Articles de barbaraburgos
Suite de la veille
( La veille:Emmelle était soulagée, un dialogue semblait s'être amorcé...)
Un dialogue en forme d’hameçon auquel était accrochés des points d’interrogations.
-Je crois qu’il va faire beau, commenta le serveur d’un air compatissant.
Edgard d’habitude si calme se sentait bouillir. Il avait envie de partir, oublier cette mauvaise journée, revenir à la case départ. Recommencer ce qui finalement n’avait été qu’esquissé. Il retournerait au Pont du Gard, croiserait un autre regard, une autre ML, il la choisirait avec un nom plus simple, Eve, Léa, Lou, Zoé, 3 lettres pas plus. Une femme avec un prénom de 3 lettres ne devait pas être compliqué. Avec un prénom composé, il aurait dû s’attendre à des difficultés. Oui, c’était ça, il allait se lever, dire au revoir, désolé de d’avoir connu, reprendre sa main détrempée, marcher sur le pied du serveur par pure sournoiserie puis continuer sa route, au lieu du Pont du Gard, il envisageait d’aller à Etretat, même si ça ne rimait pas.
Instant T
Nous en étions au moment fatidique ou soit Emmelle avance d’un pas, soit elle recule. Un pas en avant sans être une métaphore, peut signifier le détachement, la rupture, une décision lourde de conséquence. Un pas en arrière, non pas une régression, mais un retour nécessaire sur une situation épineuse. Et comme par hasard, Edgard plonge sa main dans un massif de ronce envahi d’orties. Sauf que si je ne m’abuse, Edgard devait avoir sa main dans celle de ML ou alors c’était l’autre. De toute façon la sensation était à peu près la même, une douleur vive et allergisante, un épiderme dévasté meurtri jusqu’au milieu d’une chair rouge sang.
Emmelle fut contrainte d’effectuer un demi-tour, la souffrance n’étant pas sa tasse de thé, elle proposa à Edgard de continuer la conversation autour d’un café.
- Quelle conversation, cela fait des jours que tu ne dis plus rien.
- Cette conversation là, précisément. Je ne sais plus ce que j’ai à dire, ce que je dois faire, je doute, je re-doute et je redoute encore.
- Deux cafés s’il vous plait et une bassine d’eau si c’est possible.
- Vous avez un chien ?
- Non j’ai juste une main et un mal de chien.
- Bien, avec ou sans glaçon la bassine, si vous voulez nous avons aussi une piscine.
- Merci, mais une bassine fera l’affaire.
- Tu as mal ?
- Oui.
- C’est pas beau à voir
- C’était mieux dans le brouillard. Pourquoi on s’est perdu quand la clarté est revenue ?
Emmelle était soulagée, un dialogue semblait s’être amorcé.
Repassage
Le poème d’aujourd’hui, « Repassage », n’est pas le témoin d’une humeur morbide mais bien de la hauteur de la pile de ma corbeille de linge. Là, tout d’un coup le mot poésie déguerpit, il laisse place aux mots corvées et quotidien, un au pluriel, l’autre au singulier. Peut-on dire une corvée aux quotidiens ? Je n’en sais rien. Ce que je sais c’est que ce n’est pas en alignant des lettres sur un clavier que ma pile va diminuer. Cela ne retarde que de quelques minutes le moment où, armée d’un fer chauffé à blanc, je vais devoir m’attaquer à ce tas inerte de textiles froissés. Le temps que je passe à repousser l’échéance doit être supérieur à la durée réelle de la corvée elle-même.
Mais ainsi va la vie, hier dimanche, aujourd’hui lundi.
Poids chiche
Avez-vous remarqué que les dimanches reviennent plus vite que les autres jours ? Non, bien sûr. Vous n’avez pas un petit vélo qui mouline dans le cerveau et un pois chiche en guise de matière grise. Le dimanche, le temps dégouline des montres molles*, il se répand comme une traînée de caramel issue d’un volcan en sucre, emprisonnant sur son passage mouches et fourmis trop gourmandes. Un Saint-Honoré d’insectes englués, un crucifix à Chamonix, un sorbet cassis à Cassis et des essaims d’abeilles à Marseille. Des lettres qu’on écrit et qu’on ne prononce pas, des jours que l’on nomme et qui ne passent pas. Et pourquoi dimanche a un adjectif pour lui tout seul alors que les autres jours n'en ont pas? Et si on reste sur un divan toute la journée est-ce un divanche? Si on danse de façon effrénée, un dihanche ? Si ce n'est pas une bonne journée, un dimoche? Si le suivant est beaucoup moins bien que le précédent ou si au contraire il est trop épicé, est-ce un pimanche ?
* Je ne m’appelle pas plus Boris Vian** que Salvador Dali, c’est un tort mais tant pis.
**Voir billet de je-ne-sais-plus quelle date, il n’y a pas très longtemps
Les plaines vides
Chloé est revenue ce samedi parce que ça lui a dit. Elle a auparavant croisé ML et 2D au milieu des vastes plaines vides. Ils semblaient en mauvaise posture. ML le regard tourné vers le large, 2D le regard centré sur sa dulcinée, et le souffle d’un vent du nord entre les deux. Seul élément mobile dans le tableau, sinon le temps paraissait s’être arrêté, un appui prolongé sur pause, une publicité pour les « Montres Molles » avec un slogan prometteur :
-« Avec les Montres Molles, le temps dure ».
Puis la fonction lecture reprend, ML dégage sa main et bouge un pied, va-t-elle avancer ou reculer ?
Vous le saurez en lisant les aventures palpitantes d’Emmelle et Deudé dans le prochain numéro
ML
Marie-Laurence fit rouler un caillou du bout de son pied. Une larme ornait son oeil droit. C’était ainsi, elle l’avait constaté depuis sa plus tendre enfance son oeil droit coulait toujours en premier.
Edgard, de son côté, s’interrogeait sur le brusque changement d’humeur de son Emmelle, il repensait au Pont du Gard, aux gouttelettes du bord de mer sur leur visage alors heureux. C’était peut-être cette accumulation de gris, cette couleur lourde comme des parpaings en béton, une overdose de pessimisme. Edgard savait qui il était, il n’était ni niais, ni inconsistant. Cette allitération en ni renforça son sourire, « je suis ni niais » pensait-il, tout en affichant un rictus contradictoire. Il s’en rendit compte presque par hasard et se saisit de la main de ML qui avait déjà détourné la tête... à demain...
Edgard DeuDé
Au retour d’un détour, j’ai croisé Marie-Laurence et Edgard (toujours deux D, c’est d’ailleurs son surnom, Deudé ou 2D en langage plus branché). Pour ceux qui n’ont pas suivi le début de leur histoire, un petit rappel, sinon rendez-vous dans les archives du blog de février( à partir du 17).
Donc ML et 2D se sont rencontrés sur le fabuleux site du Pont du Gard (je ne sais pas si le prix du billet a diminué depuis l’année dernière, mais c’était horriblement cher). Après maints égards, regards énamourés, ils sont repartis bras dessus, bras dessous (coquin d’Edgard), puis se sont perdus dans le brouillard. L’hiver n’en finissait pas de s’égoutter et le gris grisaillait à fendre l’âme. Ils ont erré dans les plaines, la tête vide, le coeur vaillant, les pieds debout. Puis le printemps arriva comme une cascade joyeuse, mille pinceaux colorés éblouirent les deux énamourés. Ils ne s’étaient pas vus de leurs yeux depuis des lustres. Ils s’étaient frôlés, effeuillés, effleurés, déflorés, déplorant cependant l’absence de lumière.
Edgard dévora Marie-Laurence d’un regard pénétrant, la cascade cascadait en fond sonore, les zoizeaux zoizouillaient sur une branche bourgeonnante. Il se mit à genou en signe de soumission à un dieu inconnu. Il fallait bien remercier une entité divine, un être transcendantal, pour ce cadeau sublime, cette pure beauté, cet intense bonheur ressenti dans la moindre cellule de son corps. Ses globules rouges devenus papillons batifolaient dans ses veines, ses muscles maxillaires affichaient un sourire niais sur son visage blafard.
Marie-Laurence prit peur, et déplora que l’homme qui l’avait frôlée, effeuillée, effleurée, déflorée lui parut à ce point étranger. Elle ne le reconnaissait pas et les zoizeaux zoizouillaient un tube suranné.
-Emmelle (diminutif de Marie-Laurence soit ML), c’est magnifique ! Nous allons enfin pouvoir continuer notre route, explorer les chemins sinueux de la vie, suivre la direction du vent ...
-Attends, attends Edgard, je ne suis pas une girouette, pas question de changer de direction à chaque coup de vent ! à suivre...
Text'île
Pour aller aux Bermudes, j’ai mis un bermuda, pour aller à la mer, j’ai enfilé un merbuda. Pour aller voir Buddha, un chant a capella, pour aller voir le Pape, une simple cape. Pour marcher en montagne, des escarpins, pour faire le pied de grue, des brodequins, pour faire le barbot, des godillots.
Journée à la campagne, en pagne, gambader dans un pré à vaches, en blouse, puis partir du côté de New-Orleans (se prononce ins) en jean’s.
Une chemise en chambray à Cambrai, un peu de tout ce fatras à Carpentras, deux ou trois caleçons d’Aix, des chaussures en latex, des protège panards à Montélimar.
Un pantacourt à Longchamp, un pantalon à Coursan, une robe dans l’Aube, une veste en d’Ain. Un manteau en Vaison et un blouson en Thuir. Se sentir nu à Pau, habillé pour l’hiver à Nevers.
Etre à la mode à Caen, respecter le code dans l’Aude, et ne pas mettre de casquette au cas où ça abîmerait la tête.
Conditionnel
Le dimanche m’ennuie, ce n’est pas inédit. Le dimanche ennuie Chloé, pas celle du nénuphar l’autre, celle de la balançoire. Si je m’appelais Vian je le saurais. Le sort en a décidé autrement. Si je m’appelais Boris, si j’habitais à Bourg-Saint-Maurice, si je vissais des vis, si dans ce domaine là j’étais novice, si jamais il arrivisse que je visse dans le vide de l’être anéanti par l’infernale spirale d’une vis sans fin, si le début était la fin, si dans les caves de St Germain germaient des graines carnivores, des canines acérées prêtes à tout dévorer, si les loups affamés hurlaient sur les boulevards, si les dromadaires cachaient dans leurs bosses des « frigidaires, des armoires à cuillères et des éviers en fer », si Jean-Sol était drôle, si Jean-Paul était saule, si le Dégoût était une comédie, et les tabous des interdits.
Si Dimanche était Lundi
Motus
Mon PC surchauffe, il hyperventile, frôle l’asphyxie, devient léthargique, il refuse tout traitement même l’Aspégic qui pourrait pourtant servir de fluidifiant. Bref avant le dernier souffle, les dernières secousses d’un mauteur vrombissant, pas toujours à la hauteur de mes espèrements. Bientôt je ferai paraître mon dictionnaire pour ne pas oublier les définitions que j’attribue aux mots. Pourquoi n’écrirait-on pas moteur mauteur, si c’est bien mot d’auteur qu’on veut dire, ou mot à la hauteur ou mot bile s’il se fait du souci en bougeant sans arrêt. Souci me fait penser à nénuphar, et nénuphar à Chloé, mais pas la mienne qui n’est pas du tout la même que celle du nénuphar. La « mienne » est aérienne, inutile bulle de savon dans le vent, la « sienne » est tragédienne, intemporelle, chef-d’oeuvrale, envers et contre tout, contre Vian et marais.
Il y a aussi les mot tus et les bouches cousues.