avaler n'importe quoi !
Avez-vous déjà goûté la tarte aux concombres?

Le lapin, la pie, l'écureuil

Un petit lapin a traversé le jardin, un lapin de garenne égaré dans la plaine, un lapin orphelin ? Sa maman a-t-elle été mangée dimanche dernier au déjeûner ? Son père a-t-il été grillé, assaisonné de saupiquet pour le repas annuel des chasseurs du quartier ?
Il gambade tout seul sans se soucier des prédateurs.
Non non, je ne vais pas vous servir du réchauffé, le coup de la pie et du petit écureuil, je l'ai déjà fait. Ce petit lapin là gambade à son rythme, j'espère que personne ne l'attaquera. Un soupçon d'innocence, un instant de pureté, la douceur de l'enfance, lapin doudou douillet. Je me demande où il vit. Que fait-il de ses soirées ? Tout seul dans son terrier, regarde-t-il Bugs Bunny à la télé ? Ou alors il a creusé un souterrain pour aller directement au ciné, ce n'est pas très loin à pattes de lapin. J'imagine un exemplaire illustré d'Alice aux pays des merveilles en guise de livre de chevet. A-t-il acheté ses meubles chez Ikea ?
Petit lapin, si tu lis ce billet, tu sauras que je ne te veux aucun mal, tu peux venir gambader plus près, fais juste attention à la pie, c'est une pie impie sans pitié. D'ailleurs, je n'ai plus jamais revu d'écureuil, mais parfois on entend comme un murmure dans les grands arbres: "profite du vent et du soleil, de l'herbe verte sous tes pieds, profite des fruits mûrs, des légumes tendres, profite de la clarté des jours, du scintillement de la nuit, profite, profite plus que moi, car tu ne sais pas quand la pie viendra... 

C’est du propre

Ce n’est pas le bruit du marteau-piqueur, c’est le motoculteur du voisin. Un motoculteur sert-il à occulter les mots ou au contraire à les cultiver tôt ? La question est complexe, il faut en convenir. Convenez, convenez mais sans mauvais jeux de mots s’il vous plait. 
L’avantage de cultiver un motager c’est que ça ne fait pas de bruit, l’avantage d’un potager c’est qu’on peut en déguster les fruits. Tiens, mais cela me rappelle la leçon de vocabulaire pour les devoirs de demain: le sens propre et le sens figuré, avec comme exemple les deux phrases suivantes:
-sens propre: les cochons se roulent dans la boue
-sens figuré: quel cochon cet enfant !
Heureusement que cette fois ci Roman a assimilé la leçon sans problème, sinon vous imaginez l’explication.

-Mais Maman, c’est pas propre un cochon qui se roule dans la boue.
- Certes non, mais quand on dit le sens « propre » d’un mot, propre c’est en fait un sens figuré. Puisque ce mot là possède lui-même deux significations.
- Alors le cochon c’est pas propre
-Dans ce cas là c’est le sens du mot qui est propre, quant au fait que le cochon soit propre ou sale, c’est un autre problème.
- Oui mais le petit garçon qui est un cochon, lui il est sale au sens figuré, ça veut dire qu’il s’est mis du chocolat partout sur sa figure?
- Ca peut vouloir dire ça, mais le sens figuré n’a rien à voir avec la figure, c’est plutôt la représentation qu’on se fait du sens initial du mot ou du sens propre. On se figure que le cochon au sens propre est sale, donc au sens figuré on peut traiter de cochon un petit garçon qui se serait barbouillé la figure de chocolat.
- Je crois que je ne comprends rien du tout.
- Je prends un autre exemple:
                                                    -sens propre: les ânes font hi-han
                                                     -sens figuré: quel âne cet enfant ! 
-C’est de moi que tu parles là?
- Tu vois, tu as tout compris!
-Oui, mais c’est pas très gentil
-C’était pour rigoler mon lapin. 

 

Génèse de Crépin

Crépin est arrivé directement du ruisseau du fond du jardin à ma cervelle d’oiseau. Il m’a aidée à préparer un anniversaire mémorable pour les 6 ans de Charlotte, puis se plaisant bien chez nous, il s’est installé, sans jamais vraiment se montrer mais en laissant des indices assez visibles de son existence. Nous entendions également croasser son Corboquet Bertrand.
Et, si parfois les enfants pouvaient avoir des doutes quant à la véracité de mes propos, ils furent complètement anéantis(les doutes, pas les enfants) pendant les vacances d’été.
Nous avions l’habitude de louer une grande maison à la campagne avec un petit groupe d’amis. Au programme: balades, piscine et farniente, les enfants préférant les deux dernières options et rechignant à marcher. J’avais actualisé l’histoire de Crépin et renseigné les non-initiés pendant les promenades. Le pirate avait donc pris ses quartiers de villégiature à deux pas de notre maison, mais gardait ses bonnes vieilles habitudes, à savoir voler des cuillères, fourchettes et autres ustensiles de cuisine. Je sentais de la réticence parmi les enfants les plus âgés, « elle nous prend pour qui celle là, elle va pas nous faire gober n’importe quoi, on a passé l’âge des histoires de pirates pour bébé, etc etc ». Et là, mon fils se met à crier « Maman, c’est vrai c’est vrai qu’il est passé par là, regarde, il a laissé tomber une fourchette et une cuillère ! ». Cet enfant est un inconditionnel de sa mère, il a peur que les autres ne me croient pas alors il se met lui aussi à débloquer pour me rendre crédible. Mais voilà que toute la tribu s’approche et devant nos yeux ébahis, nos oreilles abasourdies, nos bras ballants, se matérialisent les couverts annoncés !! Une cuillère et une fourchette incrustées dans la terre du sentier de randonnée. Nous en avons rationnellement conclu par la suite qu'un randonneur avait dû manger avec ses doigts pour le reste de son séjour, mais sur le moment nous sommes tous restés comme deux ronds de flan (en voilà une drôle d'expression)
Après ça, j’aurais pu les faire marcher jusqu’au bout du monde! Et depuis, Crépin est devenu une légende.

Macédoine

Artichaut, un show chaud d'Artie Show, effeuillage de bas en haut jusqu'au coeur, coeur fondant au goût troublant
Haricot sans un fil il défile vert fluo cuisson anglaise, Harry Cover de mayonnaise
Une tomate rouge vif, potage pas chaud andalou, gaspacho, Tom Ato roi des pizzaïolo
L'aubergine s'épépine et se gorge de soleil, Hobe Hergine, légume star en caviar, raffinée en beignet

C'était le panier du jardinier aujourd'hui, on fait parfois avec ce qu'on a ! C'est comme ça !

Horizontale

J'ai rêvé que je dormais et dans mon sommeil je rêvais, mais pour rêver il faut déjà dormir. Donc dans mon sommeil j'ai rêvé que je rêvais que je dormais et que dans mon sommeil je rêvais.
C'est une histoire à dormir debout, non ? Ah si! A dormir debout ou assis ? Moi personnellement je préfère couchée. Coucher avec qui ? Non mais je vous en prie. Je voulais dire pour dormir je préfère être allongée ou couchée si vous préférez. Oui je préfère coucher mais ça dépend avec qui. C'est ça, allez vous coucher avec qui vous voudrez et laissez moi me laisser aller à rêver tendrement lovée dans une douce couette d'été.

Woody loves Paris

Paris. Minuit. Les réverbères. Montmartre? Gil Pender, un écrivain américain largué. Une fiancée blonde inappropriée.
La magie de Woody Allen alliée à la magie de Paris.
Là, mon imaginaire prend le dessus, et mon cerveau projette en cinémascope la suite improbable du film.
Minuit. Les artistes du début d'un autre siècle reviennent fouler le pavé, se promener dans leurs anciens quartiers, respirer l'air du progrés , se griser d'infinies possibilités.
Dali surfe sur le net, une corne de rhinocéros à la place du nez, Pablo défile pour un grand couturier dans sa marinière légendaire, Matisse tague les murs en compagnie de Banksy et de Space Invader, Toulouse-Lautrec rentre chez lui en TGV, Zelda et Scott Fitzgerald dansent le hip-hop sur les Champs-Elysées, au son d'une musique électrique de Cole Porter. Gertrude Stein toujours domiciliée au 27 rue de Fleurus est devenue accro aux séries télé, accompagnée de Bunuel , elle regarde en boucle Dexter et Six Feet Under.
Au delà de mes extrapolations, Woody peint un tableau génial et surréalistique de Paris. Il arrive à montrer ce qui rend Paris si envoûtante, si mystérieuse, si fascinante et qui pourtant ne se voit pas. L'âme, l'empreinte, le génie, le parfum de ces artistes disparus. Flottant dans sa moindre particule d'air, gravés dans son pavé, incrustés dans ses pierres, fleurissant dans ses arbres séculaires .
Contrairement à Tom Baxter, le héros de la Rose Pourpre du Caire qui s'échappe de l'écran, on voudrait plutôt pouvoir y entrer. Attendre minuit , flâner, divaguer, se perdre dans les rues de Paris et peut-être y rester ?...

CQFD

Derrière la brume, la montagne lointaine se tient fière et droite. Bleutée. Délavée. Mais entière. Un triangle équilatéral, échappé d'un contrôle de math flirte avec un cerf-volant, qui est aussi, comme chacun sait, une figure géométrique. Le cerf-volant cervole dans le vent pendant que le triangle profite de ce bref instant de liberté. Un bref instant semble un peu pléonasmique, un instant durant rarement un siècle. Bref. Le triangle va aux Bermudes et joue une musique aiguë sur un instrument éponyme. Une division blindée marche sur la plage ensablée, les chiffres prennent le pouvoir , divisent pour mieux règner. Les nombres décimaux (ceux qui viennent de la montagne bleutée, des cimes tout là-haut) envahissent le monde. Très hautains, très aristos avec une cour de serviteurs tout autour. Un petit vermisseau s'élève, d'une voix fine dit en zozotant: -"vous pouvez avoir de grand-z- airs, faire les beaux, vous sentir fiers, sans moi, vous n'êtes que des nombres finis, sans suite et tutti quanti, sans moi, petite virgule, vous devenez ridicules, et auzourd'hui c'est décidé, ze prends mes conzés, ze vais aller visiter des contrées sans siffre, ze vais me balader vers des vallées littéraires faites de rimes et d'acrotisses, de dialogues, de prose, de textes risses, ze ne veux plus soustraire mes désirs au gré de vos volontés."
Voilà pourquoi la montagne est belle, loin là-bas dans la brume bleutée, elle se dresse seule et fière. C'est bien sûr sans aucun rapport avec l'énoncé précédent, c'est bien pour cela que les poules n'ont pas de dents.

Parrigue

J'étais en train d'écrire, un billet sublime, d'une inspiration rare, d'une grande beauté, le genre de billet qu'on écrit une seule fois dans sa vie, et voilà qu'Internet Explorer s'excuse qu'il doit fermer car un bug s'est produit dans le système X ou Y, bref tout s'est effacé je n'ai rien pu sauver, mon inspiration s'est envolée. Adieu billet sublime, idée géniale, j'aurais frôlé cette éventualité.
Pour résumer j'évoquais une balade dans la garrigue, l'écho de Manon des Sources et les cloches de la messe du dimanche. Puis le souvenir de Paris, déjà lointain, et cette exposition à l'Hôtel de Ville, où les Impressionnnistes peignaient le mouvement, le progrès. Les avenues infinies vers des ailleurs probables, les lampadaires dans les rues pavées, les enseignes des grands magasins, les cabarets de la butte Montmartre. Les tableaux semblaient prendre vie, on aurait pu y sauter à pieds joints et y entrer façon Mary Poppins.
J'étais donc dans la garrigue et je rêvais du pavé parisien... 

Palissades

Les mains des marteaux piqueurs, lourdes , calleuses, ridées, des mains exsangues de rêves, ou alors il y a longtemps. Bien avant que les oreilles s'assourdissent, que la petite musique ne soit plus qu'un lointain souvenir. Car bien sûr qui tiendrait un marteau piqueur par plaisir ? Qui nourrit le rêve secret de percer le bitume gris des trottoirs, de respirer les poussières nocives, de n'être soi-même qu'une particule invisible dans un système saprophyte. Ca profite toujours aux mêmes, évidemment, une lapalissade devant les palissades d'un chantier en cours.

Demain

Les marteaux piqueurs ont dilapidé les heures d’or, milliers d’éclats de bitume, de particules de calcaires, poussières. Impromptu, le mot spontané, inattendu parce que pas espéré. Pluie sur les trottoirs, pas de l’oie sur les Grands Boulevards, des armées ravageuses piétinent le temps perdu. Le soleil ne s’est pas levé, il est resté caché derrière un rideau gris ourlé de vent marin. Que sera demain?

Coucher de soleil

Je n'ai plus le temps de voir le soleil se lever ni la lune se coucher ou vice-versa si vous préférez. Plus une petite minute de rab pour aligner quelques mots, il faut que je les arrache à ce temps marteau-piqueur (je me dois de le placer car j'ai eu des plaintes quant à la sous-exploitation du sujet). Le temps est chronophage donc cannibale puisqu'il se dévore tout seul. J'aurais peut-être dû rester en vacances, parce que finalement rien ne s'arrange!
Les marteaux piqueurs chevauchent des chevaux imaginaires, chevaliers urbains sur leurs montures d'acier, ils font respecter leurs lois le long des trottoirs gris

Dépôt légal Janvier 2011-Tous droits réservés- 

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