Articles de barbaraburgos
L' Escalier de Louis
Etre "de" quelque part, faire partie d'un lieu, d'une époque, d'une communauté de gens croisés au fil des ans.
J'allais à "l'Escalier" depuis mon enfance, pizza 4 fromages et glace au café. J'étais fascinée par le décor, la musique, l'ambiance conviviale. On s'interpelait d'une table à l'autre et les serveurs avaient un petit mot pour chacun. Les amis s'y retrouvaientt, les âmes égarées venaient chercher un peu de réconfort. Même avec mes yeux d'enfant, j'avais ce sentiment sécurisant des choses immuables.
Puis les repas de classe du lycée, passage incontournable avant de finir au "Privé". C'était il y a longtemps.
De l'eau a passé sous les ponts, et l'enfant a eu des enfants. Fascinés par le lieu eux aussi. Charlotte curieuse et gourmande a dû goûter toute la carte, Roman est resté à l'invariable combo pizza 4 fromages, glace au café ! (ce sentiment sécurisant des choses immuables ou atavisme culinaire ?!).
On ne venait pas à l'Escalier seulement pour se restaurer, on venait y trouver un peu de chaleur humaine, partager un moment , écouter, voir et vivre son époque, comme un instantané d'un moment donné, actualités en live d'un instant T.
C'était aussi le seul endroit où l'on pouvait espérer manger à n'importe quelle heure, quand les cloches sur Carca avaient sonné.
Et les cloches sur Carca ou ailleurs finissent toujours par sonner. Et non les choses ne sont pas immuables.
Il nous aura accompagnés pendant plus de trois décennies, il aura rythmé nos soirées de jeunesse, offert ce hâvre d'amitié, été le témoin de nos vies.
Aujourd'hui nous t'accompagnons pour gravir les dernières marches d'un escalier éternel, bon voyage Louis vers un ciel plus clément sans virus et tous ses variants.
Paréidolie
Un oiseau sur la branche
Ou une feuille oubliée
Une feuille de papier ?
Une lettre envoyée
Par un jour de grand vent
Une adresse erronée
Dans un espace-temps
Un oiseau sur la branche
Une feuille de papier noir
Les espoirs en suspens
Une lettre égarée
Dans le déclin du soir
Une adresse décalée
Par un facteur distrait
Un oiseau sur la branche
Ou une feuille accrochée
Une image écorchée
Une lettre manuscrite
Le soleil au zénith
Une adresse exacte
L'oiseau était un mythe
Des confitures
Un carré de chocolat
Des ronds dans l'eau
La poésie du soleil levant
Tableau vivant
Et mouvant
Une confiture de mots
Les conserver en pot
Saveurs édulcorées
Regards amoureux
Sur une boule bleue
Un carré de chocolat
Quand le monde ne tourne pas rond
La poésie du soleil couchant
Tableau figé
Essouflé
Une confiture de mots
Les conserver en pot
Saveurs acidulées
Les étaler les soirs de doute
Et continuer sa route
Sur un trapèze
Je m'endors dans le décor à l'envers
Suspendue par les pieds
Quelle idée pour trouver des rimes en -é
Des vers en -ers
Cacher ses impudeurs dans des alexendrins
Des sonnets des quatrains
Un dédale idéologique
Suivre le fil liturgique
De ces allitérations idylliques
Un point de vue différent
Sur le monde et les gens
Ridicules fourmis
Agitées de tremblements
Des hommes tout petits
Secoués par le vent
Suspendue par les pieds
Je regarde
A l'envers
Le décor vaciller
Dans un élan d'impudeur
Je me défais de mes dessous
J'envoie valser les erreurs
Les tabous
J'en vois passer de toutes les couleurs
Des pensées de quat'sous
J'abandonne mon corps
Au balancement du trapèze
Puis fatiguée de chercher une rime en -èze
Dans l'envers du décor
Je m'endors
Des chiffres et des lettres
31 janvier, 31 billets, le compte est bon. Les résolutions de la nouvelle année ne se sont pas encore envolées. Elles résistent au vide, au covid (le féminin pour ce mot là ne me plaît pas), aux mauvaises nouvelles des étoiles, aux soirs où le ciel se voile.
Elles s'amusent avec les mots les jours plus beaux, en font des salades russes, gravissent des montagnes à sensation quand l'écriture automatique prend le relais.
En parlant de ciel, il est en train de nous dégringoler sur la tête rappelant des souvenirs qu'on aurait voulu oublier. Pourquoi l'eau ne reste-t-elle pas dans son lit ? Souffre-telle d'insomnie, elle aussi ? N'est-il pas assez confortable ce lit là pour que tu veuilles t'en échapper ? Moi j'aimerais bien rester dans le mien cette nuit, il est chaud et douillet, aucune envie de m'en extirper pour aller écoper tes débordements. Je voudrais bien dormir sur mes deux oreilles, lovée dans le creux de mes oreillers moelleux.
Pas d'eau s'il te plaît mon Dieu (promis je croirai en toit), juste dodo. Le T est un lapsus, une manifestation de mon inconscient, je crois en toi mon toit, (et j'ai croisé les doigts quand je lui ai promis de croire en lui). C'est pas aujourd'hui que je vais commencer à croire en quelqu'un, surtout quand ce quelqu'un n'existe pas, j'ai déjà mis presque 50 ans à croire en moi.
Ceci dit ce soir Il n'est vraiment pas content, j'ai l'impression qu'il fait gronder le firmament. A demain s'Il ne me foudroie pas.
Le jour d'après
Parce qu'aujourd'hui est la veille de demain et le lendemain d'hier. Quand l'absurdité vous saute en pleine figure un soir de lune du loup, que déjà qu'on ne croyait pas beaucoup, on ne croit plus du tout.
Et Charlotte Delbo à la rescousse, pour redonner un peu de sens à l'existence
Prière aux vivants pour leur pardonner d’être vivants
...Vous passez et vous buvez aux terrasses
vous êtes heureux elle vous aime
mauvaise humeur souci d’argent
comment comment
vous pardonner d’être vivants
comment comment
vous ferez-vous pardonner
par ceux-là qui sont morts
pour que vous passiez
bien habillés de tous vos muscles
que vous buviez aux terrasses
que vous soyez plus jeunes chaque printemps
Je vous en supplie
faites quelque chose
apprenez un pas
une danse
quelque chose qui vous justifie
qui vous donne le droit
d’être habillés de votre peau de votre poil
apprenez à marcher et à rire
parce que ce serait trop bête
à la fin
que tant soient morts
et que vous viviez
sans rien faire de votre vie.
Il y a toujours pire que le pire et boire en terrasse un lointain souvenir.
Sisyphe roule son rocher, à 18h va-t-il se coucher ?
https://www.franceculture.fr/emissions/poeme-du-jour-avec-la-comedie-francaise/priere-aux-vivants-pour-leur-pardonner-d-etre
Aujourd'hui
Parfois la vie s'arrête en plein vol, au milieu des projets et des rêves d'une deuxième jeunesse.
Pas le temps de dire au-revoir. Hier, il se promenait serein dans les rues de son village, aujourd'hui on parle de lui au passé.
Et tout d'un coup la conscience de la fragilité de l'existence.
On le sait mais on ne vit jamais comme si chaque jour était le dernier.
On remet sans cesse au lendemain ce qui pourrait être fait le jour même. On laisse partir les gens qu'on aime ou on ne le leur dit pas assez. On se laisse envahir par les détails du quotidien, endormir par le train-train.
Pourtant une fois le choc digéré, le temps reprend sa course et on oublie que d'un moment à l'autre peut s'afficher le générique de fin, un "The End" des vieux films hollywoodiens. Et pas de saison 2 en tournage, pas de page à tourner quand survient le terme du voyage. Clap de fin et regrets pour les vivants.
Alors il faut vivre et aimer tant qu'il est temps, c'est une banalité mais on l'oublie trop souvent.
Profiter des levers du soleil et des nuits de pleines lunes, d'un vol de libellule, d'un battement d'ailes de coccinelle, de la clarté des soirs d'été sous la tonnelle.
Profiter de la vague, des embruns, du goût du sel sur les mains. S'aimer nu, peau à peau , se caresser, s'embrasser.
Se sentir vivre, exister et vibrer. Aujourd'hui.
Gloubi-boulga
Une multitude de sujets s'offraient à moi aujourd'hui. Des policiers dansant la macarena dans un commissariat, aux mirlitons de Roland Barthes en passant par la lune du loup ce soir, jusqu'aux explications de Yann Arthus-Bertrand quant à l'origine du monde, je ne savais plus où donner de la tête.
Pour la création de l'humanité, j'ai maintenant la preuve qu'Il n'y est pour rien. Il nous a fait croire qu'il avait bosser six jours et s'était reposé le dernier. Que nenni, il avait posé une semaine de RTT, laissant le soin aux roches volcaniques de faire le job (le pauvre Job s'est bien fait avoir). Voilà donc plus de 2000 ans que notre civilisation se fourvoie et s'est laissée berner par des croyances oiseuses. Et Il ne nous a même pas envoyé le moindre petit SMS d'excuse. Je sais pas vous mais moi je ne l'ai pas reçu, pourtant ceux du gouvernement me parviennent alors qu'Il ne prétexte pas d'avoir égaré mon numéro.
En tout cas, maintenant que je sais d'où je viens, je peux enfin savoir où je vais. Mais le temps passant à toute allure, et avant de savoir où je vais, voilà qu'il faut que je publie mon billet si je veux dans les clous rester (sans mauvais jeu de mots (pas du tout le style de la maison) )
Si six scies scient six...
Sidonie se donnait la peine de rêver davantage, elle aurait l'avantage de s'évader plus facilement
Silex ne l'était plus, de l'étincelle jaillirait l'éblouissement
Ciboulette dans l'omelette, sensations évaporées
Silhouette plus fine, si Louis aminci
Citronelle dans les plats, plus de goût au repas
Citrouille, être rassuré
Cicéron, c'est pas carré
Sidéré, c'est dire hé
Cigare, grève des trains
Simagrée, du canard
Cithare, ce billet
Silence !
Siphonée!
Idée à liste
Trouver l'idée, aller la dénicher chaque jour, dans la lumière du levant, vision panoramique des sommets, danse des flammes dans la cheminée, langueur d'une soirée. Parfois elle jaillit telles les langues de feu du crépuscule, parfois elle reste tapie entre une parenthèse et une virgule. Pas toujours évident de la cueillir, l'accueillir, la faire passer par toutes les circonvolutions du cerveau, la convertir en mots, les assembler en phrases, les faire rimer pour plus de légèreté, y mettre du sens ou du non-sens. Laisser ses doigts courir sur le clavier, pianoter, une musique intérieure, et là, elle rappliquent par milliers (sans exagérer).
Et le mot "idéalise" s'autodétruit par une faute de frappe, "idéalyse" (lyse, du grec ancien lysis: dissolution), dissolution de l'idéal et apparition du banal dans le ciel de janvier.
Idéaux à la baisse à la station Abbesses (cf métro parisien), au pied de la butte Montmartre à l'heure où ferment les théâtres, où les muses s'ennuient dans les musées, où personne plus ne s'amuse dans les caves de Saint-germain-des-Prés puisqu'il y a eu un avant mais plus d'après. Ce n'est pas comme la pluie et le beau temps.
Et après tout ça, faudra encore appeler Lacan (voir billets précédents les précédents) pour analyser mon inconscient.
Je suis pas sortie de l'auberge bien que même pas entrée, elle sont toutes fermées.