Septembre 2012

Anatomie

Le coeur a deux ventricules, le cerveau deux hémisphères, entre tout ça le sang circule, véhicule sang, oxygène, nutriments et sentiments. Pourtant personne ne peut expliquer le mystère de tout ce qui ce cache dans chaque recoin, les émotions qui se terrent au creux de toutes ces circonvolutions. Le coeur bat et le cerveau raisonne, parfois de concert, souvent de façon autonome. De ces quelques atomes, naissent les rires et les pleurs, les chansons d'été, les sanglots longs de l'automne, tous les espoirs, toutes les peurs.
Le coeur peut continuer à taper lorsque l'encéphalogramme est plat, le contraire ne se peut pas.

Conjugaison

Quand le verbe être a vécu, il fut.Quand le verbe avoir a mouru, il eut. Quand il pleut, il a plu, les flaques d'eau clapotent, les nuages gris sanglotent. Quand le chêne n'est plus, il fût.Tonneau des Danaïdes percé par l'acidité de la peine, le bois putride s'est fendu, les vapeurs d'Alcools d'Apollinaire se répandent sur les bords de la Seine, au loin sonne le glas de ses amours perdus.Marie Laurencin peint et le verbe être fut.

Automnalité

Quelques gouttes de pluie dans la Chloeserie, Chloé sur sa balançoire se raconte des histoires. Une balançoire en bois, à l'abri des feuilles d'un chêne séculaire. Il a vu grandir Chloé, ses premiers pas, ses premières peines, ses premières joies, ses premiers poèmes, ses premiers émois. Il a connu les sècheresse des étés torrides, les gelées des hivers rudes et solitaire, il a résisté aux coups de foudre, aux tempêtes. Toujours debout, quel que soit le climat, mais il sait qu'un jour son heure viendra.
Chloé est son soleil d'automne, il a fait pousser cette branche solide pour qu'elle puisse y suspendre sa balançoire. Il aime la voir s'envoler, rire aux éclats. Il voudrait parfois la prendre dans ses bras quand il aperçoit ses yeux gonflés de larmes, elle se blottit alors contre lui. Il fait battre plus fort la sève dans ses artères pour lui transmettre un peu de sa force légendaire. Elle repart apaisée souvent en sautillant.
Le reste de la journée, il batifole avec les pommes sauvages du pommier d'à côté, ils papotent, finiront-elles en tarte ou en compote?

Voilure

Chloé a orné son jardin de voiles colorés, qui vont et viennent au gré du Cers ou du Marin. Des voiles d'organdi  pour faire joli, des voiles en tulle pour jouer à cache-cache avec les libellules, des voiles pour s'abriter de la fraîcheur des brumes, des voiles satinés contre les jours d'amertume, des voiles de soie, fragiles et délicates, des voiles au parfum de la pluie sur la terre, des voiles de coton pour flotter dans les airs

Totor endormi

L'estranbulle déambule toujours dans le vent chaud de l'automne naissant.Un automne printanier, dans la Chloeserie de Chloé.Totor Hugo, en exil, la salue bien bas avec un chapeau imaginaire, glanant quelques épis de blé pour son Booz endormi. Chloé,éberluée, assiste à la naissance de la poésie. Les papillons se sont posés pour admirer la magie opérer, l'estranbulle s'est immobilisée en plein air, même Baudelaire a arrêté de bêcher la terre, le couvercle est devenu moins lourd, l'espace d'un instant.Mais c'est tout petit l'espace d'un instant, alors le spleen a repris sa place à Paris, les papillons leur papillonnage, l'estranbulle sa place sur un nuage, Chloé est restée dans sa Chloeserie et Totor,tel Booz, s'est endormi.

Coquecigrue

Une estranbulle, sans M avant le B, a déambulé dans la Chloeserie de Chloé, un enclos sans clôture, un hâvre de paix. Une sphère irisée, veloutée, virevoltant dans le vent léger. Elle a frôlé le pétale d'un coquelicot puis s'est posée sur le dos d'une aimable coccinelle, un coq fier comme un paon a entonné le chant de l'aurore, tirant le Comte de Lautréamont de son sommeil profond. Baudelaire bêchait la terre amère d'où écloraient les Fleurs du Mal, Chloé cultivait l'antidote en regardant l'estranbulle s'envoler en cet après-midi de fin d'été, elle ne comprenait pas pourquoi le coq avait claironné à cette heure là.

Bizarre

L'été s'étiole ou s'éternise. Les mots, sur les murs chauds cuisent comme des lézards. Les izards cabriolent à l'ombre des braconniers. Vous avez dit izard, izard, tiens comme c'est étrange.Par un curieux hasard, un blizzard venu du nord emporte les izards vers de verts alpages, et les voilà chamois, près d'une chapelle délabrée où vit en ermite un vieux chanoine, ancien chapelier. Il égrène son chapelet en machouillant des grains de blé. Les cloches teintées de rouille ont cessé de résonner. La brume tombe sur la vallée et le lézard avale une couleuvre, elle lui reste un peu en travers du gosier, mais les mots,sur les murs chauds, en ont decidé ainsi.
L'été s'étiole ou s'éternise, les mots se carbonisent.

Doutes

Touches noires, écran blanc. Et si les mots ne revenaient pas, s'ils se mettaient en grève.
"-Tu nous as abandonnés, laissés grelotter tout l'hiver, ignorés au printemps, assoiffés cet été, qu'espères-tu pour l'automne?
- Je ne sais pas moi, en automne on cueille des pommes, on fait des soupes de potiron, il y a même des citrouilles qui deviennent carosses, il y a les haricots qu'on écosse.
-Ce qui fait des haricots écossais, on sait, on sait, tu devrais vraiment te renouveler ou alors écrire en anglais, utilise Word, ça pourrait t'aider.
-Sympas les amis, les haricots c'était pas prémédité.
-Ca question méditation c'est sûr que c'est ni pré- ni post-, faudrait un peu plus te le creuser le potiron si tu veux des lecteurs par milliers.
- Je n'en demande pas tant et je crois que mon potiron sonne déjà creux, je crois que je ne pourrai pas faire mieux.
-Alors tant pis pour toi!

Jachère

Mon motager est resté en jachère durant de longs mois. Pourquoi? Parce que le temps nous emporte parfois, bourrasques de vent d'automne, même si l'été vit ses dernières heures. Parce que mon ordinateur a mouru, mon disque dur a fondu, les mots se sont dérobés sous les touches de mon nouveau clavier. Envolés, disparus, je ne les retrouvais plus. Un désert blanc, une traversée aride, pas la moindre petite lettre, pas de point, point de virgule, pas l'accent le plus ténu, même pas un circonflexe pour me protéger de cette sécheresse.
Pourtant les mots ne m'en veulent pas, ils acceptent de se laisser à nouveau cultiver, ils s'amusent d'être détournés, malmenés, les mots ne sont pas rancuniers, sauf ce dernier puisque telle est sa nature, s'il pouvait il ne le serait pas. Il serait plutôt coquelicot ou maître saucier dans un restaurant étoilé.Hé oui, tout dépend sous quelle étoile on naît.

Dépôt légal Janvier 2011-Tous droits réservés- 

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