Articles de barbaraburgos

Dans 2020

On ira tous au paradis

Par Le 16/03/2020

Premier jour de confinement, enfin presque. Ce matin je suis allée voter, acheter du pain et chercher le poulet rôti commandé la veille à la supérette du village. Il a fait des envieux, des clients qui revenaient bredouilles de l'hypermarché le plus proche, ils lorgnaient sur mon poulet, les yeux exorbités, la langue pendante comme le loup de Tex Avery devant une pin-up. Faut dire que je l'avais choisi sans grippe aviaire, j'avais aussi pris du lait de vache pas folle du tout, de la salade sans pesticide, des radis sans OGM. De quoi nourrir les asticots avec du bon et du bio quand la cloche sonnera. Drelin drelin, départ du dernier train, ah on a encore droit aux transports en commun, oui oui en plus pour le paradis c'est gratuit. C'est la moindre des choses, mais alors ça veut dire que je vais au paradis, comment ça se fait je crois en rien ? Ben c'est Lui qui l'a décidé. Mais Lui il n'existe pas, je sais c'est Lui même qui me l'a dit. Il m'est apparu un soir et il m'a dit cela fait 2000 ans que des humains croient en moi, je ne sais pas pourquoi parce que je n'existe pas, je ne suis qu'une légende. J'étais bien embêtée quand il m'a fait ces révélations, moi j'en étais déjà convaincue, les autres ne m'ont pas crue. Donc j'irais au paradis, et faut vivre une éternité là-haut ? Parce que vraiment le temps imparti ici-bas moi ça me suffit, le paradis , avec que des gentils, pas sûr que ça me corresponde, j'ai eu ma période Petite Maison dans la Prairie mais maintenant je préfère les Sons of Anarchy. La famille Ingalls pour l'éternité, quel enfer ! Et si on connaissait la date de sortie, que ferait-on du sursis ? Je crois que je ne changerais finalement pas grand chose. Peut-être que je me remettrais à fumer, juste pour le plaisir d'entendre la cigarette se consumer, ce discret crépitement seulement perceptible dans le silence et dans le noir. J'écrirais davantage, je finirais mes collages puis je ferais du ménage, j'aime bien laisser la maison propre avant de partir. Ensuite pas de tralala, une boite en carton recyclé, bien évidemment pas de curé, quelques poésies, deux trois chansons et fin de la plaisanterie.C'est comme ça, la mort fait partie de la vie.

Dans 2020

Walkman et coïncidence

Par Le 08/03/2020

Ecran blanc. Il faut le nourrir tous les jours, trouver un thème, choisir les mots, en dire un peu mais pas trop.
Hier soir, de la musique et des mots, des vibrations, des émotions, des souvenirs adolescents, des cassettes rembobinées. Combien de temps. Toujours la même question. En ce temps là, je pensais avoir le temps. Je croyais en la destinée. Dans le walkman la bande son s'est déroulée, vitesse normale ou accélérée puis le bouton rewind s'est détraqué, la bande a vrillé. Walkman, cassettes et destinée obsolètes. Rien n'était écrit. Le livre de la vie se raconte au jour le jour. Il y a des hasards, des rencontres, des coïncidences.  Digression: le i tréma est une lettre curieuse, il ne veut pas se mélanger à ses consoeurs les consonnes, il reste libre, indépendant. Pour coïncidence par exemple cela donnerait coincidence, on imagine (du moins je) une pièce carrée avec dans un coin un canard jaune en plastique qui ferait écho à un ciré et des bottes de pluie d'une couleur similaire disposés dans le coin opposé, on se dirait tiens quelle coincidence, c'est jaune, c'est pour aller au bord de l'eau, et on repartirait heureux en pensant que la vie est bien faite. Fin de la digression, aussi superfétatoire qu'inepte.
Donc hier soir, théâtre comble, des musiciens en chair et en os jouant de vrais instruments, un chanteur suisse immigré amoureux de Carcassonne, des inconnus assis dans des fauteuils rouges et dans un coin une coïncidence. Une étrange histoire, une mère et son fils que je croise régulièrement dans des lieux culturels depuis plus de 15 ans. La 1ère fois c'était en mai 2004 à un concert de Cali au théâtre de Montauban, soit à 200 km de chez moi. Cette dame était dans la salle avec son fils de 18 mois environ (âge de mon fils à cette époque), ils se remarquaient tous les deux car la soirée n'était pas adaptée à un enfant de cet âge. J'ai eu la surprise de les revoir régulièrement à Carcassonne sans jamais leur parler. Puis un jour de pluie, en allant assister au vernissage d'une exposition à Montolieu, je m'arrête pour prendre des autostoppeurs, surprise Madame X et son fils ! Je ne leur ai pas dit que je me souvenais de cette 1ère rencontre 15 ans plus tôt. J'ai juste dû réfréné un fou rire qui s'était invité en réponse à cette coincidence. Peu de temps après, ils m'ont interpelée lors d'une autre exposition pour que je les ramène chez eux. Cette mère a l'air d'être seule et sans trop de ressource, mais semble vouloir offrir à son fils une culture artistique, des images de belles choses, des expériences qui ne coûtent rien, qui d'ailleurs ne s'achètent pas. Cette mère et son fils me touchent. Je n'ai pas osé aller leur parler hier soir. J'ai vu Madame sortir 2 billets de 10 euros en échange des places achetées à un particulier, au 3ème balcon sûrement. Et j'ai eu honte. Honte de moi avec mes invitations, honte de toutes les places réservées aux élus et notables qui restent vides. Mais Miss France n'a pas encore réussi à rétablir la paix dans le monde ni à gommer toutes les injustices. Puis cela ne m'a quand même pas empêchée de profiter du concert. J'espère qu'ils ont eux aussi passé une bonne soirée. La prochaine fois, j'irai leur parler.
 

Dans 2020

A votre guise

Par Le 07/03/2020

C'est un lieu commun de dire et de redire que le temps passe. Le début de ma phrase est déjà du passé, un temps qui ne reviendra pas, le point final est du futur à présent, mais une fois ce futur atteint, il deviendra passé. Le présent existe-t-il vraiment ? Il dure le temps d'une inspiration, à l'expiration l'air appartient au passé.
Le défi de ce blog était au départ d'écrire un billet chaque jour. Les bonnes résolutions se sont perdues dans le tourbillon de la vie. Plus de 9 années ont ou sont passées. Des traversées du désert, des éclaircies, des catastrophes naturelles, des longs fleuves tranquilles, une succession aléatoire d'événements non définis par un être supérieur ou l'influence de quelconques planètes. Juste un fil qui se déroule, auquel on veut chercher un sens, une signification profonde. Il est difficile de se résoudre à l'absurdité de la queston existentielle. Alors on remet son destin dans les mains de dieux inconnus, dans la reconnaissance de signes transcendantaux. Il est réconfortant de penser qu'en faisant brûler une bougie on aidera les bonnes âmes à atteindre le paradis. Qu'avec 2 pater 3 ave, un allah akbar, un rite vaudou , une communion, une circoncision, une bar-mitsva, un mandala ou dieu sait quoi encore on s'attirera les faveurs du tout puissant ou des forces bienfaitrices...pourquoi ?
Pourquoi ceux qui tentent de flotter sur une planche en Méditerranée gardent-ils la foi ? Pourquoi et comment trouvent-ils la force d'avancer ?
Moi une simple enveloppe estampillée "trésor public" me donne envie de creuser un terrier et de m'y enfoncer en attendant des jours meilleurs.
Bref aucun rapport, aucun lien de cause à effet. Chacun fait comme il peut, avec Allah, Bouddha, Jésus, Jéhovah, Google, Amazon, Ikéa. L'essentiel est de se distraire , de ne pas ressentir l'écrasante absence de signification de notre passage sur ce caillou en perdition. Comme je n'ai pas tous les mots et le talent pour expliquer ce que je ressens, j'emprunte ceux des autres, et pas n'importe qui

Enivrez-vous


    Il faut être toujours ivre. Tout est là : c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

    Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.

    Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront : « Il est l'heure de s'enivrer ! Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. »

Charles Baudelaire - Le Spleen de Paris, XXXIII

Dans 2019

Tique tac

Par Le 03/09/2019

Ce serait sympathique
De se faire piquer par une tique
Ou peut-être par un moustique
En faisant de la balançoire
Sous un portique un soir
Le tic-tac de la pendule
Annoncerait le crépuscule
Elles peuvent paraître ridicules
Ces petites bêtes
Ces insectes
Ces êtres vivants minuscules
Pourtant dans l'espace d'un instant
Par le poison qu'elles inoculent
Elles peuvent faire basculer la vie
Du pauvre rêveur alangui
Du flâneur de la prairie
Tic-tac la pendule sonne le glas
Ce n'était qu'une petite tique
Une piqûre de moustique
Somme nous peu de chose ici-bas

Dans 2019

CQFD

Par Le 03/09/2019

Une addition d'addictions donne une somme bizarre, un produit étrange si c'est une multiplication.
Souvent au carré car une addiction tourne rarement rond, sinon c'est un cercle vicieux. Le nombre Pi, s'il n'est pas le meilleur, saurait-il en tirer partie? Je doute que cela soit son rayon. Peut-être aurait-il un avis diamétralement opposé et voudrait en faire une équation. Le x resterait le facteur inconnu, sans distribution de courrier pour trouver la solution, donc une inadéquation.
Se soustraire à une addiction est un problème difficile à résoudre, malgré les théories, les théorèmes, les hypothèses obtuses comme le carré de l’hypoténuse.
Quel que soit l'angle par lequel on aborde la question, c'est un casse-tête chinois, un emboîtement de poupées russes, une auberge espagnole où chacun aurait concocté un plat à sa sauce ou en 3 dimensions. Ça ne fonctionne pas non plus, il n'y a que 2 D dans addiction.
Le poser en fraction serait aussi absurde que compter les gouttes d'un robinet qui fuit, dans ce cas on appelle un plombier et on répare le robinet. Pas si simple finalement, allez donc trouver un plombier honnête. Bref, une addiction par définition ne fait pas dans la demi-mesure, on n'est pas 1/3 ou ½ dépendant, la substance même de l'addiction (quelle que soit la substance) est d'être entière, totale, parfois invisible, toujours indivisible.

Dans 2019

Post diluvien

Par Le 19/03/2019

Une page d'écriture, des ratures. Quand les mots écrits s'effacent plus vite que ne fond la glace sous des ciels azuréens, que le temps quoiqu'il advienne, temps qui passe ou météo, emporte sur son passage et le chêne et le roseau, et la jeune fille et le coquelicot. Comme Ophélia dans la vague, la méduse et son radeau, qu'importe d'être né chêne ou roseau, jeune fille ou coquelicot. L'eau, l'air, le feu emporteront avec eux les promesses d'éternité et les robes en dentelle, les pétales rouge sang et les tourments adolescents.
Les heures s'égrénent en minutes, les minutes en secondes, ding dong dans le clocher inondé, le coq girouette ne sait plus vers quel vent se tourner. Les saints et Dieu lui même ont déserté le navire, Noé s'est noyé. Il n'y a plus rien.

Dans 2018

Alphonse

Par Le 18/03/2019

Alphonse a fait deux grands voyages dans sa vie.Le premier, contraint et forcé à l'époque où les loups avaient envahi Paris, destination Cherbourg. Il y pleuvait des bombes.
Cherbourg c'était l'épopée racontée à tous les repas de famille. Elle faisait sourire les plus jeunes, frisonner les anciens. Son frère Joseph l'avait accompagné dans cet abominable voyage. Il en sont revenus, à pied, traversant une France dévastée. Retour à la Pomme, dans le giron familial, où il aura travaillé laborieusement toute sa vie.
Une vie qui a repris ses droits après la guerre. Jeanine a fait son entrée dans cette famille de ritals au grand cœur. Des gens de peu, des braves gens pourrait-on dire, si ce n'était presque devenu une insulte. Une famille unie, soudée face à l'adversité. Des valeurs d'un autre temps où justement les gens savaient la valeur des choses. Travailler jusqu'à en avoir le dos cassé, la peau tannée, les mains caleuses. Il savait que tous les soirs il retrouverait un foyer chaleureux. Celui de Sylvia, la mamma, qui malgré le peu de moyen a toujours veillé à ce que ses enfants ne manquent de rien. Des vêtements propres, une assiette remplie et la joie d'être ensemble.
Jeanine a pris le relais. Solange puis David ont illuminé sa vie. Une vie rythmée par les saisons et le travail de la vigne. La chasse, les champignons, le jardin, les parties de cartes avec les amis et toujours les retrouvailles en famille autour d'une table en fête ou des omelettes à la Font de l'Orme.
Depuis Cherbourg, Alphonse n'était pas reparti. Dans les années 80 eut lieu le deuxième voyage: retour aux sources dans le village natal, Fossalta di Piave, avec toute la smala, cela va de soi.Convoi exceptionnel de Villegailhenc aux portes de Venise.
Ils avaient quitté l'Italie dans les années 30 pensant trouver la terre promise, mais ailleurs n'est pas mieux qu'ici. Ils ont su s'adapter, courbant le dos souvent, sans jamais renoncer. Leur union faisait leur force.
La vie a fait ce qu'elle avait à faire et à défaire.
Paul et Constance auront été ses derniers rayons de soleil. Les enfants, vous avez la chance d'avoir connu cet arrière grand-père courageux, cet homme aux valeurs simples et sincères, gardez les précieusement en héritage, les plus grandes richesses ne se transmettent pas chez le notaire. Vous avez connu l'homme qui est allé à Cherbourg.
Aujourd'hui, il part pour un plus long voyage, nous t'accompagnons Alphonse, tu n'es pas seul et les autres t'attendent là-haut, Sylvia, Angel et Nora. Je suis sûre que Joseph et Marcel ont déjà repéré une volée de perdreaux. Dis à Joseph qu'ici, malgré les tempêtes son figuier a tenu le coup. Vous avez su vous enraciner dans cette terre adoptive, pars en paix, nous prenons le relais.

Dans 2018

Telle est la question

Par Le 12/02/2019

Pourquoi écrire? Pourquoi peindre, dessiner? Pourquoi courir, pourquoi gravir des sommets?
Pourquoi boire son café tous les matins? Pourquoi aller acheter son pain?
Pourquoi des plans sur la comète, pourquoi les comètes? Pourquoi des fourmis et des mouches dans la maison, il y a tant d'espace dehors? L'herbe est plus verte ailleurs  quand le gris s'immisce dans les interstices.
Pourquoi des pavés dans la mare et des canards dans la chanson? Pourquoi des points d'interrogation?
Pourquoi se souvenir, pourquoi espérer? Pourquoi sourire, pourquoi pleurer? Pourquoi rester immobile, pourquoi bouger?
Pourquoi se taire, pourquoi crier? Pourquoi aujourd'hui, pourquoi demain?

Dans 2018

Vinaigrette

Par Le 12/06/2018

J'ai réparé mon vinaigrier, mis de l'huile sur mon clavier, j'ai salé mes propos, pimenté mes idéaux, la moutarde m'est montéee au nez mais la mayonnaise n'a pas pris. La source des mots est-elle tarie? Que nenni. Il suffit de dégourdir les doigts, exercer le poignet, décrasser le cervelet, le nettoyer de ses impuretés et retourner puiser les lettres à la source d'origine. Est-ce un sourcier sorcier qui a créé les mots? D'où viennent-ils?  Qui a parlé le premier?
Mr Cro-Magnon est parti à la chasse, Mme cueille des B, ils se retrouvent le soir autour d'un feu de joie, à supposer  que le feu ait été inventé, ils regardent la Lune en grognant. Une émotion les saisit, un frisson dans l'air du soir. Des loups hurlent dans le lointain, un troupeau de mammouths soulève la poussière. L'homme pointe son index vers le ciel, remue ses lèvres, un son informe sort de sa gorge, la femme l'imite. Ce n'est pas très beau à voir. Leur visage se déforment et les bruits de leur bouche n'en finissent pas de les surprendre. Ils essaient de répondre aux loups, ouh ouh puis au chat qui passait par là. Miaou, ouh, miaou, ouh, une cacophonie dans la nature immaculée. L'homme et la femme mus par leur trouvaille se mettent à danser autour du feu, ils rient, ils sont heureux mais ne le savent pas. Au bout de la nuit, éreintés, la femme s'allonge, lève son bras, pousse un soupir de contentement "moon". Le soir venu, lorsque la Lune apparaît à nouveau, l'homme reproduit le même son, les loups, le chat reprennent à l'unisson.
C'est ainsi que naquît le premier mot de la civilisation. c'était déjà de l'anglais et bien sûr c'est une femme qui l'a prononcé.

Dans 2018

Extralucide

Par Le 11/06/2018

De Kourou à Baïkonour

J'ai fait le tour
Plus rien à espèrer
De ce vieux rocher
Ne reste qu'à s'envoler
Flotter sans peur en apesanteur

J'ai la vision extralucide
De cette particule dans le vide

Un coup de pied dans le ballon
Séisme 10 sur l'échelle de Richter
Sans conséquence pour l'univers
Comme je le dis dans ma chanson
Ce vieux rocher
Ne tourne pas rond

J'ai la vision extralucide
De cette particule dans le vide

Départ de Cap Canavéral
A la recherche d'un idéal
Une combinaison sidérale
L'habit ne fait pas le curé ou le moine si vous voulez
Mais pour le trouver son idéal faut s'élever
Au-dessus des préjugés

J'ai la vision extralucide
De cette particule dans le vide

Le compte à rebours a commencé
Impossible de l'arrêter
Je scrute la nuit, étrange toile
Décollage imminent direction les étoiles
En bas le bleu profond de l'océan
Les souvenirs, la vie d'avant

J'ai la vision extralucide
De cette particule dans le vide

La galaxie en expansion
A éclaté, bulle de savon
J'avais bien calculé mon coup
Plus la moindre particule de caillou
J'ai eu la vision extralucide
Que tout ça finirait dans le vide

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